AVEUX DE BA VILLE
mes, montrez dans toute votre conduite que vos assemblées ne sont pas des troupes de mutins et de factieux, qui se liguent contre son service, mais des chœurs d'anges et de saints qui ne s'unissent que pour le service de Dieu ; allez-y donc, non comme des lions, mais comme des agneaux qui ne respirent que la douceur et la paix, et qui sont tous prêts à s'exposer à la mort pour r amour de Jésus-Christ (1). » Bâville jugeant ces exhortations comme très -dangereuses pour le succès de la dragonnade , proposa à Louvois d'ouvrir les lettres venues de l'étranger. Louvois refusa, « à cause du préjudice que le commerce en souffrirait. »
On ne saurait mieux terminer ce chapitre qu'en donnant l'opinion du persécuteur Bâville luimême sur les effets de la persécution. On en tirera involontairement une instructive moralité.
Suivant l'intendant, en 1697, année où il rédigea son mémoire (2), il y avait en Languedoc, 1,238,927 anciens catholiques et 198,483 nouveaux convertis. « Généralement parlant, dit-il, tous les nouveaux convertis sont plus à leur aise, plus laborieux et plus industrieux que les anciens catholiques de la province. » Quatre mille ont,
(1) Recif.eil de pièces concernant les religioyinaires.
(2) Mémoire si'r la province du Languedoc^ par M. de Bâville. (Fonds Mortemart, ii" 100.)
dit-il, pris la fuite, sur lesquels six cents sont revenus.
« De ceux qui ne sont point sortis, il y en a peu effectivement qui soient catholiques ; ils conservent presque tous dans leur cœur leur première religion... Comme ce n'est que par la crainte des châtiments que les nouveaux convertis ont été sages, la religion catholique n'a fait aucun progrès dans leurs cœurs. » L'intendant se plaint de l'ignorance des prêtres : « Presque tous sont de méchants sujets, w
« Il faut maintenant parer au moyen d'y en mettre de hons, et qui sachent prêcher, car toute la dévotion des gens de la R. P. R. ne consistant qu'à entendre la Parole de Dieu, on ne réussira jamais auprès des nouveaux convertis si on n'a pas quelque talent pour prêcher... Il ne faut pas croire que ce soit l'ouvrage d'un jour, et que l'on voie immédiatement après tous les nouveaux convertis courir aux églises. Il n'y a pas d'apparence de voir réussir toutes les visions dont on s'est flatté. »
Peut-on mieux se condamner soi-même? En terminant, Bâville écrit ces paroles remarquables, d'autant plus instructives qu'elles tombent de sa plume : « Les nouveaux convertis se confesseront et communieront tant que l'on voudra, pour peu qu'ils soient pressés et menacés par la puis-