ANTÉCÉDENTS DE COSNAC
sa personne, je n'ai point d'autre éloge à vous en faire qu'en vous disant que depuis qu'il a été nommé par Sa Majesté, il n'a rien épargné pour détruire F hérésie dans son diocèse. Un très-grand nombre de temples que l'on y a abattus par le soin qu'il a pris de faire voir les contraventions manifestes aux édits et aux déclarations du roi, parlent mieux de sa gloire que ce que je pourrais vous en dire (1). »
Cette page détachée du Mercure galant sert de préambule au récit de la démolition du temple de Montélimart, présidée par l'évêque Daniel de Gosnac en personne. Cosnac était, en effet, un ennemi déclaré des protestants et comptait ses titres par le nombre des temples abattus dans son diocèse.
C'était une sorte d'original. Voltaire dit « un fou, » qui, dans la première partie de sa vie, avait mené une existence aventureuse, étant de la suite du prince de Gonti, alors en quête du chapeau de cardinal. Cosnac obtint comme une faveur de remplir auprès du prince les fonctions de maître de chambre. Si on voulait aborder le prince, il fallait d'abord s'adresser à lui et gagner ses bonnes grâces par des présents ; ainsi grandit la fortune du maître de chambre. Le mariage du prince avec une nièce de IMazarin couronna
(1) Mercure galant, mai 1685.
cette prospérité naissante par le don de Tévêché de Valence. C'est là qu'on retrouve Gosnac, actif, comme toujours, zélé par calcul, turbulent par caractère et n'ayant qu'une chose en vue : la destruction de l'hérésie dans le Dauphiné. Nous allons le voir à l'œuvre en suivant pas à pas le récit de ses travaux apostoliques, tel qu'il l'a laissé dans ses Mémoires (1).
« Je m'appliquai, dit-il, à faire des conversions et à gagner des âmes par des exhortations et par des conférences, par des secours temporels que je pouvais leur procurer, et il me paraissait que Dieu y donnait bénédiction. » Les commissaires du roi viennent à son aide, si les exhortations ne sont pas suffisantes; « j'attaquai les temples qui avaient contrevenu et j'obtins le rasement de plusieurs par la justice qui me fut rendue... Je fus si heureux que, dans moins de deux ans, de quatre-vingts temples que j'avais dans les diocèses de Valence et de Die, il n'en restait qu'environ dix ou douze, qui, dans la vérité, n'étaient pas dans le cas d'être rasés. »
Cosnac fait une courte apparition à Paris, en 1685, sonde le terrain, s'assure adroitement des dispositions où l'on est, à la cour, à l'égard des
(1) Mémoires de Daniel de Cosnac i, évêque de Valence et de Die, publiés par le comte Jules de Cosnac pour la Société de l'histoire de France. Paris, 1852, 2 vol.
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religionnaires, et, de retour dans son diocèse, reprend l'œuvre de la destruction des temples ; si bien, dit-il, que « quand je fus à rassemblée, je n'en avais plus que deux. » C'était encore trop pour le bouillant évêque. Quatre-vingts temples rasés donnaient moins de contentement à son âme que les deux restants de déplaisir. Mais comment faire pour s'en débarrasser? Il nous le dit sans détour :
« Je pris toutes les mesures que je pus pour tâcher de me délivrer de ces deux temples, qui étaient tous deux dans les terres de l'évêché, et j'espérais que j'en trouverais les moyens dans les temps de la tenue de l'assemblée du clergé. La commission que je souhaitais le plus était d'être à la tête de celle qui regardait la religion, et Mgr l'archevêque me l'accorda. On travaillait à cette commission pour tout le royaume. Je n'oubliai pas mes deux temples. Letellier m'en donna un qu'il fit juger dans le conseil, et je suppliai si pressamment Sa Majesté de m'accorder l'autre, que je l'obtins de sa piété et de sa bonté ; de sorte qu'avant la révocation de l'édit de Nantes, je me glorifiais fort d'avoir détruit l'exercice des temples de mon diocèse. C'était, à ce qu'on dit, Jean de Montluc, évêque de Valence et de Die, qui avait laissé introduire cette hérésie dans mon diocèse, et qui était grand-
oncle de feu ma mère. Je me savais bon gré d'avoir rétabli ce qu'on disait qu'il avait mal fait, et fis une harangue au roi, où je crois que je n'oubliai rien, et peut-être môme que je contribuai un peu à faire avancer le dessein de révoquer l'édit de Nantes et de ne souffrir que des catholiques (1). »
On le voit, l'évêque de Valence est très-satisfait de lui-même. En mettant au compte de son amour-propre la démolition de ces deux derniers temples, il rappelle Foucault, présentant au roi une carte du Béarn sur laquelle il a marqué, comme bons à conserver, cinq temples qu'il sait être déjà tombés en contravention. Cosnac aurait trouvé cette fourberie de son goût. Le discours qu'il adresse au roi dans l'assemblée de 1685, ce discours où il croit n'avoir rien oublié , est un petit chef-d'œuvre de sotte adulation et mérite une mention spéciale parmi les platitudes alors à la mode. L'orateur exalte la grandeur de Louis XÏY ; elle a sa source dans cette multitude infinie de conversions opérées, dit-il, par le seul prestige de son nom :
« C'est à ce seul endroit de votre admirable vie que je m'arrête, s'écrie l'évêque de Valence, car vous êtes trop grand, Sire, pour être montré tout entier. Je chercherais vainement dans les siècles
(1) Mémoires, II, p. 114, 115.