DISCOURS GROTESQUE DE COSNAC
passés, j'appellerais inutilement à mon secours tous les éloges des premiers et des plus saints empereurs chrétiens (1); ils ne me fourniraient point de termes qui pussent assez noblement exprimer la gloire que Votre Majesté s'est acquise en prenant l'intérêt de la religion... Avoir relevé l'Eglise catholique , avoir trouvé l'Eglise de France oppressée et l'avoir rendue l'admiration des autres Eglises, être le restaurateur de la foi, l'exterminateur de Thérésie, ce sont des titres immortels qui, non-seulement perceront l'épaisseur de tous les temps, mais qui subsisteront encore quand il n'y aura plus de temps. » L'éloquent évêque, évoquant ensuite les ombres de François l'% Henri II, François II, Charles IX et Louis XIII, se demande ce qu'elles éprouveraient si elles revenaient à la vie : serait-ce de la joie ou de la jalousie?... Laissons-le décider cette importante question, et venons à des choses plus sérieuses que cette prose boursouflée. Cosnacnous fournit de précieux renseignements sur les exploits de Saint-Ruth, intendant et convertisseur du Dauphin é :
a Je me retirai dès que rassemblée fut finie, et à peine fus-je arrivé qu'on envoya des dragons dans tous les lieux où il y avait des huguenots.
(1) L'évèque de Meaux Cul moins dillicile que Cosuac : «Disons à ce nouveau Constantin, à ce nouveau Tliéodo.se..., » etc.
Je ne m'épargnai point pour payer de ma personne et tâcher de faire des conversions, soit par des instructions, soit par des grâces et de l'argent. Mes soins ne furent point sans succès, n'ayant presque jamais manqué de réussir, sinon en tout, au moins dans la plus grande partie. f avoue que la crainte des dragons et les logements dans les maisons des hérétiques y pouvaient contribuer plus que moi (1). »
Cosnac raconte ensuite que Saint-Ruth, ayant mis en déroute les religionn aires au nombre de quatre mille, « il en fit brûler plus de deux cents, qui s'étaient retirés dans une grange. » Les malheureux enfermés dans cette grange repoussaient avec des perches les matières combustibles que les soldats jetaient sur les toits, ce qui obligea Saint-Ruth à mettre des dragons en embuscade dans les branches d'un noyer, avec l'ordre de tirer sur les paysans qu'ils voyaient paraître. La grange brûla ; tous furent étouffés, sauf quinze, les plus vigoureux, qui sortirent tout à coup à demi grillés, tombèrent entre les mains des dragons et furent aussitôt fusillés ou pendus (2). Dans la même journée, Saint-Ruth prit un grand
(1) « Tout cela (l'œuvre des conversions) s^est fait sans violence, sans armes, et bien moms encore par la force de vos édits que par votre p)lété exemplaire. » (Harangue adressée au roi par le même Cosnac.)
(2) Histoire dv Midi de hi France, par Mary-Lafon, IV, 238.