‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 51 sur 127 · HÉROÏSME DE BLANCHE GAMOND · texte numérisé non relu

HÉROÏSME DE BLANCHE GAMOND

qu'ils se résoudront bientôt à tenir la parole qu'ils ont donnée de se convertir (1). »

S'il en est qui cherchent à quitter le royaume, il convient de les traiter comme on fait dans les autres provinces : pendre les uns, sans forme ni figure de procès, mettre les autres à la chaîne. Ceux qui restent, livrés au bon plaisir des dragons, subissent les tourments réservés « aux rebelles. » A Grest, à Bourdeaux, des rencontres sanglantes ont lieu entre la troupe et les religionnaires; des gens de Saint-Monnier et de Livron sont pendus à Valence ce pour cause du crime d'assemblée. » Un jeune garçon est pendu à Suse pour avoir prêché; le 19 avril 1694, vingt personnes sont pendues à Valence, comme coupables d'avoir assisté à une assemblée (^2). Le plus précieux document des archives protestantes sur ces persécutions du Dauphiné est, sans contredit, le journal de Blanche Gamond, jeune fille de Saint- Paul-Trois-Chàteaux, digne, par son énergie et ses souffrances, de figurer au premier rang des femmes de la Réforme. Nourrie de la lecture des livres saints qu'elle sait par cœur. Blanche Gamond confond, par sa présence d'esprit, les prêtres qui veulent la convertir, comme elle dé-

(1) D. G.,9 novembre 1685.

(2) Voir le Journal d'une famille de Crest. {Bulletin, V, 6 et suiv.)

sarme, par sa fermeté inébranlable, les bourreaux qui veulent dompter son courage. Elle n'a cependant que vingt et un ans. On l'enferme d'abord dans une prison de Grenoble, avec plusieurs de ses amies ; on emploie la douceur, pour vaincre leur résistance ; des dames viennent les visiter et tentent, mais en vain, de les séduire par des promesses; la douceur ne réussissant pas, on conduit les prisonnières à l'hôpital de Valence, établissement sinistre, dont le directeur est l'infâme d'Hérapines, homme abominable, dont toute la vie est un tisbu d'actions honteuses, et qui est devenu, grâce à l'amitié de Daniel de Cosnac, directeur de l'hôpital de Valence, « véritable image de l'enfer. » Blanche Gamond résiste pendant vingt mois aux plus affreuses tortures. Un jour, d'Hérapines ordonne à ses cuisinières de la déshabiller et de la battre avec des verges d'osier; elle est attachée à une poutre avec une corde, et ces furies la frappent avec tant de colère que le sang jaillit des épaules. « J'étais enflée et noire comme du charbon, » dit-elle ; elle tomba la face contre terre. Ces femmes la relèvent en lui tordant les bras et lui disent : « Demain vous en aurez autant, si vous ne changez pas; » mais elle : « Je sçay que je changeray de la terre au ciel, mais pour de religion jamais de ma vie. » C'est d'elle encore que sont ces réponses d'une simplicité

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