‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 6 sur 127 · LANGAGE DOUCEREUX DU CLERGE · texte numérisé non relu

LANGAGE DOUCEREUX DU CLERGE

Quant à la complaisance de Louis XIV pour le clergé dont on vient de voir les exigences, on peut s'en rapporter à l'agent de rassemblée de 1685, qui en témoigne sa joie en ces termes :

« Le zèle pour la religion est si vivement dans le cœur du roi qu'il a presque toujours prévenu nos souhaits, et, si je l'ose dire, sans faire tort à ce grand cœur, surpassé souvent notre attente. En un mot, Messeigneurs, la foi pour les édits restant en son entier, tout ce qui a formé la matière de vos demandes, depuis la naissance de l'hérésie, me paraît presque consommé, et, dans les choses essentielles, le zèle de Sa Majesté est allé au delà de vos propres demandes. »

En regard de ces demandes violentes et si cruellement exécutées, il faut mettre le langage doucereux de l'assemblée de 1682,s'adressant à ces réformés, auxquels, à cette heure, on avait enlevé leurs temples, leurs pasteurs et leurs enfants : « L'Eglise, contre son inclination et avec une douleur qu'on ne peut exprimer, voyant qu'ils s'étaient volontairement séparés, les a, par un jugement aussi équitable que sévère, déshérités comme des enfants ingrats, cassés comme des soldats déserteurs, et proscrits comme

réserves à faire sur la dernière phrase, mais les bonnes intentions ne manquaient pas à Colbert,

des sujets révoltés. Mais enfin , tout proscrits, cassés et déshérités qu'ils sont, elle veut bien encore aujourd'hui leur parler par notre bouche, et les prier amoureusement de considérer quils devraient être ennuyés de souffrir les rigueurs d^une si longue et si cruelle séparation. Elle les cherche avec une impatience de mère et les exhorte de tout son cœur à se corriger, à revenir et à se réconcilier avec cne(l).))Dans le même esprit défausse douceur, qui ne fut point celui de ses actes, l'Eglise disait encore : « Elle se plaint amèrement, cette mère désolée (l'Eglise), de ce qu'ayant méprisé la tendresse qu'elle a pour vous, vous avez déchiré ses entrailles. Elle vous recherche comme des enfants égarés ; elle vous rappelle comme la perdrix ses petits ; elle s'efforce de vous rassembler sous ses ailes, comme la poule ses poussins-, elle vous sollicite à prendre la route du ciel, comme l'aigle ses aiglons; et, toujours pénétrée des vives douleurs d'un pénible enfantement, elle tâche, faibles enfants, de vous ranimer une seconde fois, résolue, pour cet effet, de soufifrh' toutes sortes de tourments, jusqu'à ce qu'elle voie Jésus-Christ véritablement

(1) Lettre circulaire du clergé de France à tous les prélats du royaume, p. 30. Voir Actes de rassemblée générale du clergé de France en 1682, et de celle de 16>^5 concernant la religion, Paris, 1685.

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