MENACES DU CLERGÉ
renouvelé et ressuscité dans vos cœurs (1). » Il est vrai que l'avertissement contenait une terrible menace contre les obstinés qui n'entendraient pas cette douce voix maternelle : « Vous devez, disent les prélats en terminant leur lettre pastorale, vous devez vous attendre à des malheurs incomparablement plus épouvantables et plus funestes que tous ceux que vous ont attirés votre révolte et votre schisme. »
C'était annoncer la révocation. Le clergé se sentait maintenant maître du terrain ; le roi inclinait vers la dévotion, songeait à son salut, l'âge des plaisirs étant passé, et demandait pardon à Dieu des fantes et des faiblesses de sa vie; il était prêt à les expier (2). Malade d'ailleurs, il s'abandonne à qui veut le conduire, et c'est alors surtout que la rude phrase de Montesquieu tombe d'aplomb sur sa tête : « Il fut dupe de tout ce qui joue le prince : les ministres, les femmes et les prêtres. » Pour le jeter dans cette dévotion, qui coûta si cher à la France, le malheur des temps fit sortir del'ombre Madame de Maintenon. Le rôle de cette femme dans la révocation de
(1) Avertissement pastoral de l'Eglise gallicane à ceux de la R. P. R. pour les porter à se convertir et à se réconcilier avec elle.
(2) Saint-Simon dit la chose avec sa crudité ordinaire : « Il s'était toujours flatté de faire pénitence sur le ùo3 d'autrui et se repaissait de la faire sur celui des huguenots et des jansénistes. »
redit de Nantes a été et est encore vivement discuté. Si l'on en croyait M. le duc de Noailles, son historien, et M. Th. Lavallée, le dernier éditeur de ses Lettres, elle serait demeurée étrangère à ce triste événement. Ce qui est certain, c'est qu'en femme prudente, réfléchie, habile à sauver les apparences, Madame de Maintenon n'a rien laissé dans ses écrits qui l'accuse d'une manière formelle; mais son silence ne prouve pas son innocence. Ses lettres ne contiennent que de vagues allusions à son mariage avec Louis XIV; doute-t-on cependant que ce mariage ait eu lieu? En femme de sens et d'esprit, elle pouvait avoir le pressentiment que la postérité porterait un jugement sévère sur la révocation ; elle se dérobait à sa justice en ne laissant aucune trace accusatrice et recueillait les louanges de son entourage, qui saluait la révocation comme un glorieux ouvrage.
Quoi qu'il en soit, si Ton étudie l'influence qu'elle exerça sur l'esprit du roi ; si l'on considère que c'est elle qui le conduisit dans le chemin de la dévotion, et que la dévotion du roi fit le malheur des protestants; si l'on considère que la petite-fille d'Agrippa d'Aubigné n'a pas un mot de compassion pour les victimes ; que, dans son zèle outré, elle enlève des enfants à leurs familles pour les convertir; que le plus beau