‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 60 sur 127 · FANFARONNADES DE TESSÉ · texte numérisé non relu

FANFARONNADES DE TESSÉ

même Tessé lui fit savoir qu'il serait conduit le lendemain au château de Pierre-Encise , à Lyon.

On sait que, s' étant arrêté à Valence, il abjura entre les mains de Cosnac. Le « oui )> fatal lui fut arraché au milieu des souffrances de la maladie; il en demanda publiquement pardon à Dieu, à Genève.

Ecoutons maintenant le récit que Tessé fit luimême de sa mission à Orange :

« Je vous ai promis, par la dernière lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire, qu'apparemment le succès que j'espérais répondrait à mon attente ; je vous tiens parole aujourd'hui, Monseigneur, et non-seulement dans une même journée toute la ville d'Orange s'est convertie, mais l'Etat a pris la même délibération, et Messieurs du parlement, qui ont voulu se distinguer par un peu plus d'obéissance, ont pris le même dessein vingt-quatre heures après. Tout cela s'est fait doucement , sans violences et sans désordres.

« Il n'y a que le ministre Chambrun , patriarche du pays, qui continue à ne point vouloir entendre raison; car M. le président, qui aspirait à T honneur du martyre , fut devenu mahométan, ainsi que le reste du parlement, si je l'eusse souhaité.

d78 LOUVOIS ET LES PROTESTA?^TS.

« Je vous envoie la copie de la délibération générale qui est suivie de la particulière abjuration d'un chacun

ce Si le ministre Chambrun continue à être obstiné, je ne crois point qu'il soit à propos que le roi lui permette de sortir du royaume. Cet homme est habile, dangereux, séditieux, beau parleur; et il vaudrait mieux assurément que le roi le fît mettre dans une citadelle ou château pour toute sa vie, que de permettre qu'il se retirât en Hollande, où il demande qu'on le conduise. Peut-être même Tenverrai-je à Valence, car sa présence ici retient toutes les vieilles femmes.

« J'ai oublié de vous mander que le jour

qu'on fit raser le petit temple, dont tout le bois, la couverture, les vitres et les pierres furent dissipées, brisées et rompues par le désordre mihtaire des dragons qui l'abattirent, il me fut proposé par des moines de faire vendre le débri du grand temple ; et l'on m'en offrit donze cents livres...

« Je vous assure que le roi ne recevra

guère de mémoire fâcheux contre les troupes qui ont vécu ici (1). »

Louvois le félicite et l'engage à convertir les religionnaires du plat pays , comme il a fait

(1) D. G., 19o.-~ Bulletin, IIÎ, 156.

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