‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 61 sur 127 · LES « INSPECTEURS » DE TESSÉ · texte numérisé non relu

LES « INSPECTEURS » DE TESSÉ

pour ceux de la ville. Il est inutile de dire que les ordres du ministre de la guerre furent ponctuellement exécutés.

Quand les habitants de la principauté eurent passé à rétat de nouveaux convertis , Tessé s'appliqua à leur faire remplir leurs devoirs de catholiques. Il éprouva, comme tous ses collègues des intendances, que cette partie de sa tâche était la plus difficile. Rien n'était plus aisé que de faire plier les têtes sous la terreur, et de provoquer des abjurations générales; mais quand la terreur s'était dissipée, les nouveaux convertis retombaient sous l'étreinte d'un autre sentiment, celui du remords. Alors, à la faveur de la tranquillité relative dont ils jouissaient, ils éludaient l'accomplissement de leurs devoirs religieux, ou laissaient entendre, en les accomplissant, qu'ils étaient contraints et forcés, et que leurs cœurs étaient loin de ratifier ce que murmuraient leurs lèvres. On vit les défauts du système employé; mais comment y remédier?

Le comte de Tessé soumit une combinaison à Louvois ; elle consistait à établir des inspecteurs chargés de constater si les nouveaux convertis assistaient à la messe, et si, dans les églises, ils prenaient une contenance modeste, conforme aux sentiments qui étaient censés les animer. Ce

système ne parut pas à Louvois d'une application facile; et nous avons une lettre datée du 21 octobre 1686, où il en dit à Tessé et aux autres intendants sa façon de penser (1). Le roi, dit-il, ne veut pas que Ton fasse rien « qui sente l'inquisition. » Expression charmante ! Il recommande aux intendants de sévir contre ceux qui se vanteront de ne pas pratiquer les exercices de la religion catholique, et de punir de la prison ceux qui auront dans les églises une posture « indécente. » Pour n'avoir pas réussi dans ses vues, le comte de Tessé n'en avait pas moins fait du zèle, et c'était l'essentiel.

La surveillance qu'il exerçait à l'égard des fugitifs était extrêmement active ; cependant le nombre des émigrants augmentait sans cesse; il fallut, en 1686, avouer que la garde des frontières était inutile, ce qu'on fit en ouvrant toutes grandes les portes de l'émigration. Entre les expédients imaginés par les malheureux per-

(1) Voici le texte de cette lettre : « J'ai lu au roi un projet d'ordonnance que M. le comte de Tessé a envoyé à Sa Majesté sur des inspecteurs qu'il proposait de mettre aux églises pour voir si les nouveaux convertis vont à la messe et aux catéchismes, si lorsqu'ils sont h l'église ils y tiennent une contenance modeste et font au surplus le devoir de bons catholiques. Sa Majesté a fort loué son zèle et son application ; mais, comme elle ne désire pas que l'on fasse rien qui sente l'inquisition, ni qui puisse augmenter l'aversion que les nouveaux convertis ont déjà pour l'exercice de notre sainte religion, Sa Majesté n'a pas jugé à propos que ce qui est contenu dans cette ordonnance fût exécuté... »

Page 1