‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 63 sur 127 · RÉSISTANCES A MARSEILLE. 1S · texte numérisé non relu

RÉSISTANCES A MARSEILLE. 1S

était remis dans le même état qu'avant. Sous ce rapport, les petites localités, comme celles.de la vallée d'Aiguës, eurent un grand avantage sur les grands centres et sur les provinces entièrement protestantes, comme les Cévennes. Les dragons repartaient sitôt arrivés; on en était quitte pour une panique et pour un court séjour dans les bois. Ce qui explique la désertion à Tétranger d'une partie des religionnaires de ce pays, c'est que les dragons prirent leurs quartiers d'hiver dans certaines localités. Dans ce cas, il fallait ou se convertir ou fuir.

Il n'y eut de résistance marquée qu'à Marseille ; du moins, c'est la seule que révèlent les lettres de Louvois. Le 7 novembre (I680) Louvois mande à M. de Grignan que le roi l'approuve de faire avancer un escadron vers Marseille pour obliger les religionnaires à se convertir, comme ils Tout promis à M. Morant, et de punir durement ceux qui voudront s'en exempter. M. Morant l'a averti que les religionnaires de Marseille interprètent dans un sens favorable la dernière clause de l'édit révocatoire. Louvois entend qu'on les détrompe par des logements considérables.

Les logements ont à Marseille la salutaire influence qu'ils ont eue en tout lieu. Aussi Louvois envoie-t-il des félicitations à M. de Grignan sur ce que les principaux marchands de la ville

ont abjuré; Il espère que ce bon exemple sera suivi par les autres (1).

Cependant, à l'approche des dragons, les religionnaires de la Provence s'enfuient en grand nombre. Les uns gagnent la Suisse par les montagnes du Dauphiné, les autres cherchent par mer un refuge dans la république de Gênes. Averti qu'un grand nombre d'émigrants ont trouvé un asile à Gênes, Louis XÏV eut l'idée de demander leur extradition à la République. Seignelay en écrivit au consul français ; mais on vit par la suite que cela souffrirait trop de difficultés. Néanmoins le consul fit courir le bruit que l'extradition serait accordée, espérant que ce mensonge ramènerait les fugitifs dans leur patrie. Ces mensonges perfides ne pesaient pas sur la conscience des Letellier, des Lachaise, des Louis XIV et des jMaintenon. Seignelay écrivait au consul français à Gênes :

ce Sa Majesté a approuvé que vous ayez fait courir le bruit sous main que vous avez ordre de demander à la République tous les Français de la R. P. R. qui sont à Gênes, puisque vous avez reconnu qu'il aurait été trop difficile d'obtenir de ladite République de vous les remettre entre les mains (2). »

(1) D. G., Louvois à M. de Grignan^ novembre 1685.

(2) Correspondance administrative sous Louis XIV, IV, 396.

ROUTET DE LOURMARIN. 189

Les nouveaux convertis demeurés dans le royaume étaient placés, après le départ des dragons, sous la surveillance des espions des intendants. Le comte de Grignan en avait répandu dans tous les lieux où se trouvaient de nouveaux catholiques; lui-même nous en instruit dans une lettre adressée à Louvois :

« Je fais demeurer, sous divers prétextes, des gens de confiance dans les contrées de cette province où il y a des nouveaux convertis, afin qu'ils observent leur conduite , qu'ils m'en donnent avis et qu'ils soient à portée d'exécuter les ordres que j'envoie.

« Un de ces gens étant à Lourmarin, apprit qu'un nouveau converti, nommé Rouvet, cardeur à laine, avait dit, le jour qu'on publia l'ordonnance de Sa Majesté pour le désarmement des nouveaux convertis, qu'on pouvait aller chercher ses armes, qu'elles étaient en un lieu où elles ne se mouillaient pas, et qu'elles n'en sortiraient qu'avec deux balles dans le corps. Sur l'avis que j'en eus, je fis arrêter ledit Rouvet et le fis mettre dans un des cachots des prisons d'Aix (1). »

Rouvet ne fut pas condamné aux galères parce qu'il nia énergiquement avoir dit les paroles rapportées sur son compte par l'espion de M. de Grignan.

Généralités de Montauhan et de Bordeaux. — L'académie de Montauban transférée à Puylaurens. — Conversion du ministre Coras. — Foucault à Montauban ; ce qu'il écrit au Père Lachaise. — Voyage à Paris. — Démolition du temple de Montauban; pour quels motifs, — Récit des Mémoires de Foucault. — Les religionnaires de Montauban vont au temple de Villemade. — Baptême des enfants par des ministres désignés; plaintes de Foucault. — Départ de Foucault. — Les dragons à Montauban avec Tessé. — L'intendant Dubois trop modéré aux yeux de l'évêque Colbert. — Lettres de Louvois. — Singulière assemblée à Montauljan. — Listructions de Louvois à Boufflers. — Boufflers se plaint des mœurs dépravées du clergé. — Bonnes nouvelles annoncées par Louvois à Letellier: soixante mille conversions dans la généralité de Bordeaux; vingt mille dans celle de Montauban. — Trois conversions par guet-apens. — Madame Péchels de La Buissonnade, près d'accoucher, dans la rue. — Boufflers contrarié par la dernière clause de l'édit révocatoire. — Conversions <i Bordeaux. — Courage des femmes protestantes de Clairac. — Fureur de Louvois ; il regrette qu'on ne les ait pas fusillées.

La généralité de Montauban eut à souffrir dès 1660, des restrictions successives apportées à l'édit de Nantes ; son académie , pépinière de savants et de prédicateurs, fut transférée à Puylaurens, en 1661 ; des procès furent intentés contre ses temples. De cette époque à 1681, o\x Ton voit Foucault entrer on scène, le fait le plus sail-

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