PROCÈS FAIT AU TEMPLE DE MONTAUBAN
Poissy, et que d'ailleurs le pape trouverait mauvais que cette conférence eût lieu sans sa participation? » Letellier alla même jusqu'à défendre à Foucault de soumettre ce projet au roi : « Sa timidité naturelle, dit Foucault, dans une entreprise qu'il jugeait périlleuse, est peut-être cause que l'ouvrage des conversions qui aurait pu réussir par les conférences, soutenues d'autres moyens doux, a causé la ruine d'un si grand nombre de religionnaires et la perte du commerce et des arts. »
Ces réflexions judicieuses de Foucault, alors à la fin de sa triste carrière, s'appliquent non moins à sa propre conduite qu'à la timidité de Letellier, si timidité il y a. Les moyens doux dont il parle ne furent pas longtemps les siens. En 1682, de concert avec M. Colbert, évêque de Montauban, il propose à Châteauneuf d'établir dans cette ville une maison pour les nouvelles converties; ensuite il s'attaque au temple. Procès fut intenté au temple, parce qu'on alléguait : l"* Que de prétendus relaps y avaient été reçus; 2° que le consistoire s'était assemblé dans une certaine chambre, qui était pourtant destinée à cet usage ; S*' que l'on avait entendu lire l'Ecriture sainte et chanter les psaumes dans la maison d'un cardeur de laine, et dans celle d'une pauvre veuve qui recueillait tous les soirs par charité
un aveugle mendiant. Les témoins étaient onze prêtres du diocèse de Montauban (1).
« Au commencement de février 1683, dit Foucault, le parlement de Toulouse ayant décrété de prise de corps les ministres de Montauban pour contravention aux édits, j'ai demandé à M. le chancelier, à MM. les ministres, à Mgr Tarchevêque de Paris et au Père de Lachaise (il n'en oublie point) que ce décret n'avait causé aucune émotion, parmi les religionnaires, et que Ton pouvait sans aucun danger faire démolir les temples. Ils se sont contentés de ne point paraître dans les rues les dimanches, à l'heure du prêche. » S'abstenir de paraître en public en signe de deuil, c'est ce que l'intendant, peu délicat, appelle ne montrer aucune émotion. Dans ce même mois de février, une ordonnance du roi accorde aux hôpitaux les biens des consistoires.
Au mois de juin, le temple de Montauban est démoli en diœ-neuf heures, en présence des commissaires nommés par le parlement. Les religionnaires ont fait paraître en cette occasion une soumission entière, dit Foucault. Une seconde version un peu différente nous est fournie par les Mémoires. « Au mois de juillet, le temple de
(1) Claude Brousson, Etat des réformés. Voir la requête en faveur du temple de Montauban, dans le Bulletin. VI, 425.
LE PRÊCHE A YILLEMADE. 105
Montauban a été démoli par arrêt du parlement de Toulouse, suivi d'un ordre du roi ; les religionnaires ayant refusé de T exécuter, cette démolition a été faite par les catholiques en sept heures de temps. Pendant cette démolition, les boutiques sont restées ouvertes et les religionnaires n'ont marqué aucune inquiétude. Ce temple avait été bâti en 4609; Tévêque envoyait demander aux ministres par quelles rues il leur plaisait que la procession passât le jour du Saint- Sacrement (1). »
Les religionnaires de Montauban vont alors au prêche à Villemade, à un quart de lieue de la ville ; mais ce temple gêne Foucault : « Il y a eu partage, dit-il, entre le commissaire catholique et le religionnaire sur la démolition de ce temple ; j'ai mandé qu'il était à propos de le faire juger. » Aussitôt après : « J'ai fait publier l'arrêt du conseil qui défend aux ministres des éghses interdites d'établir leur domicile plus près de six lieues desdites églises. )>
L'intendant était bien aise que le temple de Montauban fût démoli et les ministres chassés ; mais il en aurait voulu rencontrer un assez docile pour venir baptiser les enfants :
« J'ai proposé à plusieurs ministres d'accepter l'emploi de venir à IMontauban pour y baptiser
(1) Mémoires, p. 88.
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les enfants, mais ils l'ont refusé par deux raisons ; la première, parce que l'arrêt qui leur permet de faire ces baptêmes ne leur donne pas la liberté de consoler les malades, et la seconde qu'il leur donne un magistrat pour assistera ces baptêmes. J'avais même proposé aux habitants de la R. P. R. de nommer eux-mêmes un ministre, ce qu'ils ont refusé, aux conditions de Tarrêt du conseil. J'ai mandé à M. de Châteauneuf que je croyais qu'il était à propos que le roi leur nommât un ministre pour faire ces baptêmes, et que, faute pour les religionnaires de faire baptiser leurs enfants par ce ministre, ils seraient portés à l'église pour y être baptisés. Ils les portaient à Villemade, et souvent les enfants mouraient en che- ►min... J'ai proposé de rendre un arrêt portant défense aux ministres des lieux voisins de Montauban d'administrer le baptême aux enfants des religionnaires de Montauban, à peine d'interdiction de leur exercice. »
L'intendant s'en tient aux tracasseries autorisées par les arrêts, édits et ordonnances portés contre les religionnaires; il les fait exécuter, c'est son devoir; sans doute il y met beaucoup de zèle, mais voir Foucault rester dans la stricte légalité, même en se servant de tous les moyens, c'est un spectacle assez surprenant; heureux est-on quand il n'y met pas du sien. C'est bien