INSTRUCTIONS DONNÉES A BOUFFLERS
M. de Boufflers insiste de nouveau sur les con- Yersions générales ; l'exemple du Béarn est toujours sous ses yeux; les lauriers de Foucault rempêchent de dormir. Sur ce point, Louvois lui fait les recommandations suivantes : « Je vous supplie de vous souvenir de ce que je vous ai déjà mandé plusieurs fois, qui est qu'il faut tâcher de multiplier les conversions sans se vouloir attacher à faire qu'elles soient générales, ni que les plus riches se convertissent, et qu'il suffit, quant à présent, de faire diminuer considérablement le nombre des religionnaires; c'est à quoi l'intention de Sa Majesté est que vous vous attachiez, sans vous arrêter à tout ce qui pourra vous être proposé à cet égard, ni de la part des ecclésiastiques, ni de la part de JMM. les intendants qui me paraissent attachés à procurer la même chose que ce qui s'est passé à Pau ; de quoi sans miracle ils ne viendront point à bout, et il faut compter que toutes tentatives inutiles qui se feront sur ce sujet ne seront bonnes qu'à confirmer les religionnaires dans leur opiniâtreté et à rendre les conversions plus difficiles. »
Boufflers est bien obligé de se résigner à la méthode de Louvois ; il fait de son mieux, à l'aide des dragons, mais il écrit à Louvois que les mœurs dépravées d'une partie du clergé sont un obstacle aux conversions. « Le roi, répond
Louvois, a chargé M. de Châteaiineuf d^écrire aux évêques des généralités de Bordeaux et de Montauban pour les exciter à changer les curés qui, par leur mauvaise conduite ou ignorance, sont incapables d'en faire les fonctions et de les assurer que le roi les aidera de son autorité, si par les voies de la justice, ils ne se croyaient pas en état de les déposséder (1). »
En dépit de ces petites difficultés, les conversions étaient nombreuses et Boufflers accuse dans ses lettres un succès considérable dans les deux généralités de Bordeaux et de Montauban, qu'il mène de front. Louvois est dans le ravissement. Il écrit à Letellier : « Je trouvai hier au soir à mon arrivée un courrier que j'avais dépêché à M. de Boufflers, et j'appris par plusieurs de ses lettres, dont la dernière est du 4 de ce mois, que depuis le 15 août jusqu'à ce jour, il s'est fait soixante mille convertis dans la généralité de Bordeaux, et vingt mille dans celle de Montauban, et il assure le roi que la rapidité dont cela va est telle, qu'avant la fin du mois, il ne restera pas dix mille religionnaires dans toute la généralité de Bordeaux, où il y en avait soixante mille le 15 du mois passé (2). »
Les bonnes nouvelles reviennent sous la plume
(1) D. O,, 12 septembre 1685.
(2) D. G., 7 septembre 16S5.