‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 8 sur 127 · MADAME DE MAINTENON · texte numérisé non relu

MADAME DE MAINTENON

moment de sa vie, celui de son mariage, correspond à la date néfaste du règne de Louis XIV, on avouera que de terribles préventions pèsent sur sa mémoire. Est-il indifférent enfin que le clergé ait applaudi à son élévation (1), qu'elle se soit donné elle-même le surnom de « femme d'affaires du clergé, » et que les dames de Saint- Cyr aient écrit que « les cardinaux et les évêques ne connaissaient pas d'autre route? »

Françoise d'Aubigné était née en 1636, dans la conciergerie de la prison de Niort. Elle perdit les siens, jeune encore, et fut confiée à une parente. Madame de Neuillant, vieille femme dure, avare, qui traita l'orpheline comme une pauvre fille encore bien heureuse d'avoir un asile et du pain. La jeune d'Aubigné lisait beaucoup, ornait son esprit. Etant venue à Paris, elle plut par sa beauté un peu étrange; elle avait dans la conversation une certaine rectitude d'esprit qui fut remarquée. On parle d'elle au vieux et burlesque Scarron ; il veut la voir, la trouve agréable et a la bonne pensée de la tirer de la misère. Tout cul-de-jatte qu'il était, il la demande en mariage. Le parti n'était pas séduisant, mais Françoise d'Aubigné l'accepta, « l'aimant mieux, dit-elle, qu'un couvent. » Devenue veuve. Madame Scar-

(1) «Tous les gens de bien, dit l'abbé de Choisy, le pape, les évêques applaudirent K la victoire de Madame de Maintenon. *

ron vécut un moment d'une manière assez douteuse (1). Elle fréquentait l'hôtel de Richelieu. Un jour, Madame de Montespan la rencontre; elle est touchée de sa beauté, de sa modestie, et lui propose de devenir gouvernante des deux enfants qu'elle a de Louis XIV. Madame Scarron accepta cet emploi, avec cette réserve que le roi le lui ordonnerait ; car elle voulait bien devenir gouvernante des enfants du roi, mais non des enfants de Madame de Montespan. Le roi ordonna. Tel fut l'humble commencement d'une si grande fortune.

Dans ce chemin couvert, ténébreux, à l'issue duquel on voit la gouvernante devenue épouse du roi. Madame de Maintenon ne cesse pas un moment de gémir sur sa condition. En approchant de la splendeur, elle regrette l'obscurité ; elle répète sans cesse à son confesseur qu'elle voudrait quitter la cour, oii elle se dit abreuvée d'ennuis et de dégoûts. Si elle ne la quitte pas, c'est que Dieu la veut où elle est; elle a une mission à remplir auprès du roi. Cependant que fait-elle? Tout en paraissant raccommoder Madame de Montespan et le roi , souvent en querelle, elle se glisse et s'insinue sournoisement entre eux, et usurpe la place de la favorite. D'ailleurs cette fourberie et ce double jeu s'allient

(1) Voir les Mémoires de Saint-Simon.

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