‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 73 sur 127 · JOIE A LA COUR. 21S · texte numérisé non relu

JOIE A LA COUR. 21S

jesté, et s'ils demeurent les derniers avec opiniâtreté dans les erreurs où ils sont; que, si cela ne suffit pas, yous vous serviez des lettres

de cachet Mais vous devez ne vous servir

de cet expédient qu'avec beaucoup de discrétion , étant fort peu important au bien du royaume qu'il reste quelques gentilshommes de plus ou de moins dans les provinces, pourvu qu'il n'y reste plus de peuples pour les suivre, s'ils voulaient entreprendre quelque chose contre la tranquillité de l'Etat (1). ))

Le miracle des conversions de Saintonge est bien vite l'objet des conversations à la cour; mais on ignore ou on paraît ignorer le concours si efficace des dragons. Pour les courtisans, c'est toujours la grâce divine qui opère (2).

Les côtes, les iles de Ré et d'Oléron échappent encore au logement des troupes : « Sa Majesté, écrit Louvois à M. Arnould, me commande de vous faire savoir qu'elle ne juge pas à propos de faire, quant à présent, loger chez les religionnaires des îles de Ré, Oléron et autres

(1) Papiers Rulhières, D. G., 8 septembre 1685.

(2) « Vers le vingtième du mois de septembre, on eut nouvelle que les villes de Taillebourg et de Saint-Jean d'Angely, qui n'étaient presque habitées que par des huguenots, s'étaient entièrement converties, sans qu'on eût besoin d'y envoyer des dragons, comme dans les autres endroits, mais par les seules exhortations de M. l'évêque de Saintes. » {Mémoires secrets et inédits de la cour de France^ par le marquis de Sourches, I, 295.)

îles adjacentes de votre département, non plus que dans les communautés le long de la mer, qui sont remplies de matelots. »

Une semaine se passe; les troupes se répandent sur toute la province. Le roi ayant résolu d'essayer de porter par des logements de troupes les religionnaires des villes et élections de Saint- Jean d'Angely et d'Angoulême à se convertir, comme ont fait ceux des généralités de Bordeaux et de Montauban, l'intention de Sa Majesté est que vous vous rendiez à Saint-Jean d'Angely avant le 25 de ce mois, oii M. d'Asfeld se trouvera ce jour-là pour concerter avec lui la manière dont vous devez employer le régiment de Pinsonnel pour Jaire la même chose

dans lesdites élections H y a apparence que

cela sera bientôt expédié. »

Pas aussi vite que Louvois l'eût désiré, car M. de Gourgues ayant accordé six semaines de réflexion aux religionnaires d'Angoulême , le ministre de la guerre trouva ce délai beaucoup trop long; il n'admettait pas une patience de six semaines de la part d'un homme qui avait des troupes sous sa main (1).

En Saintonge, le marquis de Boufflers faisait merveille. Louvois lui écrit, à la date du 6 octobre, que le roi est enchanté de la facilité des

(1) D. G., 14 septembre 1685.

LES DRAGONS A BARBÉZIEUX. 217

conversioiis, et aussitôt, comme pour bien montrer ce que cette facilité signifie : « Vous prendrez soin, par des détachements, d'achever de purger ce qui restera de religionnaires dans la province; et en cas qu'il y en ait encore à Barbézieux, je vous supplie de faire que Ton commence par ceux-là. »

A Barbézieux, tout semblait aller pour le mieux; déjà le curé du pays avait demandé à Louvois les dépouilles des victimes. Louvois répond : « Le roi a bien voulu accorder à l'église paroissiale de Barbézieux la cloche, la maison qu'habitait le ministre et tout ce qui appartenait ci-devant au consistoire de Barbézieux (1). »

Toutefois, pressé de recueillir les bénéfices de la spoHation des religionnaires, le curé de Barbézieux avait forcé la vérité en annonçant l'extinction totale de l'hérésie : « J'apprends, écrit Louvois à l'évêque de Saintes, que les nouveaux convertis de Barbézieux paraissent fort endurcis, ce qui me fait vous supplier de vouloir bien y envoyer des gens pour les in-

(1) Une pièce curieuse, publiée par le Bulletin de llilHoire du Protestantisme (IX, 72), nous donne la formule employée pour une abjuration générale. Ce qu'elle a de plus significatif, c'est l'indication du motif qui fait abjurer les signataires; ils mettent en regard de leurs noms ce mem'ire de phrase qui en dit long sur le caractère des conversions : Poiir obéir à la voonté du roi. Cette pièce est du 17 octobre 1685.

struire, et de les y faire demeurer autant que vous le jugerez à propos. »

Envoyer des gens, c'est-à-dire des dragons, pour instruire les religionnaires, était devenu une expression proverbiale et usuelle. Louvois revient sur le compte des religionnaires de Barbézieux, au mois de décembre de la même année, pour dire à M. de Ris « qu'il n y a pas de meilleur moyen pour persuader les huguenots que le roi n en veut plus souffrir en France, que de bien maltraiter ceux de Barhézieux.

A La Rochelle, ce vieux boulevard du calvinisme, les religionnaires résistent; Louvois s'en irrite et écrit à M. Jésure de Milet : « Dites aux religionnaires de La Rochelle que s'ils continuent dans leur opiniâtreté, vous pouvez les assurer qu'ils courent risque de recevoir de dures marques de l'indignation de Sa Majesté. »

Dans l'île de Ré, où les troupes sont entrées, même résistance ; à l'accablement des premiers jours, a succédé la ferme volonté de disputer le terrain aux dragons pied à pied. Aussitôt Louvois écrit à d'Asfeld de faire passer dans l'île le bataillon de Vendôme (1).

Des assemblées de nouveaux convertis sont signalées dans TAunis ; il écrit à d'Asfeld :

(1) 13 septembre 1685.

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