ASSEMBLÉES DANS L^AUNIS
« Si dans le pays d'Auiiis il se faisait quelque assemblée de religionnaires qui vous parût suspecte, Sa Majesté trouvera bien agréable que vous la fassiez dissiper par les troupes, et, s'il s'en trouvait quelqu'un pris les armes à la main, que vous les fassiez pendre sur-le-champ (1). »
Tous n'étaient pas convertis ; loin de là. Les bois en recelaient qui avaient échappé jusqu'alors à la vigilance des dragons; mais Louvois compte pour les atteindre sur le retour de la saison rigoureuse.
« Le roi a été informé qu'il y a encore, dans la paroisse du diocèse de La Rochelle, six cents personnes de la religion qui ne se sont point converties, parce qu'elles avaient toutes déserté et s'étaient mises dans les bois. Comme ils ne pourront pas y tenir dans la rigueur de la saison qui commence, Sa Majesté aura bien agréable que vous sollicitiez M. de Vérac d'y faire loger des troupes dans la fin de ce mois (2). »
L'Aunis était considéré comme entièrement
(1) L'auteur du Mémoire sur la généralité de La Rochelle, déjà cité, écrit en 1695 : «Il y a encore dans cette île (Ré) un très-grand nombre de gens de la R. P. R.... Il est très-rare d'y trouver des mendiants. Il n'y a point de lieu de Saintonge où les terres soient cultivées si soigneusement.»
Et de Saint-Jean d'Angély, ville convertie par M. de Gourgues : «Cette ville n'étant presque plus remplie que de pauvres gens qui ont bien de la peine à vivre, il n'y a point de lieu où il y ait une si grande quantité de mendiants. »
(2) Louvois à Foucault, 9 novembre 1685.
converti en noveiiibre , et d'Asfeld recevait l'ordre d'en retirer ses tronpes pour les faire passer dans les généralités de Limoges, Bourges, Moulins et Riom (1).
Les troupes ne rencontrèrent pas dans ces pays de grandes résistances , les religionnaires y étaient peu nombreux ; mais si leur conversion se fit sans de violentes luttes , elle laissa du moins beaucoup à désirer pour la sincérité. L'intendant de la généralité de Bourges en 1689 nous donne des renseignements que nous ne devons pas négliger.
« Lors de la révocation, dit-il, il y avait environ cinq mille réformés dans la province, dont deux mille deux cents à Sancerre, avec deux prêches, deux ministres et un consistoire qui faisait la loi à tous les autres de cette religion dans la province. » Il y en avait sept ou huit cents dans le village d'Anières, tous vignerons, « plus entêtés que les autres; » Calvin avait luimême « débité ses erreurs dans ce village, du temps qu'il étudiait à Bourges. » On en comptait deux cent cinquante à ïssoudun ; le reste était disséminé à Saint-Amand, Argentan, Sainte- Sévère, Blanc et Yalençay.
L'intendant ajoute : « Il n'y a pas un seul parmi ces nouveaux convertis qui s'acquitte du
(1) Lettre du 3 novembre 1685.