‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 76 sur 127 · UN SERMON DE CLAUDE · texte numérisé non relu

UN SERMON DE CLAUDE

sans rien ajouter. M. l'intendant sortit du temple, on le reconduisit à son carrosse. On se sépara avec honnêteté de part et d'autre, et M. l'intendant dit, en montant dans son carrosse, qu'il témoignerait au roi le respect avec lequel on avait reçu les ordres de Sa Majesté, et, qu'en particulier, il était très-satisfait (1). »

Quand le clergé venait de prendre si haut la parole à l'assemblée de 1682, il n'était pas juste de fermer la bouche aux religionnaires, s'ils voulaient se défendre : c'est cependant ce qu'on fît. Tous les moyens de défense sont enlevés aux accusés. Le 23 octobre, Colbert écrit à l'archevêque de Paris : « Le roi ayant fait réflexion que le sermon du ministre Claude, dont Sa Majesté avait fait saisir les exemplaires, a été distribué dans Paris, et qu'ainsi cette saisie ne pouvait produire d'autre effet que de donner plus de vogue et de crédit à cet ouvrage. Sa Majesté m'a ordonné d'écrire à M. de La Reynie qu'il pouvait laisser continuer le débit de ce livre ; mais, en même temps, elle l'a fait avertir de se rendre un peu plus difficile à l'avenir à donner ces sortes de permission d'imprimer les livres de

(1) Récit de ce qui se passa à la signification de V Avertissement pastoral fait à Charenton le 20 septembre 1G82. {Ar~ chives de la guerre. Recueil de pièces concernant les religionnaires. 2523.)

dogmes composés pour ceux de la R. P. R. (1) m Le roi accorde l'autorisation à son corps défendant; il craint qu'un refus n'augmente le succès du livre de Claude, par l'attrait du fruit défendu, mais le premier mouvement a été d'ordonner la saisie de l'ouvrage, et La Reynie est bien averti, en passant, de se tenir sur ses gardes à l'avenir. Encore même n'a-t-on qu'une médiocre confiance dans le jugement de La Reynie; c'est le clergé que l'on consulte ; c'est l'accusateur que l'on fait juge! Le 10 avril 1683, Col- Lert demande à Bossuet s'il faut autoriser le ministre Claude à publier un ouvrage en réponse à celui de Bossuet sur leur conférence en présence de Mademoiselle de Duras : Que Bossuet voie s'il est permis de répondre à Bossuet! L'évêque de Meaux eut le bon esprit de permettre la réponse du ministre, ce dont il faut lui savoir gré, car il n'avait qu'un mot à dire pour fermer la bouche à son adversaire. Mais cette particularité jette un jour instructif sur la position des réformés vis-à-vis de leurs ennemis.

On n'osa pas, à Paris, employer le ministère des dragons, comme on faisait en province. Ces exécutions brutales de la soldatesque auraient blessé le goût délicat de la cour et la sensibilité des beaux esprits; les gémissements des victimes

(1) Correspondance administrative ^ IV, 361.

l'espionnage et la bastille. 229

seraient parvenus aux oreilles du roi. Il fallait éviter ces fâcheux éclats, écarter toute ombre des splendeurs de Versailles. En outre, le voisinage du gouvernement rendait les plaintes plus faciles, partant plus importunes : c'était vite fait d'aller à Versailles et d'étaler sous les yeux d'une cour adonnée aux plaisirs le sombre tableau des conversions à la Marillac. La révocation s'opéra donc à Paris d'une manière relativement douce ; mais avancer, comme l'ont fait divers historiens de très-bonne foi, que nulle violence n'y fut commise, c'est aller beaucoup trop loin.

L'espionnage sur la conduite des protestants et l'incarcération à la Bastille, tels nous semblent être les deux caractères de la révocation à Paris; ce qui, du reste, n'exclut ni les logements des dragons, ni l'envoi des archers dans certaines maisons huguenotes.

On trouve dans les papiers que Rulhières a consultés pour écrire ses Eclaircissements historiques des pièces curieuses sur la vigilance des espions de La Reynie. Nous leur empruntons quelques détails qui, pour être circonstanciés, n'en sont que plus instructifs.

Un agent anonyme signale à son chef la présence d'une demoiselle de qualité , Mademoiselle de Vins, de la province de Nivernois, chez

Madame la comtesse de Quintin. Cette jeune personne se cache, en attendant l'occasion de sortir du royaume ; on la presse de se convertir, mais elle refuse obstinément. Qu'il plaise au roi de la faire retourner chez ses parents, a où elle fera profession de foi. »

Il y a aussi, rue des Ciseaux, dans le faubourg Saint-Germain, une dame de Pontoly, qui n'attend qu'une occasion pour passer à l'étranger. Il faudrait la faire prendre et la renvoyer chez son mari, qui s'est converti.

Il serait inutile de multiplier ces petits détails , qui prouvent que la police exerce une vigilance minutieuse sur les religionnaires ; nous préférons relever des aveux des mêmes espions sur le peu de respect qu'on portait aux offices catholiques et sur les hideuses profanations dont les cadavres des religionnaires furent l'objet à Grenelle. Il n'y eut rien de pareil dans les provinces.

« Les irrévérences qui se commettent dans les églises, dit l'agent, principalement pendant le sacrifice, scandalisent les nouveaux convertis et empêchent plusieurs de se convertir. Elles leur font dire que les catholiques naturels (de naissance) ne croient pas la présence réelle, parce que s'ils la croyaient, ils se comporteraient avec plus de respect et de dévotion dans

Page 1