‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 78 sur 127 · LE DUC ET LA DUCHESSE DE LA FORGE · texte numérisé non relu

LE DUC ET LA DUCHESSE DE LA FORGE

écrit Pontchartrain (1). Sa tendresse maternelle l'emporte sur la prudence, et elle court, un jour, au couvent où sont ses filles; elle veut les embrasser. « Vous savez que Sa Majesté n'a jamais entendu ce commerce-là, écrit durement Pontchartrain au duc lui-même. » Le duc tombe malade; il appelle sa femme, il demande avec larmes qu'on la laisse venir auprès de lui : prière superflue , cette douce joie est refusée à sa vieillesse expirante.

Malgré les défenses, les religionnaires se réunissent en secret , prient et chantent les Psaumes. Seignelay en avertit La Reynie. Le lieu ordinaire de ces assemblées clandestines est chez une dame Combel, rue Neuve-Sain t-Eustache. Il faut arrêter ceux qui s'y rendent. Un grand nombre de religionnaires assistent au culte dans les chapelles des envoyés de Danemark, de Brandebourg, de Hollande et d'Angleterre. La Reynie devra les saisir.

Cette sourde persécution n'est qu'un prélude. Le 11 décembre 1685, Seignelay écrit au procureur général du parlement de Paris :

« J'ai rendu compte au roi de la proposition que vous faites d'obliger les marchands de laR. P. R. les plus opiniâtres à fermer leurs boutiques, et de mettre quelques archers chez eux en gar-

(1) Correspondance adrnhiistrative, l\, 424.

nison. Sa Majesté approuve cette proposition, et elle veut que la fassiez exécuter, ainsi que vous trouverez le plus à propos, avec votre prudence ordinaire (1). » Les archers remplissent à Paris l'office des dragons en province. Mais les dragons ne sont pas des personnages inconnus aux religionnaires parisiens; le banquier Samuel Bernard reçut leur coûteuse visite (2). Seulement les dragons de Paris n'ont à leur tête ni un Foucault, ni un Marillac.

Le 23 décembre de cette année (1685), Seignelay se déclare satisfait des dispositions des religionnaires, et, en invitant La Reynie à chercher les moyens d'obtenir une conversion générale, il l'instruit, sous le sceau du secret, que le 10 janvier, on leur signifiera qu'on leur donne seulement un mois pour abjurer, et que, passé ce terme, ils seront relégués dans les provinces qu'il plaira à Sa Majesté de choisir. Quelques jours après, Seignelay annonce que les gens de commerce chez qui on avait logé des archers sont convertis; c'est maintenant au tour des bourgeois ; il est d'avis d'envoyer « des garnisons dans les maisons les plus opiniâtres. » La

(1) Correspondance administrative, IV, 366.

(2) BïiUetin, V, 49. — France protestante, II, 210 Quoique converti, Samuel Bernard eut à loger des dragons, qui, sous la conduite du major d'Artagnan firent dans sa maison une dépense de 10,016 livres.

Page 1