LOUIS XIY ET LE MENUISIER DE CLERMO.M
véritable, vous disiez audit Brunier de se défaire de cette charge au plus tut (1). »
Même interdiction pour un menuisier de Clermont qui a l'intention de se faire recevoir maître de métier. Colbert avertit l'intendant « que l'intention de Sa Majesté est qu'il apporte de telles difficultés à la réception de ce menuisier, qu'il empêche qu'il ne soit admis à la maîtrise. »
Quelles misérables tracasseries pour un si grand roi î
Colbert (fils) connaissait, lui aussi, les cruels artifices auxquels on a recours quand on veut punir à tout prix : a Charlotte Leblanc, fille d'un orfèvre, voulant abjurer l'hérésie, s'adressa, il y a quelque temps, à 31. Colbert qui la fit mettre aux Nouvelles-Catholiques, où elle fit son abjuration entre les mains de M. l'évêque de Saintes. Elle fut mise quelque temps après entre les mains de Madame la maréchale d'Humières pour être alfermie dans la religion ; mais, étant disparue dix jours après, sans qu'on ait pu savoir où elle est allée, le roi m'a ordonné de vous dire que vous ayez à vous informer si elle s'est retirée chez ses parents, et, en cas qu'ils l'aient fait enlever, que vous leur fassiez faire leur procès comme séducteurs et ravisseurs, et si, au
(1) Colbert à M. de Ménars. Correspondance administrative^ IV, 322.
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contraire, elle y est retournée de bon gré, que vous fassiez informer contre elle comme relapse (1). »
Les archers, avons-nous dit, furent mis en garnison chez les religionnaires de Paris; les huissiers aussi. « La dame de Massanes, femme du sieur de Massanes fils, demande qu'on lui ôte deux huissiers qui sont chez elle en garnison, à cause qu'elle est sur le point d'accoucher et qu'elle a des parents catholiques qui offrent de s'en charger (2). »
Malgré tous ces indices d'une persécution soutenue et savante, Paris, comparé aux provinces, était pour les protestants, un doux asile, une oasis, un lieu de refuge. Ils y accourent en foule, moins pour y faire un long séjour que pour s'y cacher, jouir d'un repos relatif et combiner la fuite vers les pays étrangers. Pontchartrain, et après lui, René d'Argenson, constatent le fait avec autant de persistance que d'inquiétude (3). Une fois enfermés et comme perdus dans cette immense ville, les religionnaires respirent et calculent prudemment le jour et l'heure de leur départ. Ces fuites hardies offraient de sérieux dangers : les routes, les
(1) Correspondance administrative^ IV, 321.
(2) Papiers Rulhières, I.
(3) Notes de René d'Argenson. Paris, 1866.