‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 82 sur 127 · LES MANUFACTURIERS ÉPARGNÉS · texte numérisé non relu

LES MANUFACTURIERS ÉPARGNÉS

expliquer la manière dont elle désire que Ton en use, son intention est que vous ajoutiez foi à ce qu'il vous dira de sa part et que vous appuyiez en tout ce qui pourra dépendre de vous Texécution de ce qu'il vous marquera être des intentions de Sa Majesté ; à quoi j'ajouterai qu'elle désire que pendant que la cavalerie sera logée chez les religionnaires, ils payent 20 sols par place d'ustensile et la nourriture aux cavaliers (1). »

Louvois ajoute qu'il est très-inutile de contrarier les étrangers fixés à Rouen et recommande de ménager les gros manufacturiers, dont le commerce, il le reconnaît, est très-utile à la province, « ce qui doit, dit-il, vous faire comprendre que Sa Majesté aime mieux que des vingt mille religionnaires qui sont dans votre département, il en reste quatre ou cinq cents qui ne se convertissent pas présentement, que si, pour achever de les convertir tous, il fallait faire des violences très-considérables (2) . »

(1) D. G., 21 octobre 1685.

(2) Cependant, un mois plus tard, le même Louvois, irrité des résistances, écrivait à Marillac, au ^ijet des protestants de Rouen: « Il faut mettre les cavaliers dans leurs maisons; atin que le bruit et le désordre qu'ils y feront les touche plus que l'argent qu'ils donnent au cabaret pour leur subsistance. » On voit, par ces lignes que, souvent, les religionnaires évitaient les logements de troupes chez eux, en payant jeur subsistance dans les hôtels et cabarets.

La besogne achevée à Rouen, M. de Beanpré fera passer les troupes à Dieppe, au Havre et par tout le. plat pays. Apparentes ou sincères, mais plutôt apparentes, hommage involontaire rendu au sabre, les conversions se firent; l'émigration aidant, il resta à Rouen peu de religionnaires. En 1698, la population était diminuée d'un quart. « Rouen avait autrefois plus de quatre-vingt mille habitants; la mortalité arrivée en 1693 et 1694, la sortie des religionnaires et neuf années de guerre ont réduit ce nombre à environ soixante mille (1). »

M. de Beaupré passe donc à Dieppe et rencontre dans cette ville la plus vigoureuse des résistances dont l'histoire de ces tristes années fasse mention. C'est l'éternel honneur des protestants de Dieppe d'avoir attiré sur leurs têtes une répression dont il y a peu d'exemples ; mais ce fut aussi leur malheur. Ils jetèrent Louvois dans une exaspération qui ressemble à de la rage. Il écrit à M. de Beaupré :

« .... Le roi a été informé de Topiniâtreté des gens de la R. P. R. de la ville de Dieppe, pour la soumission desquels il n'y a pas de plus sûr moyen que d'y faire venir beaucoup de cavalerie et de la faire vivre chez eux fort licencieusement.

(1) Mémoire concernant la généralité de Rouen, dressé par M. La Bourdonnaye, en 1697. (Fonds Mortemart, n° 95.)

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