‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 83 sur 127 · LES PROTESTANTS DE DIEPPE · texte numérisé non relu

LES PROTESTANTS DE DIEPPE

Comme ces gens-là sont seuls dans tout le royaume qui se sont distingués à ne se vouloir pas soumettre à ce que le roi désire d'eux, vous ne devez garder à leur égard aucune des mesures qui vous ont été prescrites et vous ne sauriez rendre trop rude et trop onéreuse la subsistance des troupes chez eux. C'est-à-dire que vous devez augmenter le logement autant que vous croirez le pouvoir faire sans décharger de logements les religionnaires de Rouen, et qu'au lieu de vingt sols par place et de la nourriture, vous pouvez en laisser tirer dix fois autant et permettre aux cavaliers le désordre nécessaire pour tirer ces gens-là de l'état où ils sont et en faire un exemple dans la province, qui puisse être autant utile à la conversion des autres religionnaires qu il y serait préjudiciable, si leur opiniâtreté demeurait impunie (1). »

Marillac eut-il quelque velléité d'adoucir l'exécution de ces ordres barbares? Quelque étonnante que la chose puisse paraître , elle est cependant admissible, car Louvois lui écrivant de nouveau lui exprime « combien le roi est éloigné de vouloir donner du soulagement aux habitants de Dieppe, pour lesquels il ne faut avoir aucune considération. »

La méthode de Louvois appliquée par Maril-

(1) D. G., 757, 17 novembre 1685.

lac et Beaupré, porta ses fruits. Plutôt que de se laisser exterminer jusqu'au dernier, les religionnaires de Dieppe donnèrent des signes de leur retour à la vraie foi : beaucoup furent assez heureux pour sortir de France ; d'autres allèrent languir et mourir dans les prisons ou ramer sur les galères. A la fin de novembre, la ville de Dieppe fut regardée comme convertie, et Loavois recommanda à Marillac de se retourner contre les religionnaires répandus dans le plat pays.

La généralité de Caen, qui avec celles de Bouen et d'Alençon, composait le gouvernement de Normandie, fut convertie par M. de Morangis. « Je vous fais ce mot, écrivait Louvois à ce personnage, pour vous dire que l'intention du roi est que vous vous serviez du régiment du roi pour, en chargeant considérahlewent les religionnalres, obliger ceux des villes de Caen et de Baveux à changer de religion (1). »

M. de i\Iorangis était dans cette généralité

(1) D. G., 16 novembre 1685. Les dragons faisaient de leur mieux pour ruiner leurs hôtes; Louvois leur conseillait de faire chère lie. Le menu qui suit du repas de deitcc dragons montre qu'ils n'y manquaient pas :

« A desjeuner : Un pot de vin, 11,4 s.; en pain, 4 s,; des huistres, 12 s.; deux fagots, 10 s.

« A disner : Cinq quartes de vin, 3 1.; en pain, 8 s.; une soupe et un chapon, 1 1. 10 s.; du bœuf et du mouton, 11.5 s.; une gelinotte et une douzaine d'allouettes, 2 1.; une fricassée de poullets, 1 1. 5 s.; une sallade de champignons, 10 s.; douze noix

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