‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 84 sur 127 · MÉMOIRE DE FOUCAULT · texte numérisé non relu

MÉMOIRE DE FOUCAULT

côte à côte avec le terrible Foucault, alors intendant à Caen. Mais le bourreau de Béarn n'avait plus cette ardeur féroce qui le distinguait au début de sa carrière. Agé maintenant, sentant qu'il approche du terme de sa course, revenu de toute ambition, il s'inquiète moins de l'hérésie et des hérétiques. On voudrait découvrir dans son cœur des traces de remords pour expliquer cette douceur relative, mais le remords n'entre jamais dans l'âme de Foucault.

Quoi qu'il en soit, voici le résultat des conversions de la généralité de Caen, tel qu'il est consigné dans le mémoire dressé par Foucault luimême.

Les protestants faisaient dans le pays le commerce des draps, lingettes et toiles. « Ce commerce, ainsi que les autres, ont considérablement diminué depuis l'année 1685, que la plus grande partie des marchands ou négociants, qui étaient religionnaires, et les plus riches, ont passé dans les pays étrangers et ont abandonné

coiifittes, 12 s.; deux douzaines de biscuits et de macarous, 1 J. 4 s.; une assiette de poires et du sucre, 10 s.; deux fagots et une husclie, 14 s.; un jeu de cartes, 5 s.

« .4 soi'pev : Trois pots de vin, 3 1. 12 s.; en pain, 8 s.; deux poullardes et un lapin, 3 1.5 s.; une douzaine d'allouettes, 15 s.; trois grosses bécasses, 3 1.; deux sallades de champignons et une de chicorée, 15 s.; une tourte de Vigenne, 1 1. 10 s.; douze biscuits et macarons, 12 s.; douze noix confittes, 12 s.; une assiette de poires et du sucre, 10 s.; deux fagots et deux busches, 11.8 s.; deux jeux de cartes, 10 s. » {Bulletin^ II, 580.)

ledit commerce, en sorte que ceux qui restent ne sont pas en pouvoir de le rétablir (1). »

A Saint-Lô, sur huit cents religionnaires, quatre cents ont quitté le pays. Ceux de Goutances trouvèrent un asile dans les îles de Jersey et de Guernesey. Quelques-uns, restés dans l'élection, « simulèrent de faire leurs devoirs en allant à l'église. Présentement ils n'y vont plus, et l'on ne doute pas qu'ils ne tiennent de petites assemblées sans bruit et sans éclat pour l'exercice de leur religion. » Cet aveu accablant de l'impuissance du gouvernement de Louis XIV échappe à tous les intendants malgré eux.

La Bretagne est une des provinces qui comptaient le moins de religionnaires. « Il n'y en avait que dans les villes de Rennes, Nantes, Vitré et Quentin, et dans quelques paroisses de la campagne des environs de ces villes-là, et l'on n'estime pas que le nombre en montât à quatre mille (2). »

L'intendant de Rennes , M. de Lavardin, écrivait en 1686 à Louvois une lettre qui doit être citée comme un témoignage du zèle peu évangélique qu'on trouve chez les membres du

(1) Mémoire sur la généralité de Caen^ par Foucault, 1698. (Fonds Mortemart, n" 90.)

(2) Mémoire sur la Bretagne ^ve^^é par M. de Nointel, 1698. (Ihid., n° 92.)

l'éyéque de dol. 255

clergé sous la révocation : « Monsieur, tâchant d'achever ma carrière avec la même exactitude que je l'ai commencée, je me donne l'honneur de vous rendre compte que M. l'évêque de Dol, avec une aigreur qui me parut peu épiscopale, envoya, les jours passés, une dénonciation en forme contre une troupe de nouveaux convertis qui était d'un Ai liage nommé Plaine-Fougères, qui est de son diocèse; et, comme s'il eût appréhendé que j'eusse manqué à suivre son humeur atrabilaire, il me signifia qu'il envoyait autant de son procès- verbal à M. de Croissy, me demandant le secours de la main forte, comme s'il y avait eu bien du monde, quoique dans tout son diocèse il n'y eût que douze nouveaux convertis. Au moment, je fis monter dix archers à cheval, avec ordre au lieutenant de la maréchaussée d'arrêter toute cette troupe et de relâcher ceux que M. de Dol espérerait convertir par de plus douces voies, et qu'il lui demanderait.

« L'évêque, animé apparemment par son zèle, crut se relâcher beaucoup en laissant les enfants au-dessous de huit ans et une femme en mal d'enfant. Ainsi huit furent amenés prisonniers dans cette ville, quoique je ne crusse nullement cette rigueur nécessaire, et au contraire trèsnuisible. C'est une famille entière de gens calmes

et tranquilles, et leur unique faute, c^est qu'un grand vicaire de M. de Dol leur tendit un panneau, et leur dit que le roi leur donnait liberté de conscience, et s'ils préféraient leur ancienne religion à celle qu'ils professaient maintenant ; sur cela ils dirent qu'ils préféraient l'autre (1). » Tel était donc le crime pour lequel l'évêque de Dol avait requis dix archers! L'intendant ajoute : « Les huit sont en prison, mais je n'y trouve pas un sujet pour les inquiéter, hors que M. de Dol me les dénonce. » C'est dire assez clairement que les pouvoirs de l'évêque étaient plus étendus que ceux de l'intendant. Des pièces comme celle-là n'ont pas besoin de commentaires.

Les Eglises protestantes situées dans les diocèses de Soissons, Laon et Noyon et en général toutes les Eglises de Picardie, éprouvent le sort commun. C'est l'intendant Bossuet, père de l'évêque de Meaux, qui , de concert avec les évêques de Soissons et de Noyon, convertit les religionnaires de cette province. Les temples étaient tombés un à un sous le coup des contraventions habituelles à cette époque ; les exercices furent successivement interdits à Landouzy, Gercis, Lemé, Levai, Dive, Herlie, Nogentel, Cus,

(1) Papiers Rulhières, I.

FERMETE DE M. DE jNOUVION.

Verneuil, Le Bas, Béthisy, Compiègne, Château- Thierry, etc.

Il y eut là aussi une dispersion générale des pasteurs et des protestants, prélude des exécutions militaires qui eurent lieu en 168o (1).

Le 23 novembre 1685, Louvois écrit à Bossuet de faire parcourir son département par les cavaliers et de les loger dans les maisons des religionnaires, tant nobles que roturiers. Les cavaliers se nourriront grassement et toucheront 20 sols par place.

On se convertit, ou du moins on fit semblant. Les lettres de Bossuet attestent le peu d'empressement des nouveaux convertis à remplir leurs devoirs de catholiques. Il les fait enfermer dans des couvents. Des listes de dames obstinées lui sont envoyées par Tévêque de Noyon; mais il est constant, dit l'intendant, que la plupart sont mal disposés ; un surtout, un gentilhomme, le sieur de Nouvion, âgé de soixante et dix-huit ans, « d'un esprit ferme et hardi, et qui a toujours été considéré avec une grande distinction par les religionnaires du pays. » M. de Nouvion avait paru abjurer, mais il n'allait pas à la messe, alléguant son âge et des blessures reçues dans

(1) Voir La Réforme en Picardie, Essai historique sur les Eglises réformées cIk département de l'Aisne, par 0. Douen. Paris, 1860.

le service du roi. « Et sur ce que, dit Bossuet, M. de Laon fut averti le 19 juin qu'il était plus mal qu'à l'ordinaire, il envoya un chanoine de sa cathédrale pour l'inviter à recevoir les sacrements. Le chanoine s'acquitta de sa Commission, mais le sieur de Nouvion, après avoir dit qu'il n'était pas plus malade qu'il y a dix-huit mois, ajouta, sur le chapitre des sacrements, qu'il était résolu de ne les recevoir jamais, qu'il était bien fâché d'avoir fait abjuration, que c'était par force, qu'il s'en dédisait, (ce sont ses termes), qu'il avait fait en cela une lâcheté digne de la mort et qu'il ne serait jamais de la religion catholique à cause des abominations qui se faisaient à la messe.

« M. de Laon ayant pris soin de me faire savoir cet emportement et, étant averti d'ailleurs, que le sieur de Nouvion affectait de tenir ces discours à qui les voulait entendre, je crus devoir mander au lieutenant criminel et au procureur du roi de Laon d'en informer, ce qui a été fait ; il a même été interrogé et il a persisté, si bien que, passant à Laon, j'ai fait décréter prise de corps contre lui. Mais nous avons cru, M. de Laon et moi, qu'attendu le grand âge du sieur de Nouvion, sa qualité et ses infirmités qui sont telles qu'il les a dites dans son interrogatoire, il n'était pas à propos de rien faire en exécution

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