‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 85 sur 127 · ASSEMBLÉES SECRÈTES A VERVINS · texte numérisé non relu

ASSEMBLÉES SECRÈTES A VERVINS

de ce décret, sans recevoir les ordres de Sa Majesté (1). »

Bossuet ajoute que la vieillesse de Nouvion doit l'exempter de la peine des galères, prononcée en pareil cas ; que la confiscation de ses biens serait inutile, attendu qu'il a tout donné à ses filles. Mais comme un tel scandale serait d'un mauvais exemple, s'il demeurait impuni, Bossuet propose que le vieillard soit mis en prison hors de la province « soit à la Bastille, ou ailleurs. :»

Bossuet n'eut pas le temps de s'endormir, sur la foi que l'hérésie était disparue; des assemblées de religionnaires lui sont signalées; il envoie aussitôt son secrétaire aux informations. Voici d'après une lettre adressée à Louvois le résultat de cette enquête:

(c Par le retour de mon secrétaire que j'avais envoyé avec une autre personne de confiance à Vervins et aux environs pour savoir au vrai ce que c'est que ces assemblées dont j'ai l'honneur de vous écrire et voir si on pourrait sans bruit faire arrêter celui qui y prêche, j'apprends qu'il y a déjà eu quatre ou cinq assemblées , même deux consécutives. Elles se tiennent dans les environs du village de Voux-Paix, dépendant de la succession de M. de Vervins-Gomminge , à

(1) Papiers Rulhières^ I.

une lieue et demie de Vervins, en différents bouquets de bois Ces gens se rendent dans ces

bois par troupes de vingt et de trente. On dit qu'il s'y en trouve quelquefois du côté de Guise et de Saint-Quentin, que la plupart sont armés et qu'il y en a quelqu'uns à cheval. Ils ont été vus par les gardes de ces bois, qui prétendent en avoir remarqué la dernière fois jusqu'à quatre ou cinq cents. On prétend que c est celui qui prêche qui indique le jour et le lieu de la nouvelle assemblée, et que c'est seulement aux anciens de chaque canton à qui il se confie, et que ceux-ci conduisent les autres; que, dansées discours, il invite à donner quelque chose pour lui et pour entretenir des correspondances avec leurs confrères du dedans et du dehors. Cet homme est toujours errant et n'entre pas dans les villages (1).

(1) Pcqyiers Ridhières', I.

Lyon, pays de Gex. — Zèle Je rarcbevèque de Lyon.— Rapport de l'intendaut, M. de Ber^^y, sur les religionnaires de Lyon. — ^ Autre rapport, plus sûr, dressé en 1G98. — Détails sur la composition de l'Eglise protestante de Lyon. L'archevêque se concerte avec l'intendant pour la répartition des troupes. Les dragons dans le plat pays. — Gex; deux temples seulement restent debout, à Sorgy et à Fernex. Les pasteurs n'abandonnent pas leurs troupeaux; lettre de l'un d'eux. — Emigration à Genève. — Lettre hautaine de Louis XIV au résident français. — Une scène de l'émigration. Les deux tiers des protestants quittent le pays. Traitements infligés à de nouveaux convertis qui ne remplissent pas leurs devoirs. — Autres bailliages du duché de Bourgogne; peu de protestants.

L'archevêque de Lyon fut, bien plus que l'intendant, M. de Bercy, Tinstrumentdont Louvois se servit pour la conversion des religionnaires de cette ville. « Sa Majesté, lui écrivait-il, aurait fort agréable que vous puissiez porter la plus grande partie des religionnaires de la ville de Lyon à se convertir par délibération; mais si cela ne peut pas réussir , Sa Majesté sera bien aise auparavant de vous donner ses ordres pour vous servir des troupes pour les y contraindre, d'avoir un mémoire du nombre de religionnaires

qu'il y a dans la ville de Lyon, dans lequel ceux qui sont Suisses ou Allemands soient distingués, combien il y en a parmi eux de naturalisés et combien il y en a qui ne le sont point (1). »

Le mémoire que demande Louvois est dressé et envoyé, non par l archevêque, mais par F intendant : mais c'était la confusion même, s'il faut en croire la lettre écrite par Louvois à la réception de ce document. Il en ressort que M. de Bercy ne connaissait que très-vaguement le chiffre des religionnaires de sa généralité.

« J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, avec le mémoire des gens de la R. P. R. de votre département qui y était joint, lesquels, suivant la supputation que j'en ai fait faire ne sont qu'environ au nombre de huit cents; cependant vous me marquez par votre lettre qu'il y en a bien mille ou onze cents dans tout votre département, dont vous ne me faites point le détail ; de plus, M, de Villeroy m'a assuré qu'il y en avait huit ou neuf cents dans la seule ville de Lyon, ce qui m'oblige à vous supplier de vouloir bien m'envoyer un état plus exact. »

Si, pour nous entourer de toutes les lumières, nous consultons le mémoire dressé par l'intendant en 1698, nous trouvons qu'au temps de la révocation, il y avait à Lyon un millier de per-

(1) D. G., 7 odobre 1(385

RÔLE DE l'archevêque DE LYON. 263

sonnes qui allaient au prêche, sur lesquelles quatre-vingts familles originaires du royaume et dix-huit ou vingt venues de Suisse. Le reste était de la jeunesse des autres provinces qui se rendait à Lyon pour travailler dans les fabriques et se former au négoce.

« Lors des conversions , ajoute Tauteur du mémoire, la plus grande partie de cette jeunesse s'en retourna; les Suisses ne furent point inquiétés et sont restés à Lyon. L'abjuration se fit sans peine ni formalités. Mais il n'est demeuré à Lyon que vingt familles de nouveaux convertis, dont quelques-uns le sont véritablement ; les autres se sont retirés à Genève, en Suisse, en Hollande, en Angleterre, et en Allemagne, et, comme elles étaient riches et faisaient bonne figure dans le commerce, elles ont emporté du bien considérablement (1). »

L'archevêque de Lyon, auquel Louvois laissait, comme on l'a vu, le choix des moyens, n'eut aucun succès par les voies persuasives ; son éloquence y reçut un échec mortifiant , et il appela les dragons à son aide ; aussitôt abjuration générale; la ville était gagnée à la doctrine de l'Eglise romaine, par le concert de l'archevêque et de l'intendant réunis : l'un indiquant les

(1) Mémoire concernant la généralité de Lyon ^ dressé par M d'Herbigny. 1098. Fonds Mortemart, n. 91.

points où la soldatesque était utile, l'autre faisant marcher ses troupes sur un signe. Le signe venait toujours de l'archevêque, et, chose à noter, c'est à lui que Louvois s'adressait pour l'usage à faire des troupes. Nous avons à faire un archevêque-gendarme , variété qui n'était pas rare à cette époque.

Quand l'hérésie a disparu de la ville , on l'attaque à la campagne , dans le plat pays. La haute direction de l'affaire est remise entre les mains de l'archevêque.

« Le roi, lui écrit Louvois, aura bien agréable que vous vous serviez des dragons qui sont dans les deux élections de la province et de la cavalerie qui y arrivera au premier jour, pour essayer de porter le peu de gens de la R. P. R. qui restent dans le plat pays à se convertir (1). »

Les religionnaires de Lyon et de la province, à l'exemple de leurs frères du royaume, courbèrent la tête sous l'orage, pour la relever quand il fut passé.

A l'est de Lyon, le pays de Gex, dépendance du duché de Bourgogne, était un des foyers de la réforme française, entretenu, avivé par le voisinage de Genève. Les catholiques y formaient, vers 1665, le vingtième de la population, et montraient déjà des exigences peu en rapport

(1) 19 octobre 1685.

avec la place modeste qu'ils occupaient dans le bailliage. Enhardis par la destruction générale des temples, les ecclésiastiques demandèrent que lesneufministres du bailliage fussent empêchés de remplir leur office en dehors des églises oii ils résidaient; c'était priver de culte quatorze ou quinze villages. L'intendant de Bourgogne, Bouchu, s'empressa d'exaucer ces vœux. Il ne resta que deux temples dans le bailliage; l'un à Sergy, l'autre à Fernex (1).

Les pasteurs parcouraient le pays pour exhorter leurs frères. « Nous avons fait résolution, écrit l'un d'eux, de n'abandonner point nos troupeaux, de ne nous en éloigner guère, de les visiter et consoler les malades le plus souvent que nous pourrons, avec le zèle et la prudence que nous demandons à Dieu. Nous nous reposons sur sa providence, et quoiqu'il nous frappe, nous baisons sa main comme celle de notre père. Nous le prions qu'il ait pitié de nos maux, qu'il écoute les vœux et les soupirs de ses enfants, qu'il touche de repentance les cœurs de tous les profanes (2). »

Le premier temple abattu fut celui de Gex.

(1) Histoire des Eglises réformées du pays de Gex , par Théodore Claparède. Genève et Paris, 1856, 1 vol.

(2) Lettre du pasteur Samuel Bernard au pasteur Ulrich, citée par M. Claparède.

(c Les charpentiers furent bientôt sur le toit qu'ils jetèrent à bas, pendant que les trompettes faisaient retentir Tair de leurs fanfares et les catholiques de leurs cris de joie beaucoup plus agréables (pour eux) que le chant des psaumes de Marot (1). »

En 1685, rémigration est si grande que le roi irrité s'en prend aux magistrats de Genève. Il écrit au résident français cette lettre hautaiae :

« Monsieur Dupré, étant averti qu'il y a beaucoup de mes sujets de la R. P. R. qui, au préjudice des défenses générales que j'ai faites de sortir de mes Etats sans ma permission, se retirent à Genève et y sont reçus des magistrats, je vous écris cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous fassiez de pressantes instances de ma part auprès de ceux qui gouvernent dans ladite ville, à ce qu'ils obligent incessamment tous ceux de mesdits sujets qui y sont retirés depuis un an, d'en partir pour retourner

dans leurs maisons Et vous déclarerez aux-

dits magistrats que je ne pourrais pas souffrir qu'ils continuassent à donner retraite à aucuns de mes sujets qui voudraient encore sortir de mon royaume sans ma permission. »

(1) Histoire des Eglises réformées du pays de Gex.

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