SORT DES PROTESTANTS DE BOURGOGNE
que j'ai trouvée auprès d'elle pour la démolition des temples et pour l'interdiction de l'exercice public de la R. P. R. dans ce bailliage-là, avec cette inscription au bas de la statue : Virgini Deiparœhœreseon extirpatrici in rnonumentum graiitudinis ponehat Joannes Episcopus Genevensis. — Je désire que cela soit vu des passants, afin qu'ils aient occasion d' honorer la sainte Vierge (1). »
Les autres bailliages du duché de Bourgogne comptaient un nombre très-restreint de huguenots; ceux de Nuits , Saint- Jean de Losne, Auxonne, Autun n'en avaient pas, sauf Autun; dans le bailliage de Bourbon-Lancy, il y en avait quelques familles ; elles sortirent du royaume. Sur seize familles répandues à Avallon, il n'en resta que six; à Arnay-le-Duc, sur seize familles, cinq ou six quittèrent le pays ; à Châtillon, environ trente familles, elles sont restées; à Auxerre, les habitants chassèrent le peu d'hérétiques qu'ils avaient ; en actions de grâces pour ce fait, ils font une procession annuelle, dans laquelle ils portent le saint-sacrement. Dans le Maçonnais, quinze familles protestantes sont parties; il en reste cinq ou six converties ; dans
(1) Histoire des Eglises rcfor-mèes du pays de Gex. Pièces justificatives, 237.
le Charollais, sur cinquante familles, quinze ont fui à l'étranger; rien en Bresse, rien dans le Bugey (1).
(1) Description du duché de Bourgogne ^ par M. Ferrand 1698. Fonds Mortemart, n. 97.
Strasbourg et Mets. — Louvois convertisseur. L'Alsace épargnée par les dragons. — Louvois et Guntzer, syndic de Strasbourg. — Première invitation de Louvois ; le syndic fait la sourde oreille. — Louvois revient à la charge. Il lui recommande de renoncer h concilier les deux religions. — Guntzer n'est pas encore éclairé. Louvois le menace de donner sa charge à un autre. Guntzer est éclairé; il reçoit une pension de 6,000 livres. — Louvois veut une abjuration publique. Le syndic s'exécute. Il faut encore qu'il convertisse ses frères. — Le culte interdit aux officiers de la garnison de Strasbourg. Menaces de destitution à ceux qui ne se convertiront pas dans l'espace d'un mois. — Même avertissement aux officiers de Metz. Les temples du pays messin donnés aux catholiques. — Lettre cynique de Louvois sur deux ministres de Metz. Réunions nocturnes sur les remparts de la ville; voix célestes, gémissements dans les airs. Fragments du Jmirnal de l'avocat Olry. Recensement du pays messin dressé en 1699.
En Alsace, Louvois paye de sa personne : on ne voit ici ni logements de guerre, ni abjurations générales, ni violences de la soldatesque; en voit entrer en scène le ministre de la guerre, Louvois lui-même : apparition qui déconcerte, car on ne connaissait pas un si beau zèle à ce personnage; du reste, Louvois apporte d'autres arguments que les dragons, mais ils n'en sont pas meilleurs pour cela, comme on va le voir.
L'Alsace fut dispensée, pour plusieurs raisons, des garnisaires dont les autres provinces étaient infestées; agrégée depuis peu de temps à la France, elle avait besoin de ménagements; la violence aurait pu la rejeter brusquement vers l'Allemagne; cette province était presque en entier protestante, et l'on ne pouvait songer pour elle au système usité dans les autres parties de la France, système consistant à diminuer progressivement le chiffre des religionnaires jusqu'au moment où ils se trouvaient vis-à-vis des catholiques dans la proportion d'un contre deux. Enfin, grâce à son voisinage avec l'Allemagne, l'Alsace, tant soit peu brutalisée, pouvait se lever en masse pour l'émigration; était-il si malaisé de passer sur l'autre rive du Rhin?
Louvois a prudemment recours à un mode nouveau de conversion; il y met du sien, il engage son amour-propre dans cette tâche épineuse, et, pour tirer plus de gloire de son zèle, il commence par les personnages le plus en vue de Strasbourg. Ce n'est pas une des pages les moins piquantes de l'histoire de ce ministre, auquel les traits de l'apôtre font absolument défaut. Du moins, il ne s'embarrasse pas dans les subtilités de la théologie ; il se souvient de ce qu'on disait de Pellisson, caissier, comme on