LOUVOIS ET LE SY.NDIG GL'.XTZER
sait, de la dragonnade : Son éloquence est moins brillante que celle de Bossuet, mais elle est plus persuasive.
Le personnage que Louvois entreprend de convertir au catholicisme s'appelait Guntzer et remplissait les fonctions de syndic à Strasbourg. Guntzer ayant écrit au ministre de la guerre, au commencement de I680, pour lui adresser ses souhaits de bonne année, le ministre lui fait la réponse suivante :
« J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite le 1" de ce mois, à l'occasion de la nouvelle année. J'avais toujours espéré que vous feriez les diligences nécessaires pour connaître les erreurs de votre religion, et lorsque je vous en ai parlé moi-même sur les lieux, vous m'avez répondu de manière que j'avais cru que si tôt après la trêve (de Ratisbonne) vous ne différeriez pas plus longtemps à vous faire instruire. Je vous prie donc de me mander dans quel sentiment vous êtes présentement à cet égard, et si vous n'avez point déjà commencé à fréquenter les gens qui peuvent vous aider à faire un pas si important pour les affaires de l'autre monde, et de celui-ci, »
Ces deux derniers mots étaient de nature à provoquer d'utiles réflexions dans l'esprit du syndic. Louvois les avait jetés à cette intention,
avec un air de négligence calculée. Mais Guntzer n'en fut pas touché , soit que le sens profond de ces mots eût échappé à sa clairvoyance, soit qu'il eût envie de pousser son puissant correspondant à des déclarations plus précises. Louvois revient à la charge le 23 janvier et répète les mêmes termes :
« J'ai vu avec plaisir votre lettre du 15 de ce mois, qui me donne lieu d'espérer que vous ferez bientôt un pas fort utile pour l'autre monde et pour celui-ci ; puisque vous connaissez la vérité, vous ne devez point, ce me semble, vous mettre en peine de vouloir accommoder les deux religions ensemble, et vous devez embrasser celle qui est la plus sûre pour votre salut, et la plus ancienne. »
L'esprit du syndic demeure livré aux mêmes perplexités ; il faut que Louvois s'explique ; il va s'expliquer: « J'apprends que des principaux bourgeois de Strasbourg se font instruire. S'ils faisaient abjuration, je craindrais que le roi ne jugeât à propos de leur confier les soins dont vous êtes chargé. »
A la bonne heure, nous voici au cœur de la question, et le syndic, s'il n'est pas aveuglé par les préjugés, doit ressentir les premières atteintes de la grâce ministérielle. Louvois attend l'effet d'un coup si hardiment porté; il connaît