LE SYNDIC EST ECLAIRE
trop bien l'humaine faiblesse pour n avoir pas espoir et confiance. Il ne se trompe pas. On devine les résolutions du syndic par une nouvelle lettre du ministre :
<i y ai appris avec la dernière joie par la lettre de M. de La Grange du 15 de ce mois la résolution que vous avez prise de vous faire catholique. Vous apprendrez par ledit sieur de La Grange la grâce que Sa Majesté a bien voulu vous faire en cette considération, et vous pouvez compter sur sa protection dans toutes les occasions qui se présenteront pour votre avantage. »
Louvois triomphait ; il ne lui en coûtait, pour avoir ramené un hérétique à l'Eglise, qu'une pension annuelle de 6,000 livres. Mais tout n'était pas fini. Le syndic, converti dans son for intérieur, n'a pas encore fait abjuration publique; or Louvois tient essentiellement à ce qu'il remplisse cette formalité ; il complimente Guntzer, appuie ses compliments des 6,000 livres promises, mais il l'avertit que le roi exige une abjuration solennelle et prochaine, dont le bon exemple entraînera les principaux bourgeois de Strasbourg. Enfin, au commencement d'avril, Guntzer fait le grand saut, abjure publiquement et assiste à la messe, toujours sous le coup des menaces de Louvois , qui ne le
perd pas de vue. « Il lui serait très-préjudiciable , écrit-il à La Grange , qu'il hésitât à professer la religion qu'il a publiquement embrassée. » Cette conquête de six mille livres ne satisfait pas l'ambition apostolique de Louvois; il prend goût à son ministère et invite Guntzer à convertir sa famille, encore rebelle à la vérité catholique ; le syndic est mis en demeure de faire baptiser ses enfants par un prêtre. « Une conduite différente lui serait désavantageuse. » Conversion ou destitution, Louvois ne sort pas de là. Le croirait-on? Six mois après, il s'acharne encore contre le malheureux syndic, dont les frères persistent dans l'hérésie. Le pauvre homme est responsable de tous ses proches ; mais on ne voit pas qu'il ait jamais écrit à Louvois : Reprenez vos six mille livres et rendez- moi mon indépendance.
Louvois s'occupe ensuite des baillis; il écrit au procureur d'Alsace que les seigneurs doivent employer des baillis catholiques; « à mesure qu'il se présentera un bailli luthérien ou calviniste pour prêter serment. Sa Majesté désire que vous requériez le conseil d'Alsace d'ordonner que dans trois mois le seigneur en nommera un qui soit catholique (1). »
Les officiers, longtemps ménagés, préoccupent
(1) D. G., 17 octobre 1685.