LA TERREUR, LES YOIX DU CIEL
monstrueuses sont un hommage involontaire rendu aux ministres et à la vérité du principe qu'ils défendent. Pour avoir osé les écrire avec ce cynisme, il fallait avoir bien peu de foi dans la cause du catholicisme.
Une terreur folle gagnait de proche en proche tout le royaume. Les rumeurs venues des provinces voisines, les récits alarmants jetés en passant par les fugitifs, les barbares traitements infligés aux religionnaires, l'insolence croissante des soldats, l'horrible chaîne où on lie les confesseurs de la vérité avec des forçats, la désolation des familles auxquelles on arrache leurs enfants, les prisons, les galères, les adieux déchirants, toutes ces tristes images d'une persécution qui rappelle celle des premiers chrétiens portent au comble l'épouvante des réformés. Sous l'empire de cet effroi légitime, on entend à Metz, comme dans le Vivarais, comme dans les Cévennes, des voix célestes chantant dans les airs les psaumes de David, ici, sur les débris d'un temple abattu, là dans les cimetières, ou dans les gorges sauvages oii ces infortunés célèbrent le culte proscrit. Ces populations affolées se rassemblent , la nuit , aux lieux où l'on entend ces voix mystérieuses : ce sont des chants, des plaintes, des sanglots, de longs gémissements qui descendent du ciel sur la terre.
comme Tappel des martyrs à leurs malheureux frères et une exhortation suprême à la persévérance. Ne semble -t- il pas, en effet, que les forces de la misérable nature humaine devaient s'épuiser à la longue, dans cette lutte inégale de la conscience contre un despotisme brutal ? Ecoutons le naïf récit qu'un fidèle de l'Eglise de Metz nous a laissé de ces phénomènes étranges :
« Le 23 décembre 1685, plusieurs personnes de Metz étaient allées sur les remparts des retranchements pendant la plus grande partie de la nuit pour entendre des chants de psaumes qui se chantaient dans les airs, ce qui est certifié par plusieurs personnes, même des soldats romains qui étaient en sentinelle près du temple démoli, lesquels ont entendu souvent des voix dans l'air d'une mélodie, ce disaient-ils, admirable. Il leur fut défendu par l'Etat-major d'en rien publier par la ville. Cette même nuit, plusieurs personnes s'étaient rendues en haut du rempart, vers une heure du matin, et tout était tranquille; mais tout à coup, il s'éleva un vent venant du côté du levant, lequel était accompagné de plaintes et de gémissements, qui leur semblaient redoubler en s'approchant tout près d'elles. Lesdites personnes furent tellement saisies qu'à peine purent-elles, à leur retour, raconter ces