ON CROIT A UNE SAINT-BARTHÉLEMY
tristes lamentations qu'elles avaient ouïes (1).» Ce récit atteste le trouble profond des esprits dans l'Elglise de Metz. C'est seulement à la suite de veilles prolongées , de soucis cuisants , de longues souffrances et de terreurs répétées que rame s'ouvre aux visions du monde surnaturel et se livre aux illusions décevantes dont elle est le triste jouet. N'en sourions pas : ce monde invisible est le refuge des malheureux. C'est à de pareils symptômes qu'on juge de l'intensité d'une persécution. On peut s'en rapporter aussi aux lignes suivantes du journal déjà cité : « La veille de Noël I680, la garnison de Metz fut comme on dit sous les armes à huit heures du soir. On fit plusieurs corps de garde par la ville, pendant que les romains étaient à la messe de minuit. Comme on n'avait encore eu cette manière de se garder pour cette cérémonie que depuis la révocation des édits, le mois d'octobre dernier, plusieurs de la religion réformée crurent que se renouvellerait le massacre de la Saint- Bar ihélemy, qui se fit sous le règne de Charles IX y roi de France. »
Un autre écho douloureux et fidèle de ces terreurs nous est apporté dans un écrit dû à l'avocat Olry. Sous une forme rapide, Olry nous
(1) Jo2(rnal d'un fidèle de Vancienne Egliâe réformée de Metc. Bulletin, XI, 174.
2«!a Loirvois et les protestants.
retrace jour par jour la marche de la dragonnade à Metz. C'est encore une de ces précieuses relations du temps, qui montrent bien qu'Elie Benoît n'a pas chargé le tableau des persécutions. En Yoici quelques fragments :
« l^'' novembre 1685. Condamnations à l'amende, sous prétexte de manque de respect au saint-sacrement. Tout accusateur cru sur parole.
« Profanation du corps de Robin (cordonnier) qui avait refusé d'abjurer la veille de sa mort. On le fait traîner sur une claie et conduire à la voirie.
« Arrivée de dragons et autres troupes à Metz... Convocation, par l'autorité, des protestants à l'hôtel de ville. L'intendant leur déclare que l'intention du roi est qu'ils se fassent catholiques... » La grande majorité des membres présents signent leur abjuration. On impose aux autres des dragons qui les violentent de toutes façons. Olry, après avoir essuyé l'insolence des garnisaires , abandonne, avec sa famille , sa demeure à la discrétion de huit dragons « enragés. » Ils pillent la maison. Olry se décide à se rendre chez l'évêque pour signer son abjuration; les dragons lui sont aussitôt enlevés.
a Le gouverneur exige que les protestants envoient leurs enfants au catéchisme deux fois