ERREURS DU CARDINAL DE BEAUSSET
porter cette victoire par la profondeur du savoir et rentrainement de l'éloquence; si elle avait pu triompher par la persuasion des scrupules de la conscience huguenote, aucun de ses docteurs, plus que Bossuet, n'était apte à cet ouvrage. Ni les lumières du docteur, ni l'éloquence du prédicateur, ni la science du controversiste ne furent suffisantes, car nous voyons Bossuet se lancer, tout comme un simple curé de campagne, dans cette grande mêlée des conversions par la violence, la prison et les enlèvements. L'Eglise ne montra jamais mieux son impuissance.
La participation de Bossuet à la révocation de l'édit de Nantes et aux rigueurs qui en furent la conséquence a été longtemps niée ; elle ne saurait plus l'être désormais de bonne foi. On doit rejeter comme erronées ces paroles du cardinal de Beausset : « Nous pensons avec sincérité que Bossuet a de justes droits à l'estime et à la reconnaissance des protestants. Il a combattu leurs doctrines, il a plaint leurs erreurs; il a adouci leurs souffrances; il a réclamé contre les lois qui les opprimaient; il n'en a jamais persécuté un seul. » Le cardinal se trompe; il se trompe encore plus en disant : « Il n'existe pas même un indice qui annonce qu'il ait eu part à ce qui précéda ou à ce qui suivit immé-
diatement la révocation de Tédit de Nantes. » L'édit de Nantes est révoqué le 22 octobre 1685. La même semaine, Bossuet sollicite les matériaux des temples de Nanteuil et de Morcerf situés dans son diocèse. Deux dépêches de Pontchar train attestent la participation de Tévêque à l'immense curée de ces jours de désolation :
A M. de Ménars.
« Monsieur, M. l'évêque de Meaux ayant demandé au roi la démolition des temples de Nanteuil et de Morcerf pour T hôpital général et pour THôtel-Dieu de Meaux, je vous prie de me faire savoir votre avis sur cette demande, afin que j'en puisse rendre compte à Sa Majesté. »
A M Vévêquede Meaux, 30 octobre.
« Monsieur, je vous envoie le brevet de don des temples de Nanteuil et de Morcerf pour l'hôpital général et l'Hôtel-Dieu de Meaux, ainsi que vous les avez demandés, »
Un mois après, Bossuet demande les maisons qui avoisinent les temples :
A M, Vévêque de Meaux,
« Monsieur, je vous envoie les brevets que Sa Majesté a fait expédier du don des maisons joi-