BOSSUET FAIT LA POLICE DE SON DIOCESE
autre manière, en me le faisant savoir, je vous enverrai les ordres nécessaires. »
Qui signalera ceux qui doivent être éloignés ou punis, sinon Bossuet chargé de les examiner et de les instruire ? Si maintenant on veut voir révoque de Meaux faisant la police de son diocèse, on n'a qu'à lire une dépêche de Pontchartrain à M. de Ménars, ainsi conçue :
« M, Tévêque de Meaux m'ayant écrit qu'il se fait quelque mouvement parmi les nouveaux catholiques de son diocèse, lesquels vendent leurs meubles et semblent se disposer à sortir du royaume, faisant même entendre qu'ils emmènent leurs enfants, j'en ai rendu compte au roi, qui m'a ordonné de vous en donner avis, afin que vous examiniez si ce bruit a quelque fondement et que vous y apportiez l'ordre que vous jugerez nécessaire, suivant l'occurrence, » (11 avril 1688.)
Bossuet eut hâte de tirer profit de la révocation pour les missions organisées dans son diocèse. Le voici réclamant les biens d'un religionnaire fugitif, avant même qu'aucun jugement de confiscation soit intervenu :
A M. révêque de Meaux.
<c J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite concernant le nommé de Yrillac, de La Ferté,
290 Lomrois et les protestants.
sous-Jouarre , qui s'est absenté et qui a laissé un bien assez considérable, que vous voudriez appliquer aux dépenses à faire pour l'instruction des nouveaux catholiques. Mais, comme la confiscation ne peut avoir lieu que quand il sera condamné, il faut attendre qu'il ait été rendu un jugement contre lui, après quoi, je le proposerai au roi, selon vos instructions (1). »
Bossuet déploie une grande activité, un zèle ardent à la conversion des hérétiques de son diocèse. Il leur donne sa bénédiction, s'ils fléchissent, la prison, s'ils résistent. Ceci résulte des passages suivants d'un mémoire adressé par Bossuet lui-même à Pontchar train. Après avoir demandé des instituteurs, une subvention pour un prêtre, et insisté sur la nécessité de répandre à profusion un catéchisme dont il est l'auteur, Bossuet termine par ces mots : « Il y aurait quelques demoiselles de condition à mettre aux Nouvelles - Cathohques de Paris, comme Sa Majesté a eu la bonté de me le faire espérer. On pourrait à présent commencer par les demoiselles de Chalendos, demeurant au château de Chalendos , près de Rebais , chez M. de Chalendos, leur frère, bien converti : de
(1) « Cette succession immense d'hommes vivants qui s'ouvrit tout à' coup fut une proie. Le roi jeta par les fenêtres; on se battit pour ramasser. Scène ignoble..., » (Michelet, Louis XIV et la révocation de Védit de Nantes,)