‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 98 sur 127 · BOSSUET DÉYOILÉ PAR UN PRÊTRE · texte numérisé non relu

BOSSUET DÉYOILÉ PAR UN PRÊTRE

un prêtre qui desservit Bossuet, en qualité de prieur-curé de la paroisse de Souilly, au diocèse de Meaux, avant de passer à la Réforme, a consigné, dans une lettre adressée à son ancien évêque, des détails qui méritent d'être mentionnés, car ils complètent ceux qu'on vient de lire :

« .... Quel nom voulez-vous que nous donnions à ce que vous avez fait à Claye, quand de votre part on y défendit à Benjamin Gode, chirurgien, d'exercer sa profession ; quand on ôta à la veuve Testard le plus grand de ses deux enfants ; quand on enleva par votre ordre la femme nommée Boisseleau , pour cette seule raison qu'elle savait parfaitement son catéchisme, et qu'elle encourageait merveilleusement ses compagnes à tenir bon contre vos tentations; quand, ayant fait venir avec vous à Claye les curassiers commandés par M. de La Chaise, vous assemblâtes les protestants de ce lieu chez M. d'Hérouville, maître d'hôtel du roi, et que vous leur dîtes que, s'ils ne signaient l'abjuration, vous feriez le lendemain entrer chez eux ces gens de guerre, qui leur feraient lourner la cervelle ? Est-ce encore une grande modération à vous. Monsieur, d'avoir fait mettre dans un couvent le sieur Monceau, médecin de La Ferté-sous-Jouarre, âgé de quatre-vingts ans, avec des circonstances

tout à fait cruelles ; d'avoir envoyé huit ou dix dragons chez le sieur Laviron, marchand de bois, du même lieu ; d'en avoir mis trente dans le château de M. de La Sarmoise, gentilhomme de Brie ; d'avoir fait transporter dans un couvent de Meaux Madame sa femme et Mademoiselle sa fille, et d'avoir ainsi séparé, malgré la défense expresse de Jésus-Christ, ce que Dieu avait joint par l'union la plus étroite (1) ? »

Cette série de dépêches, de lettres et de révélations nous montrent clairement si Bossuet, comme le veut le cardinal de Beausset, a des droits à la « reconnaissance » des protestants, et réduisent à sa juste valeur cette assertion du même historien: « Il n'existe pas un indice qui annonce que Bossuet ait eu part à ce qui précéda ou à ce qui suivit immédiatement la révocation* » Pour ce qui suivit la révocation, la lumière est faite, et elle est assez éblouissante pour frapper les yeux des plus obstinés ; pour ce qui la précéda, le voile n'est malheureusement pas levé encore, et l'on a de sérieuses raisons de craindre qu'il ne le soit jamais; car Bossuet, s'il a été consulté, a dû l'être de vive voix, et les consultations ne laissent pas de trace dans l'histoire. Si l'on essaye d'aller du certain à l'incertain, si

(1) Bossuet dévoilé par rtn prêtre de son diocèse; Bulletin^ XII, 97.

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