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XVI. - Portrait d'une jeune femme

Dessin.

British Muséum, Département des Estampes.

le but de cet art de la gravure dont nous savons qu'il se vendait dans les Pays-Bas. Le goût de la taille fine et soignée s'altéra rapidement. Il s'y substitua une technique plus sommaire, plus hâtive, plus économique. Il n'en pouvait pas être autrement étant donné les œuvres largement traitées qu'elle était destinée à reproduire.

Chez Lucas, cette dernière transformation de sa manière se fait lentement. C'est ainsi que la taille et les hachures des feuilles de 1628 et 1 529 ne sont pas sensiblement différentes de celles qui précèdent. Mais déjà alors un goût très caractérisé pour les figures nues, aux mouvements violents, se fait jour. Dans les dix-neuf dernières estampes du maître, qui consacra auparavant une imagination si riche à l'habillement de ses personnages, nous trouvons seulement trois figures, celles de Dieu le Père et de Pallas, qui ne soient pas complètement nues. Bien qu'on les considère généralement, et avec assez de raison, comme la partie la moins heureuse de l'œuvre de Lucas, il s'y trouve cependant des planches qui ne sont point à dédaigner. Dans la Vénus de i528 (B. i38) on remarque de très sérieuses qualités. Vénus la très belle déesse Damours, c'est ainsi que Lucas intitule son estampe. On dirait qu'il brandit le drapeau de l'esprit latin, tout fier qu'il est de s'arracher aux influences germaniques. Les six estampes de i529 qui représentent des scènes du paradis nous montrent des nus d'une grâce élancée.

La figure d'Eve, dans le Péché originel (là. 3), témoigne d'une certaine recherche vers la plénitude de la forme. Dans le Meurtre d'Abel (B. 5) c'est la tension musculaire de ces deux corps d'athlètes qui nous attire, et l'Eve pleurant son fils (B.6) qui trahit par une allure violente et monumentale l'influence de la Lucrèce de Marc Antoine (B. 192) n'est pas sans émouvoir. Une estampe de i53o : Loth et ses filles (B. 16), nous frappe par la façon de traiter les nus par un clair obscur qui nous fait penser aux meilleures œuvres de la jeunesse du maître. Mais ces grandes qualités que Lucas avaient conservées jusqu'ici semblent bien s'être perdues dans la série des Sept Vertus (B. i27-i3o) de i53o. Il y représente sept figures de nues dans des attitudes contournées. La gravure, toute linéaire, en est d'une pauvreté, d'une dureté attristantes. Une feuille, la Charité (B. 129), est si mal gravée qu'on doit presque admettre que la série a été complétée plus tard par un graveur maladroit. Les nouvelles tendances que nous fait pressentir la dernière manière du maître ressortent surtout d'une estampe comme Mars et Vénus (B. i37, PI- XXXIII). Le dieu musclé, au regard farouche, qui repose la main sur la poignée de son glaive, contient en germe les figures aux fortes musculatures d'un Goltzius ou d'un de Ghyn. Désormais le trait linéaire va régner dans l'art de la gravure. La couleur, cette qualité qui donnait aux premières estampes de Lucas leur caractère nettement hollandais et affirmait leur valeur vis-

à-vis de celles de Durer et Marc Antoine, est désormais bannie de la gravure hollandaise. Seulement un siècle plus tard elle renaîtra avec une force plus grande encore dans les eaux-fortes de Rembrandt.

Les feuilles de i53o sont les dernières estampes datées. A la mort du maître, usé avant l'âge, survenue trois années plus tard, on trouvera encore une figure de déesse non achevée (B. i3g).

C'est la déesse qui n'a pas connu de jeunesse et qui orna son égide avec la tête de la Méduse ; la sage Pallas-Athéné.

L'œuvre gravé de Lucas de Leyde fournit une documentation importante à l'histoire de l'estampe du XVP siècle et de son évolution vers la gravure moderne. Dans la période restreinte de son activité, moins d'un quart de siècle, il a d'abord adopté la manière prudente du quinzième siècle, et, de suite, suivant pas à pas Durer dans son évolution, il a acquis cette taille souple qui de tout temps a produit les chefs-d'œuvre de la gravure. On lui a reproché généralement d'avoir encore à la fin de sa carrière tenté de plier son génie hollandais, réaliste et patient, à ces grandes et larges conceptions qui sont le propre de l'esprit latin. En effet, dans ses dernières compositions nous trouvons des vides déconcertants et une déplorable sécheresse. Mais ici encore, en dépit de cette tentative avortée, on aurait tort de ne pas admirer chez l'artiste mort à la fleur de Tâge une

étonnante vitalité. Peut-être un psychologue aurait pu prédire qu'il devait échouer. Il est pourtant certain que l'avenir de l'art, dans les cent premières années, se trouvait là où Lucas l'avait cherché : dans les grandes synthèses. Il semble avoir eu une compréhension de ce que la renaissance devait nous apporter, l'indépendance, la domination où l'artiste se trouve vis-à-vis de son sujet et de ses outils. Cette puissance et cette mobilité d'esprit qui se manifestent depuis Michel Ange dans les attitudes forcées mais impressionnantes des figures nues, ce sont là les qualités auxquelles Lucas, dans les dernières années de sa vie, années de souffrances et de maladies, a aspiré avec une ardeur qui, peut-être, s'allumait à cette faiblesse même.

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