‹ Lucas de LeydeChapitre 14 sur 23 · XXI. — Portrait de femme · texte numérisé non relu

XXI. — Portrait de femme

Dessin.

Musée Grand-Ducal, Weimar.

lassitude de la main qu'on remarque si fort dans des estampes comme le Christ et Madeleine, et l'Homme avec la tête de Mort. C'est comme si le maître, âgé de vingt-cinq ans, accomplissait sa tâche avec un soin extrême mais sans joie. Et pourtant il fit de ses meilleures choses.

Un assez grand nombre de portraits au crayon doit avoir vu le jour vers i52i ou peu après. La Fondation Teyler, à Harlem, possède un petit portrait d'homme daté de i52i, sur lequel, du reste, j'ai quelques doutes quant à l'authenticité. Cinq autres portraits d'homme et deux têtes de femme ont une importance plus grande. Le Louvre en possède quatre, les autres se trouvent respectivement au Musée de Copenhague, à la Halle aux Draps de Leide et au Musée grand-ducal de Weimar.

Ces portraits sont parmi ce qu'il y a de meilleur dans l'œuvre du maître. Certainement les portraits au fusain et au crayon qu'il a vu exécuter par Durer, à Anvers, au cours de cette année, auront ravivé son goût pour le portrait dessiné. Cette particularité de Durer, qui consiste à indiquer dans les yeux le reflet de la fenêtre qui les éclaire, imitée par beaucoup d'autres, nous la retrouvons également ici. De même, la longue ligne frémissante de la bouche, comme le donne l'allemand, est rendue avec quelque exagération. Cependant ces têtes d'hommes et de femmes appartiennent aux œuvres les plus originales de Lucas.

Son manque absolu de fantaisie, de tempérament

aussi ne pouvaient lui nuire en roccurrence. Son œil exercé, pénétrant, sa main experte en faisaient un portraitiste excellent. Il n'y a rien dans ces portraits qui ressemble à du chiqué, à de la déclamation. Il n'y a qu'un traducteur fidèle de la réalité. Quelle ressemblance parlante avec le modèle a dû avoir cette tête grandeur nature du Musée de Weimar, une bourgeoise hollandaise un peu massive, un peu lasse aussi (PI. XXI). D'une beauté plus spirituelle est le portrait de jeune homme (PL XXII) de la Halle aux Draps de Leide. La fixité de ce visage où éclate la conscience de soi, le superbe modelé des traits, la douce lumière du regard, il n'y a rien dans l'œuvre de Lucas qui surpasse ce dessin.

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