‹ Lucas de LeydeChapitre 17 sur 23 · XXIII. — La Vierge et l'Enfant avec un donateur et · texte numérisé non relu

XXIII. — La Vierge et l'Enfant avec un donateur et

Ste-Madeleine.

Peinture.

Ancienne Pinacothèque à Munich.

Un remarquable tableautin du Louvre, Loth et ses filles devant Sodome en feu, a été attribué à notre peintre par Friedlânder qui le place aux environs de l5i4. Les riches vêtements et la grâce des jeunes femmes, le sujet aussi s'accordent bien avec les œuvres de Lucas de cette époque. Pendant qu'une des filles se laisse caresser par son père, l'autre remplit une nouvelle coupe de vin. La façon dont elle se penche, la violence de son allure ne s'expliqueraient pas, serait-on tenté de dire, chez un peintre aussi flegmatique, sans une étude préliminaire comme la gravure où nous voyions la Lucrèce se précipiter sur son épée avec une fougue toute méridionale. Et les cités de la Mer Morte, réduites en cendres et enflammes, ont emprunté leur tragique terrible à une feuille (B. 68) de l'Apocalypse de Durer. Mais l'opposition du clair incendié et des noirs pleins de mystère appartient tout entière à notre peintre. Le petit arbre élancé, la frêle passerelle où Loth et ses filles fuyant se sont engagés avec leur ânon lourdement chargé nous étonnent même dans cette période de l'activité de Lucas.

Le Saint Jérôme dans un paysage, du Kaiser Friedrich Muséum de Berlin, est conçu dans une gamme plus claire. L'estimation de Dûlberg qui place l'origine de cette œuvre en i5i5 nous paraît plus près de la vérité que celle du catalogue qui renseigne i5i2. On remarque dans cette vénérable figure du saint, vu de profil, une grande ressemblance avec l'estampe de

i5i6(B. ii3). Le saint, idéalisé, presque nu, s'apprête à la mortification en élevant un regard interrogateur vers le crucifix. Le paysage n'est pas traité selon un thème simple comme dans l'estampe. L'avant-plan, d'une tonalité brune qui conserve comme un reflet violet de la toile qui couvre le Saint, passe peu à peu au vert jaunâtre et s'éclaircit au fur et à mesure qu'il s'éloigne jusqu'à ce qu'il se perde en quelques larges traits dans le fond. Un ciel d'un bleu profond couvert de nuages blancs le surplombe. Et ainsi le bleu intense du dessus s'équilibre avec la draperie rouge de la partie inférieure.

On fixe généralement en i5iy et pendant les années suivantes l'origine de quelques portraits, dont celui du peintre par lui-même et le portrait d'homme de La Haye nous sont déjà connus. Deux petits portraits d'homme, presque des miniatures, de la collection Six d'Amsterdam, n'ont pas encore trouvé une mention dans la littérature. La peinture, étant donné l'exiguïté du format, manque de légèreté. Je crois cependant que l'on peut reconnaître la main de Lucas dans la carnation pâle, tirant sur le jaune avec un soupçon de brun, dans le rendu des cheveux rares et du bout de chemise blanche. La médaille que le plus vivant des deux porte à son bonnet, et où se trouve représentée une tête d'homme vue de face, est rapidement enlevée en quelques petits traits lumineux typiques pour la main spirituelle de Lucas. J'estime que ces têtes ont été peintes peu de temps avant l'estampe

Esthôr devant Ahasvérus de i5i8. Nous y retrouvons le seigneur au bonnet orné d*une médaille dans le courtisan qui gesticule avec tant d'ardeur. Même si l'authenticité de ces deux tableautins n'est pas établie d'une façon certaine ils n'en sont pas moins d'une facture beaucoup plus attrayante que cet ennuyeux portrait de l'empereur Maximilien au Hofmuseum de Vienne. Ce portrait se retrouve dans un grand nombre de répliques et il n'est nullement établi que l'estampe de Suyderhoef, qui attribue le portrait à Lucas de Leyde et qui a donné lieu à cette attribution, fut gravée d'après l'exemplaire de Vienne. A examiner de près certains détails, la gravure se rapproche davantage d'un exemplaire de la collection d'Arenberg à Bruxelles. On peut du reste se demander, malgré l'inscription qui se trouve au bas de l'estampe, s'il a existé jamais un portrait de Maximilien peint par Lucas. La circonstance que le portrait gravé fut exécuté d'après une xylographie de Durer doit nous incliner à la prudence. Il est également curieux de constater que les mains dans l'estampe de Lucas sont reproduites avec beaucoup de fidélité dans le portrait de la galerie d'Arenberg, tandis que dans les autres exemplaires on trouve des variantes plus ou moins considérables. Il y a encore un portrait princier, celui d'Edgard le Grand, de la Frise Orientale, dans la collection ducale d'Oldenbourg, que l'on hésite à attribuer au maître à cause de la médiocrité des accessoires — le visage est d'une expression empreinte de

lassitude remarquable. Dans tous les cas il se rapproche davantage de Lucas de Leyde que de Jacques Cornelisz. à qui il fut également attribué. Mais il se pourrait qu'un autre portrait d'Edgar d le Grand, de la National Gallery de Londres et dont Jhr B. W. F. van Riemsdyck me montra une photographie, devrait être placé plus proche de Lucas. Il nous montre l'adversaire de l'empereur Maximilien revêtu de son armure avec, comme attribut, une épée nue sous les mains. La tête et le casque correspondent presque d'une manière absolue avec le portrait d'Oldenbourg. La tête de Londres, à comparer les photographies, me paraît cependant être la plus ancienne. Le visage y est d'une expression plus aiguë. Les yeux de l'énergique mais malheureux condottiere sont superbes de ruse. L'intensité de leur lumière ne le cède en rien à celle qu'on observe dans le portrait du peintre par luimême de Brunswick.

Un Portrait qui fut exposé en 1902 à l'Académie Royale de Londres (propriété de Sir Lew^is Fry de Bristol) comme étant de Holbein y fut indentifié par Friedlânder comme une œuvre importante admirablement conservée du maître qui nous occupe. Elle nous présente un homme âgé de 38 ans, ainsi que nous l'apprend la feuille qu'il tient entre ses mains. Il a l'air grave, presque pieux. Aucun portrait peint de Lucas n'accuse une ressemblance aussi grande avec les portraits au crayon de i52i, celui de Leyde surtout, que celui-ci. On y voit miroiter la fenêtre sur la pu-

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