‹ Lucas de LeydeChapitre 6 sur 23 · V. — Abraham renvoyant Agar · texte numérisé non relu

V. — Abraham renvoyant Agar

Gravure sur cuivre.

pagne. — « Oui, mais vous marchez comme une fille hollandaise » (i).

On voudrait pouvoir rattacher les origines des estampes de Lucas, qui constituent la partie de beaucoup la plus importante de son œuvre, à l'estampe néerlandaise du xv'^ siècle. Il est vrai que son style, surtout de ses premières estampes, a subi l'influence de ceux qui lui enseignèrent à peindre. Mais, pour tout ce qui concerne le côté technique, on serait tenté de lui chercher des modèles parmi les graveurs néerlandais du xv^ siècle. Peine perdue. Ni chez les graveurs sur cuivre ni chez ceux sur bois on ne trouve rien qui fasse pressentir la venue du maître. Dans la suite nous ne pourrons faire qu'un seul rapprochement entre l'œuvre de Lucas et celui des premiers Néerlandais, notamment du Maître des Jardins d'Amour. Et encore ne s'agira-t-il que de la composition et non de la technique. Pour ce qui concerne la gravure sur bois, nous ne pourrions faire état que des superbes illustrations du Chevalier Délibéré. De même à la fin du quinzième siècle dans l'œuvre remarquable du maître W avec une clé qui paraît avoir travaillé à la Cour de Charles le Téméraire, comme dans l'œuvre du maître de Zwolle

(i) Voyez pour ce qui précède : G. Kalff : Geschiedenis der N ederlandsche Letterkunde in de i6^ eeuw, i^^ partie.

et celui du Westphalien Israël van Meckenen, le \ copiste, nous ne retrouvons que peu de chose du trait délicat des premières gravures de Lucas. Ce n*est cependant pas une raison pour que l'on désespère de retrouver jamais les origines de cette technique. De même on ne peut expliquer le développement subit de la gravure à Nuremberg, sous l'influence de Durer, que par l'efïlorescence préalable de cet art non point dans cette ville, mais ailleurs. Pour Lucas il faudra également faire des recherches parmi les œuvres des graveurs étrangers, les estampes changeant facilement de main et se répandant au loin. On pourra utilement rapprocher les estampes de Lucas et celles de Martin Schôngauer et de cet excellent maître colonais P. W. Mais nous pensons que surtout l'analyse détaillée des gravures et des bois d'Albert Durer et leur comparaison avec les estampes de Lucas, y compris les toutes premières, nous aideront à éclaircir ce point. Déjà le fait d'avoir repris pour ces premières estampes le Saint Christophe assis (B. io8), la Conversion de Paul et la Passion ronde, la tablette que, depuis i5oo. Durer avait adoptée pour y poser sa signature, nous invite aux rapprochements.

Au surplus, la façon de traiter l'avant-plan, la ligne de l'horizon avec ses montagnes blanches, le ciel avec ses nuages, est frappante. Le lecteur se fatiguerait vite si nous revenions sans cesse sur ces analogies. Nous nous en abstiendrons le plus souvent.

Nous ne pouvons pas nous attarder dans une étude comparative très détaillée des deux techniques, si instructive qu'elle puisse être (i). Avant d'aborder l'examen de ses estampes nous nous contenterons de dire combien, à notre avis, la technique de Lucas est redevable au maître de Nuremberg dont l'influence dans la première moitié du xvi® siècle fut si considérable dans les Pays-Bas, en France et en Italie. Comme il n'a pu avoir entre les mains les planches gravées de Diirer, il doit avoir simplement orienté son travail d'après les épreuves imprimées. C'est par là que le développement extraordinaire que le jeune Lucas sut donner à sa technique tient, tout de même, du prodige.

(i) Nous l'avons fait pour deux estampes de Lucas (Bartsch 32, i53) et de Diirer (Bartsch 98, 78) dans le Bulletin van den Nederlandschen Oudheidhundigen Bond, 191 1 et 1912.

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