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PERCEPTION LUCIDE DE NOTRE VIE ORGANIQUE

Nous entrons ici dans un domaine concret, riche en signes extérieurs et pouvant en très grande partie être représenté par des images véridiques ou très aisément par des images symboliques. Ce devrait donc être une matière éminemment favorable à l'exercice de la lucidité.

Et cependant le psychisme de Mme M... n'évolue pas plus aisément dans les états organiques que lorsqu'il s'agissait d'abstractions. Ses images mentales étaient tout à l'heure insuiïisantes à exprimer des notions abstraites, et maintenant il manque d'images adéquates à la reconstitution de notions concrètes mais trop spéciales.

La cause de ce fléchissement de la lucidité dans une matière aussi appropriée à l'esprit de Mme M... réside en cette nécessité psychologique : que l'imagination du sujet ne peut employer sa force organisatrice que dans la limite qui lui est assignée par le stock de ses images mentales. Or, en raison de son manque d'instruction en sciences médicales, la mémoire de Mme M... est pauvrement fournie en images d'anatomo-pathologie ; ce qui réduit considérablement les services que la représentation visuelle peut rendre à l'automatisme subconscient de la lucidité.

Et il faut voir là une preuve de plus que cet automatisme psychique ne dépasse pas les possibilités physiologiques d'un cerveau ; qu'il n'y a pas créations de la part du psychisme lucide ; et que s'il traduit une pensée venue par une autre voie que les sens connus, il la traduit pro-

portionnellement à la valeur de ses moyens psycho-physiologiques. Plus seraient puissants ces moyens, plus la lucidité serait aiguë.

Or, Mme M... ne sait à peu près rien de la médecine ou plutôt elle en a les vagues notions courantes. Le bagage d'images spéciales à ce genre de connaissances, s'il est très important dans le cerveau d'un médecin, est réduit dans le sien à un tout petit nombre d'images, qui ne correspondent pas à la réalité et ne sont que la représentation toute particulière qu'elle se fait de<* organes et de leurs affections.

Aussi bien, si son diagnostic est toujours juste, il est très général. Elle fournit le nom des maladies qu'elle connaît et dit, par exemple :« ...cette personne est diabétique ...ou rhumatisante, ou tuberculeuse d'un poumon, etc.. ». Et dans les autres cas elle révèle des symptômes caractéristiques qui permettent la reconnaissance de la maladie. Mais elle est incapable d'entrer dans le détail du diagnostic et d'indiquer, par exemple, la variété d'une maladie du foie ou de l'estomac. Très aisément elle fait connaître l'organe malade, mais elle ne sait pas faire de distinctions précises entre les affections diverses d'un même organe.

Quant à la valeur de la thérapeutique que Mme M... pourrait préconiser devant une maladie déterminée, elle est ce que valent ses connaissances en médecine ou celles de son consultant.

Mais où elle excelle, et cela ne peut surprendre le lecteur, c'est dans le pronostic, car alors son psychisme, évadé des sciences positives, n'est plus astreint à l'emploi d'images spéciales et de termes techniques qui ne lui sont pas familiers. Il revient sur son véritable terrain et l'imagination peut tout à son~aise utiliser le jeu cinématique des visions ; car le pronostic, pour elle, c'est de la prémonition.

Il faut donc bannir cette hypothèse qui a cours parmi les personnes qui fréquentent les sujets lucides, et qui veut expliquer la perception des états organiques par une sorte d'hyperesthésie du sens de la vision, leur permettant de fouiller le corps humain comme l'anatomiste, après l'action de son scalpel, le fouille du regard. J'accorde que le langage de la voyante semble justifier cette conception, mais il faut quelque candeur pour ne pas s'apercevoir aussitôt qu'il n'y a là qu'une apparence tenant aux conditions psychologiques de la perception des hallucinations lucides, conditions que le lecteur connaît bien maintenant.

Mme M... répondit un jour à une dame qui lui demandait de la renseigner sur son état de santé :

« ...Je parcours votre corps... j'examine successivement chaque organe... aucun ne m'apparait comme malade... mais, je ressens une lassitude étrange... ah ! j'en vois la cause, c'est une grossesse tout à fait au début... »

Le diagnostic était exact, et semblait résulter d'une véritable investigation dans l'organisme. Voulant montrer à la dame que telle n'était pas la manière de la lucidité, je n'eus qu'à faire cette objection au sujet, pour mettre à nu l'hallucination indicatrice :

« — ...Vous faites certainement erreur, il n'y a pas de grossesse ».

« ...Mais si, c'est bien une grossesse que j'ai vue... tout le corps de la personne m'apparait de nouveau... je le vois là, tout près... et je vois bien chaque organe... aucun ne m'apparait comme malade... j'arrive maintenant à l'ovaire qui est comme boursouflé... je le vois comme une grappe de raisin dont un grain serait beaucoup plus gros que les autres... c'est donc, je l'affirme absolument, une grossesse... mais comme le développement de ce grain est encore peu avancé, cela indique que la grossesse n'est qu'à son commencement... je ne vois rien à part cela... mais

je ressens cette lassitude dont je parlais tout à l'heure... les reins surtout me font mal... »

Cet exemple ne rend-il pas évident le travail subconscient du psychisme lucide ?

A l'état de veille, Mme M... conçoit la grossesse comme se développant dans l'ovaire et, par expérience, elle connaît l'impression de lassitude lombaire qui accompagne généralement cet état. Ce sont donc ces deux images que l'imagination utilisera pour reconstituer devant l'intelligence consciente l'idée de grossesse. Et qu'importe que l'image anatomique soit ridiculement inexacte, si la conscience en connaît la signification, et si elle remplit son rôle qui est de faire passer l'idée de grossesse du subconscient dans le conscient ? Qu'importe le symbolisme des moyens, si le diagnostic est juste ?

Aussitôt qu'est exprimée cette injonction évocatrice : K Voyez mon état de sanïé », le sujet assiste à l'organisation de l'image objectivée d'un corps qui, par transparence, laisse voir ses organes intérieurs. Il parcourt donc, comme du regard, cette image symbolique, passe en revue les organes et, d'après leur forme et leur teinte, juge leur état de santé ou de maladie, suivant ses conceptions personnelles des apparences pathologiques et de la forme anatomique des organes, qui, je le répète, ne correspondent jamais à la réalité.

Et comme elle ignore l'existence même de beaucoup d'organes, il ne faut pas s'attendre au diagnostic nominal d'une affection des capsules surrénales, par exemple, ou du corps thyroïde, de la glande hypophysaire, du thymus, du pancréas, de la prostate, etc., de même que de maladies plus générales, mais inconnues d'elle. Mme M... n'ayant pas dans son esprit les images représentatives correspondantes, l'intelHgence perceptrice ne pourra pas reconnaître ce qu'elle ne connaît pas et la subconscience sera pauvre d'images adéquates à la traduction d'une pensée qui ne

trouve pas dans ce psycliisine les moyens de pénétrer dans le champ de conscience. Mme M... se contente alors d'indiquer la localisation du mal dans la région du corps répondant à son siège réel. Elle dit, par exemple : « ...la personne a une maladie du cou... de la poitrine... du ventre..., etc.... » et elle révèle de plus ce que peut avoir de caractéristique l'aspect du malade et les impressions morbides qu'il ressent et qu'elle-même ressent.

Je vais donner quelques exemples de la manière dont Mme M... se représente mentalement certains états organiques ; cela fera plus facilement comprendre les moyens psychiques à l'aide desquels elle aboutit au diagnostic.

Voici d'abord les bizarres images mentales qui l'hallucinent quand on lui demande de déterminer un tempérament physique, la notion des tempéraments étant en elle, selon l'ancienne classification : sanguins, lymphatiques, bileiix et nerveux.

« ...Cette personne a un tempérament sanguin, et sanguin à l'excès... il faut lui dire qu'elle s'en mélie et se soigne pour cela..., etc.. »

« — ...Etes-vous certaine que son tempérament soit réellement sanguin ? »

Elle s'empresse alors comme toujours, de justifier son interprétation par la description de ses visions.

« ...Mais oui, cet homme est sanguin et même très sanguin... je vois l'intérieur de son corps comme par transparence... le sang bouillonne... se heurte d'une façon violente qui n'est pas son manège ordinaire... »

A propos d'un lymphatique, elle disait :

« ... Je vois la pauvreté du sang... le sang manque de mouvement, de force... je vois comme de l'humeur dans le sang... le sang ne parait pas sain... il est blanchâtre... je vois des plaies sur tout le corps,... au lieu d'un sang ardent et généreux, je vois un sang qui coule lentement et mal... »

La personne à qui cela s'appliquait était bien réellement lymphatique, mais n'avait jamais présenté et ne présentait pas, contemporainement à la séance, de manifestations cutanées du lymphatisme. La description du sang faite par Mme M... indique d'ailleurs surabondamment qu'elle voit le sang du lymphatique à travers les notions répandues dans le public et qui sont que le sang lymphatique charrie de l'humeur et que les éruptions de la peau doivent être regardées comme des exsutoires de décharge...

C'est sous la double forme d'hallucinations visuelles et tactiles que le tempérament nerveux est porté à sa connaissance.

Les images visuelles lui révèlent les manifestations susceptibles d'être vues, comme l'excitation de la démence, le masque du visage neurasthénique, les secousses spasmodiques ou l'inertie d'un membre, etc..

Une image tactilo-motrice lui fait ressentir une sorte de contraction du corps qu'elle croit inhérente au tempérament nerveux.

Quand ce tempérament ne s'accompagne pas de manifestations morbides, il est porté à sa connaissance uniquement par cette impression tactile. C'est donc par une image inexacte, mais elle lui suffit.

Et voici comment sa subconscience lui permet de diagnostiquer le tempérament bilieux.

« ...Je vois l'intérieur du corps de cette personne., c'est jaunâtre partout... j'arrive au côté droit, et je le vois comme rempli d'un liquide jaune, épais, gluant qui se porte sur tout le reste du corps... cette personne a donc un tempérament bilieux... »

Des images tout aussi fantaisistes lui permettent la reconnaissance de maladies générales et de les nommer.

Elle dira, par exemple, qu'une personne est très rhumatisante parce que les articulations du corps hallucinant

lui apparaissent comme pleines d'eau, cependant qu'ellemême ressentira des douleurs articulaires.

Elle dira encore : « ...cette personne est diabétique... » parce qu'elle aura la vision d'une vessie à parois recouvertes de cristaux de sucre ; la connaissance du sucre lui étant donnée par la sensation de goût sucré concomitante..., etc..

Et d'une façon analogue, Mme M... percevra et indiquera des affections d'organes, mais à la condition, je le répète, que ces organes soient connus d'elle. L'organe malade lui apparaît d'abord en place dans le corps transparent, comme une masse noire. Puis une vision consécutive le montre seul, sorti du corps ; et, d'après la gravité de ses lésions, la forme présumée sera plus ou moins compromise et sa teinte plus ou moins foncée. Et souvent alors le sujet éprouve une souffrance au point correspondant de son propre corps, par image tactile d'association et même si la personne dont elle diagnostique V affection n'a jamais ressenti cette souffrance.

Mme M... voit une vessie ouverte et dont les parois enflammées sont sanguinolentes et elle traduit : « ...vous avez une maladie inflammatoire de la vessie... »

Elle voit un cœur resserré, racorni ou, à d'autres moments, flasque comme une éponge, cependant qu'elle ressent une angoisse dans la région précordiale, et elle dit : « ...vous avez une maladie de cœur ».

Les infirmités lui sont révélées par l'apparence du corps et sa mimique toujours exagérée. Le rythme vicié de la marche montrera la jambe qui boite, l'immobilité d'un membre, quand toutes les autres parties du corps s'agitent, lui en dira la paralysie, etc..

Et ce sera par l'exclusion de toute apparence de maladie qu'elle déduira la notion de bonne santé : « ...je parcours votre corps, je regarde tous les organes »... je ne vois rien de mal nulle part... »

Voici maintenant, pris au hasard, quelques exemples simples qui montreront bien la manière ordinaire par laquelle l'intelligence consciente interprète les hallucinations sensorielles et aussi le procédé qu'emploie la subconscience pour préciser l'expression de l'idée par la succession des images.

« ...Tiens ! cette dame a quelque chose d'anormal dans la tête... elle ne regarde pas comme tout le monde... je vois un trou noir dans son œil droit... son œil droit ne voit pas. »

En réalité, la personne pour qui cela était dit regardait comme tout le monde et n'avait pas de trou noir dans l'œil droit et son regard semblait normal. Mais elle avait, un an auparavant, perdu définitivement la vision de son œil droit par pénétration d'un corps étranger. De sorte qu'une suite d'images non véridiques ont permis au sujet ce diagnostic rigoureusement exact : « son œil droit ne voit pas ».

Le travail subconscient n'avait pas d'autre but !

Le contact d'une petite photographie de personne inconnue de moi lui fit dire :

« ...Je sens comme une douleur nerveuse... quelque chose dans la tête... dans un membre... je fouille le corps... je ne vois pas d'organe malade dedans... mais je sens de la fièvre au cerveau... une fièvre brusque et violente... le corps est tout à coup brûlant.

« Je ne puis exactement préciser la maladie, parce que l'objet que vous avez mis dans ma main n'a pas été touché par cette personne... mais je vois un homme debout et qui se meut... et un instant après je le vois mort... il a passé très vite de la vie ardente à la mort par une maladie rapide... dans la tête, dans le cerveau... »

Un contrôle très sûr par la personne qui m'avait envoyé cette photographie, me fit apprendre ensuite qu'il s'agissait d'un homme de 36 ans, atteint en pleine santé,

brusquement, d'une affection que ses médecins, sans pouvoir l'affirmer, crurent être une méningite aiguë et dont les symptômes prédominants furent de fortes douleurs de tête, une fièvre élevée et la paralysie d'un membre. La mort terminait cette maladie en quelques jours. Cette personne dont je n'avais regardé la photographie qu'en sortant de chez Mme M... m'était inconnue et sa mort remontait à deux ans.

Voici le diagnostic rapide et simple d'un état de nervosité:

« ...Rien de mauvais dans la santé de cette personne... mais qu'elle s'énerve facilement !... quel tempérament irritable !... c'est une nerveuse à sensations exagérées... je ne lui vois aucune maladie déterminée... »

Quant au pronostic, le sujet l'obtient facilement grâce à son ordinaire procédé de succession d'images lui représentant une personne à des époques ultérieures à la maladie.

Lorsqu'à la vision de la personne malade, suivront d'autres images la montrant accomplissant des actes de la vie active, le sujet fera le présage de guérison complète.

Si, au contraire, le déroulement des images lui donne la connaissance de lésions ou infirmités subsistantes, le sujet préviendra des reliquats de l'affection en cours et donnera quelques renseignements sur leur nature, si, toutefois, la netteté de ses visions le lui permet.

Voici un exemple d'une succession d'images mentales qui lui permirent de prédire l'issue fatale d'une maladie :

« ...La figure de cette malade m'apparaît maintenant pâle, étrangement pâle... on dirait à présent que ses yeux ne brillent plus... il y a quelque chose d'éteint dans son regard... oui, le regard est éteint... je vois maintenant passer devant mes yeux comme un corps immobile qui flotte... sans mouvements, sans pensées... je le vois maintenant plus près de moi... mais c'est un corps mort... la personne mourra. »

Mieux que la perception lucide des autres composantes de l'individualité, celle des états organiques met en évidence la nécessité de la quantité et de la variété des images acquises, pour l'élaboration du phénomène de lucidité.

Les images se constituent en notre cerveau à mesure que nos sens nous apportent du dehors la notion relative des choses, et les plus simples sont faites de l'association de multiples sensations élémentaires.

Aussi, tant qu'il s'agit de traduire des phénomènes ordinaires de la vie extérieure, la subconscience de Mme M... trouve-t-elle dans ses cryptes, toutes les images dont elle a besoin pour cela. Mais, dès que la matière à perceptions lucides relève de sciences particulières et inconnues du sujet, alors l'idée subconsciente ne trouve pas dans la mémoire des formes sensibles capables d'halluciner utilement les facultés conscientes. En ces conditions, d'ailleurs, le rôle de l'intelUgence consciente qui est d'interpréter, serait également limité dans son travail de reconstitution de l'idée, parce que, pour reconnaître, il faut connaître au préalable.

Devant ces résultats de l'observation pure, pourraitil encore subsister cette croyance que ce sont réellement des organismes que les sujets lucides voient et fouillent ?

Pour achever de ruiner cette simpliste conception, il suffirait de faire remarquer que Mme M... s'exprime de la même façon quand il s'agit de maladies antérieures et depuis longtemps guéries et quand il s'agit de maladies futures pour un être actuellement très sain et enfin quand la perception lucide concerne des personnes mortes depuis beaucoup d'années !

C'est a ne pas comprendre comment on ait pu discuter et prendre en considération cette hypothèse de l'hyperesthésie du sens de la vision qui a les faits contre elle et ne peut invoquer d'autre justification que le langage du sujet.

Avant de clore ce chapitre, je ne crois pas avoir le droit d'éluder une question qui, depuis un instant, est certainement dans l'esprit du lecteur : de quelle utilité pratique un sujet lucide peut-il être en médecine ?

J'avoue que je pose une question qui m'embarrasse.

Tout d'abord je serais bien tenté de répondre que la seule utilité pratique du sujet lucide me semble être l'étude expérimentale de la pensée humaine et que je ne vois pas, à d'autres points de vue, comment on peut concilier le déterminisme qui semble le postulat de la lucidité (comme il est par ailleurs celui de la science) avec notre libre arbitre.

Mais je m'objecte que cette antinomie n'existe peutêtre que dans notre esprit débile et qu'il est imprudent et stérile d'introduire la spéculation métaphysique dans la sphère de l'activité. Je vais donc parler en homme qui agit, donc qui se croit libre.

Pour évaluer rationnellement les avantages pratiques de la lucidité appliquée à la médecine, il faudrait, de toute nécessité, avoir expérimenté avec un sujet lucide qui serait médecin et envers des personnes d'une instruction médicale allant de l'ignorance absolue au savoir le plus complet.

Une telle expérimentation mettrait exactement au point la connaissance du parti qu'un psychisme lucide pourrait tirer d'une grande accumulation d'images techniques et aussi de l'importance du degré d'instruction chez la personne objet de la perception lucide.

Je ne puis qu'exprimer mon profond regret de n'avoir pas rencontré ces conditions d'expérience, si fertiles en résultats psychologiques.

Dans les conditions moins favorables de mes expériences personnelles, c'est-à-dire avec des sujets sans instruction

médicale, l'utilité pratique de la lucidité peut être déduite des propositions suivantes qui résument ce chapitre :

l" La valeur des prescriptions thérapeutiques d'un sujet lucide ne peut qu'être en rapport avec ses connaissances en sciences médicales.

2° Dans le temps présent, le sujet lucide peut donner à son consultant l'éveil sur une maladie latente. Et dans les cas où cela pourrait être utile, il peut fixer le médecin sur le siège du mal, plus ou moins approximativement, à la façon du chien de chasse qui conduit son maître à portée du gibier.

L'importance pratique du diagnostic lucide semblerait considérable quand il est prémonitoire, c'est-à-dire quand il prévient d'une maladie future. Mais je crains que dans ce cas on soit placé dans l'alternative de choisir entre la conviction que la prémonition existe et l'inanité de nos efîorts à en modifier l'objet.

3° Les sujets lucides excellent dans le pronostic, ils peuvent renseigner sur l'issue d'une maladie. Ceux qui pensent attendre une application pratique d'un résultat fatal par définition, peuvent compter sur eux pour cela.

Mais, je le répète, sans expériences mieux adaptées à l'étude de la lucidité pour combattre la maladie, on ne peut préjuger des services que pourraient rendre, dans cet ordre d'idées, des intuitifs instruits en médecine. Peut-être ces esprits privilégiés porteraient-ils l'art de guérir à un degré que nous ne pouvons supposer ?

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