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QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR L'EXPÉRIMENTATION EN PSYCHOMÉTRIE

1° LES PRINCIPAUX TYPES d'eXPÉRIENCES.

L'expérience en psychométrie; ai-je dit, comprend deux parties d'égale importance :

i° La perception lucide d'un être par le sujet. 2» Le contrôle des révélations de la lucidité.

Je crois avoir suffisamment fait connaître les procédés psychiques de Mme M... pour qu'il ne soit plus besoin de revenir sur la méthode de l'utiliser. Car, que le sujet ait à traduire un être présent ou représenté par un objet, les moyens mentaux sont les mêmes. C'est donc le côté contrôle que je vais ici envisager.

Toutes les expériences de psychométrie, vues sous un certain angle, peuvent se ramener définitivement à ces trois types :

Premier type : L'individualité humaine à percevoir est connue de l'expérimentateur et celui-ci pourra lui-même et directement, faire le contrôle.

Deuxième type : L'individualité est inconnue de l'expérimentateur et un tiers servira d'intermédiaire pour le contrôle.

Troisième type : L'individualité à percevoir a vécu à une époque éloignée de celle de l'expérimentateur.

A première vue, il est évident que dans aucun de ces trois cas le contrôle n'aura la valeur de celui que chacun peut faire quand il est lui-même l'être à percevoir, soit qu'il s'agisse de lucidité par présence auprès du sujet, soit par l'intermédiaire d'objet. Et c'est pour cela que, dès le début de cette étude, j'ai insisté sur ce point : que le plus sûr moyen d'asseoir sa conviction, en dehors des nécessités de la démonstration, était d'expérimenter en se prenant comme champ de perceptions.

Car le contrôle perd de sa valeur à mesure qu'on s'éloigne de soi, de ses proches ou de son époque. On tombe alors dans toutes les incertitudes de la critique historique. On se met à la merci du jugement des autres, des erreurs possibles de leur pensée consciente et quelquefois de leur témoignage volontairement tronqué ou faussé, ce qui ne doit pas surprendre en ce genre de recherches qui ont comme but l'intimité d'un être.

En examinant ces trois types d'expériences à la lumière des lois formulées dans le chapitre précédent, il est facile d'en dégager une méthode rationnelle d'expérimentation et de supputer les résultats qu'on est en droit d'espérer d'expériences faites en ces diverses conditions.

Le premier type d'expériences est de beaucoup le plus simple. L'objet pouvant être obtenu de première main, la première image qui s'évoquera dans l'esprit du sujet sera celle de l'expérimentateur, puis aussitôt après celle du possesseur.

Et c'est dans ce genre d'expériences qu'on peut obtenir de la lucidité le plus de révélations et de précisions, l'être à traduire étant connu plus ou moins de l'expérimentateur.

Et, de plus, le contrôle pourra souvent être excellent,

suivant la confiance qu'inspire la personne perçue et son acquiescement de livrer les secrets de son intimité, si secrets il y avait.

Après l'expérience où l'on est soi-même la matière à perceptions, c'est celle-ci qui donne le plus de satisfactions, parce qu'on en peut attendre les meilleurs résultats avec le minimum de fatigue pour le sujet et son guide.

Il vient au sujet des hallucinations plus franchement dessinées, plus vivantes, plus variées et expressives, rendant sa lucidité aiguë et riche.

Cette facilité de la perception lucide en cette condition, est due, comme je l'ai déjà dit, à ce que l'expérimentateur connaît la personne sur laquelle s'exerce la lucidité. Mais, je le répète, il ne faut pas voir là un phénomène de transmission subconsciente de pensée, dans le sens ordinaire du mot, les connaissances rationnellement acquises par l'expérimentateur n'étant pas prises en considération par la subconscience du sujet ou plutôt ne lui parvenant pas.

On pourrait, en effet, objecter à cette catégorie d'expériences, qu'en raison des rapports psychiques préalables entre l'expérimentateur et l'être perçu, elles ont le -tort de laisser soupçonner qu'il puisse s'agir de transmission involontaire de pensée.

Cette remarque est fort juste, mais constitue-t-elle une objection ?

En pareil cas, l'objet ne saurait avoir de valeur psychométrique exceptionnelle et il faut bien accepter que le surcroit d'extension de la lucidité vient au sujet de la pensée non consciente de l'expérimentateur, tous les autres facteurs étant les mêmes que dans les deux autres types d'expériences. On ne peut donc nier que cette augmentation de la lucidité ait pour appui la pensée de l'expéri- •mentateur.

Mais comme, d'autre part, il arrive toujours en pareil

cas, que les révélations du sujet ne correspondent pas aux jugements préétablis de l'expérimentateur, que bien souvent même elles leur sont absolument opposées, que, parfois aussi, elles lui apprennent des choses qu'il ne sait pas, il s'ensuit que la transmission de pensée que l'on objecte, si elle existe réellement, est une transmission inconsciente d'une pensée subconsciente et supérieure à la raison. ■Et je ne vois pas que le problême psychologique qui en résulte soit moins intéressant pour cela.

Objecter à une expérience de psychométrie ce genre de transmission de pensée, serait donc lui opposer sa définition !

Dans ce premier genre d'expériences, on ne peut être gêné que par l'intrusion d'une ou de plusieurs individualités de l'ambiance du possesseur de l'objet et l'on comprend que cet obstacle soit peu sérieux, puisque, connaissant le possesseur, rien n'est plus aisé que de faire abandonner la vision des êtres secondaires et d'amener rapidement le sujet sur le véritable objectif choisi pour sa lucidité.

L'objection ci-dessus, toute superflue qu'elle soit, ne saurait être opposée au deuxième type d'expériences, c'està-dire à celui dans lequel la personne, but de lucidité, est absolument inconnue de celle qui expérimente. Ce qui sera révélé, en cette condition, aura évidemment pleine portée, car l'esprit de l'expérimentateur ne peut plus être considéré comme facteur de suggestion mentale. Avec le même objet, n'importe qui pourrait obtenir du sujet les mêmes perceptions. La lucidité semble s'appuyer, alors, exclusivement sur l'objet. C'est de la pure psychométrie, sans crainte d'ingérence psychique secondaire.

Le bon côté de ces expériences, c'est qu'elles sont particulièrement probantes, pour la condition psychométrique de la lucidité.

Mais, il y a deux sortes de difficultés qui pèsent lourd

sur elles ; elles résultent toutes les deux de ce que l'être à percevoir est totalement inconnu de l'observateur.

D'abord, dans les cas les plus favorables, le contrôle est de deuxième main, il dépend à la fois du tiers qui s'est chargé du contrôle en vous confiant l'objet et du possesseur de cet objet, auquel il faut le plus souvent que l'enquêteur s'adresse.

Or, s'il est assez difficile d'obtenir directement la confirmation de révélations, parfois désagréables, quand on s'adresse à l'intéressé (comme dans le premier type d'expériences), quand un intermédiaire s'interpose, la difficulté est sérieusement accrue, car on se soucie peu, en général, d'introduire, même sous couleur de science, deux êtres, d'un coup, dans l'intimité de sa vie.

Et je ne parle pas de l'amoindrissement de la valeur du contrôle tenant à ce simple fait que les mots passent par plusieurs bouches, exposant les idées à subir d'inévitables déformations.

J'envisage surtout qu'il survient dans le contrôle de deuxième main un élément de confiance qui, pour être beau en soi, n'est cependant qu'un sentiment. La raison lui préférerait un appui plus solide.

Une deuxième difficulté se présente souvent dans la pratique.

La personne intermédiaire qui a confié à l'expérimentateur un objet d'inconnu, s'est bien engagée à assurer le contrôle, soit d'après ce qu'elle sait du possesseur, soit, s'il est nécessaire, en s'adressant à lui. Mais il est rare qu'un objet obtenu en cette condition, n'ait pas été influencé par le contact d'autres personnes ; il contient, en tous cas, l'évocation possible d'êtres de l'ambiance du possesseur, de sorte que l'expérimentateur est dans la nécessité de faire travailler le sujet sur un nombre insoupçonné de personnes inconnues de lui. Sans parler du nombre de séances nécessaires à une convenable perception lucide de chacune

d'elles, il peut arriver, en raison de l'impossibilité de consacrer trop d'heures à une seule expérience, qu'on s'en soit tenu à la traduction d'une ou deux personnes inconnues. Et il se produit alors très souvent ceci : c'est que la personne, sur qui vous comptiez pour le contrôle, s'était bien engagée en ce qui concerne le possesseur de l'objet, mais pour les autres individualités dont, selon les lois psychométriques, l'objet permettait l'évocation mentale, elle ne se trouve plus placée en conditions favorables pour le faire.

Que de séances ayant donné des révélations intuitives précises et fort curieuses ne seront, pour ce motif, jamais sanctionnées par le contrôle !

Pour éviter une grande perte de temps et la déchéance d'expériences cependant bien conduites, il serait prudent d'obtenir de la personne intermédiaire quelques vagues repères sur l'être inconnu, repères n'apprenant rien qui puisse vicier l'expérience, mais qui souvent suffiraient pour pouvoir rapidement parvenir jusqu'à l'évocation mentale de l'être déterminé dont on doit seulement espérer le contrôle. Et la moindre indication peut suffire à cela, comme par exemple, savoir qu'il s'agit d'une dame âgée, d'un homme jeune et malade, d'une personne défunte, etc. cela n'alimentera guère, on en conviendra, la transmission possible de pensée et des séances de grand intérêt s'obtiendront ainsi, dans une condition d'expérimentation particulièrement ingrate.

Donc, en expérimentant sur inconnu, faire soigner la virginité de l'objet ; choisir comme but de perceptions une personne bien connue de l'intermédiaire qui assure le contrôle et s'aider d'un repère, non pour le sujet lucide à qui on ne le communique pas, mais pour pouvoir l'arrêter à la vision de l'être présentant la caractéristique que l'on connaît.

Cependant, si l'expérience est grandement facilitée

par l'aide d'un repère, cet appui n'est pas indispensable. Pour ma part, je ne l'ai utilisé seulement que pour objets ayant passé en trop de mains, préférant la difficulté toujours prodigue en enseignements.

Et, si déjà les difficultés sont grandes quand on expérimente sur inconnu contemporain et avec personne intermédiaire bien placée pour contrôler, que dire de celles que présentent les expériences du troisième type ?

Le contrôle se restreint à mesure que l'être à traduire s'éloigne dans le temps. Pour des personnes défuntes depuis plus de trente ans, on ne soupçonne pas le peu de fond qu'il faut faire sur les renseignements obtenus par enquête. On peut souvent arriver à connaître les grandes manifestations extérieures d'une vie, mais ce qui a été intime échappe. Et le juge en dernier ressort est alors, le plus souvent, la mémoire d'une personne de la famille du défunt et ses opinions particulières, qui ne correspondent pas toujours à la vérité.

En des circonstances très favorables, des documents épistolaires ou autres peuvent permettre une critique plus sérieuse des révélations lucides. Cette condition rare devrait être recherchée.

C'est alors qu'il est nécessaire d'opérer avec un objet peu touché, car le repère très précieux qu'est pour l'expérimentateur l'avertissement que le possesseur est un être défunt, n'existerait plus du fait que plusieurs des personnes ayant touché l'objet postérieurement au possesseur, pourraient également être mortes. Si l'on considère que, de plus, des individualités de l'ambiance de tous ces morts, mortes aussi elles-mêmes, sont évocables, on peut juger de l'impossibihté matérielle d'une telle expérience, accrue d'autre part du fait de l'insuffisance probable du contrôle.

Qu'on apprécie maintenant la valeur d'une expérience

ai

faite sur un être ayant vécu il y a des siècles ! Qu'on imagine la fantastique ascension qu'un sujet devrait faire pour remonter les âges, à travers toutes les individualités ayant à époques diverses impressionné un objet !

N'avais-je pas raison de dire plus haut qu'une expérience avec dent de mastodonte, ne peut prétendre à autre chose qu'à constituer un agréable passe-temps ?

En psychométrie, l'expérimentation doit être limitée dans le temps et dans Y ambiance de l'expérimentateur pour qu'on en puisse attendre de fructueux résultats. Dès qu'on s'écarte de soi et des siens, on quitte la précision d'un bon contrôle pour s'engager dans l'à-peu-près et l'incertain ; on s'écarte de la lumière pour s'enfoncer dans les ténèbres.

§ II. CONDITIONS d'utilisation DES SUJETS PSYCHOMETRES.

La psychométrie étant un phénomène psychique résultant d'une inter-influence cérébrale (qu'on l'estime directe ou réfléchie), le premier devoir de l'expérimentateur est de supprimer l'ingérence d'influences étrangères qui seraient autant d'éléments venant apporter la perturbation dans la sensibilité psychique des intuitifs. Le sujet lucide est un récepteur qui vibre à toute excitation d'où qu'elle vienne, comme la harpe éolienne vibre à tous les vents. Qu'on lui ménage donc une atmosphère calme, en excluant toute autre cause d'excitation que l'objet.

Plus sera réduit le nombre d'opérateurs réunis pour la même expérience, meilleurs seront les résultats.

Faire des expériences de psychométrie en public est un contre-sens, de même ordre que vouloir photographier en plein soleil et sans chambre noire. La sensibilité de la plaque comme celle du sujet lucide sont inutilisables quand elles sont trop violemment impressionnées.

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