III. DU CHOIX DU SUJET
Pour une expérience donnée, l'objet psychométrique ne varie pas, non plus que l'être à percevoir, mais les sujets employés pourront avoir des valeurs très inégales. Il y en a de très mauvais, de médiocres, de bons et surtout d'infidèles, de capricieux.
De même qu'en se perfectionnant l'instrumentation a étendu le champ des connaissances en astronomie, de même la valeur du sujet lucide, qui est l'instrument de perception, est la condition de l'importance des connaissances qu'on peut obtenir sur la lucidité.
Le sujet lucide doit être choisi avec les mêmes scrupules que l'astronome choisit son télescope. Psychologue et astronome apportent dans l'expérience leurs qualités d'observation et d'intelligence, mais les résultats sont proportionnés à la précision de l'instrument qui donne à l'intelligence les matériaux pour s'exercer.
Depuis que l'homme a paru sur la terre, la lucidité psychométrique a été une possibilité de son cerveau, car de tous les temps, l'homme a vraisemblablement imprégné les choses de cette modalité inconnue de l'énergie qui est la condition du phénomène psychométrique.
Puis, quand est venue chez certains êtres un degré de sensibilité suffisant pour que leurs centres psychiques soient impressionnés par cette énergie latente et aussi par le rayonnement de la pensée, alors la psychométrie est passée du possible à la réalité.
Mais il y a des degrés dans l'acuité de cette sensibihté psychique, jusqu'à une limite qui ne saurait être prévue. Suivant la valeur de cette sensibilité s'accroît nécessairement l'importance des résultats à en attendre.
Une expérience de psychométrie ne peut donc pas être considérée comme une base d'appréciation de la lucidité et plus particulièrement de sa condition psychométrique ;
elle ne fait juger la lucidité et la psychométiie que par rapport à la sensibilité individuelle d'un sujet intuitif donné. Je demande donc qu'on choisisse bien ce sujet.
§ IV. APPRÉCIATION DES RÉSULTATS DE l'eXPÉRIENCE, APRÈS CONTROLE.
Quand le moment est venu d'apprécier les résultats d'une expérience, après contrôle des révélations, il faut que les notions de psychologie particuHère aux psyehismes lucides président à V évaluation des perceptions intuitives.
Il convient alors de se rappeler que les sujets lucides ont très rarement des hallucinations visuelles véridiques, si l'on entend par ces mots qu'elles doivent reproduire exactement la réalité dont elles sont la représentation mentale.
Lorsque le sujet décrit une scène, un lieu, une personne, etc., les caractéristiques qu'il en donne suffisent bien souvent à fournir une convenable notion de l'événement, du lieu ou de la personne. Mais, en ce qui concerne du moins leur aspect extérieur, il ne faut pas croire que le sujet a la vision adéquate à la réalité des êtres et des choses. En raison de la description qu'il fait des parties essentielles d'un lieu, on est porté à penser qu'il doit aussi voir, sans en parler, les innombrables détails que révélerait à l'œil son aspect. Si, cependant, d'aventure, on pousse le sujet à une description très minutieuse, alors on est souvent étonné des quantités d'erreurs qu'il fait, bien que la révélation d'ensemble soit parfaitement juste.
La subconscience du sujet lucide, je ne saurais trop le répéter, a pour mission de rendre conscientes des idées venues d'un autre cerveau et elle le fait par les moyens les plus faciles et les plus directs. Toute image lui est bonne pourvu qu'elle exprime bien l'idée à traduire.
Cependant, nous ne pouvons supputer ni l'étendue, ni la précision des connaissances de cette pensée venue par suggestion subconsciente. Peut-être tout ce qui est en elle s'y trouve-t-il représenté d'une façon correspondant au réel quelque soit son moment dans le temps ? Et alors, il n'y aurait pas d'autres limites aux précisions des révélations lucides que la valeur intuitive particulière à chaque sujet.
Mais, en pratique, avec les sujets du moins dont j'ai pu disposer, il serait de mauvaise logique d'apprécier une révélation en considérant seulement l'exactitude de chacun de ses détails ; cela conduirait très souvent à opposer à l'idée vraie reconstituée intuitivement, les défectuosités inévitables de ses images accessoires.
Le rapport de la commission d'enquête sur la psychométrie, publié dans le numéro de juillet 1911 par les Annales des Sciences psychiques, est un exemple bien démonstratif de cette mauvaise conception de l'évaluation des perceptions lucides. Et je crois utile de montrer au lecteur comment la méconnaissance de la psychologie de la lucidité, dont la psychométrie n'est qu'une condition, a conduit à une méthode défectueuse d'appréciation des personnes de haute culture et, de plus, très familiarisées avec les études métapsychiques.
M. Warcollier, rapporteur s'exprimait ainsi :
« ...Pour pouvoir se rendre un compte exact de la proportion de vérité et d'erreur rencontrée dans les descriptions, il fut dressé des tableaux selon la méthode inaugurée par M. Hyslop pour étudier les phénomènes de Mrs Piper. On divisa les visions en facteurs : images, faits, actions, événements, etc., et chaque facteur fut classé suivant qu'il serait reconnu exact, faux, douteux, indéterminé. Par exemple, le psychomètre déclare en touchant une bourse qu'on vient de lui confier, qu'il voit un homme faire une chute en descendant les trois dernières marches d'un escalier au dehors d'une maison. Cette description est divisée en six facteurs.
Un homme reconnu exact
fait une chute exact
en descendant exact
les trois dernières marches indéterminé
d'un escalier exact
au dehors d'une maison faux
On compte alors 6 facteurs dont 4 d'exacts et 2 de faux. Supposons que le possesseur de l'objet ne se soit pas souvenu si l'accident était arrivé à un homme ou à une femme, ce facteur aurait été jugé douteux mais non indéterminé, puisqu'il s'agit bien d'une personne. Supposons qu'il ne se soit pas souvenu si l'accident s'était produit en haut ou en bas de l'escalier, ce facteur aurait été jugé indéterminé ainsi que la prévision du psychomètre s'il avait ajouté que l'accident aurait des suites fâcheuses dans l'avenir. Cette méthode d'analyse n'a évidemment pas la prétention à l'exactitude d'une analyse chimique, mais avec ses défauts et ses difficultés elle renseigne alors suffisamment »
Illustrons cette méthode d'un exemple qui la jugera. Supposons que le psychomètre ait fait cette révélation : « ...Je vois un homme qui descend un escalier... au dehors d'une maison... il est aux trois dernières marches... il tombe... se casse la jambe droite... sa jambe mettra longtemps à se guérir... il boitera pendant tout le reste de sa vie... »
Le contrôle (supposons toujours) donnerait ceci :
Je vois un homme reconnu exact
qui descend unescaHer faux (il le montait)
en dehors d'une maison indéterminé (le contrôle n'ayant pu vérifier ce détail), il est aux trois dernières marches indéterminé
il tombe exact,
se casse la jambe droite exact
sa jambe mettra longtemps à se
guérir indéterminé
il boitera toute sa vie indéterminé
Appréciation des résultats de l'expérience d'après M.VVarcoUier :
3 facteurs exacts.
4 facteurs indéterminés.
1 facteur faux.
donc, 37, 5 % d'exactitude.
Or, la lucidité du sujet a révélé à ses facultés conscientes que l'homme possesseur de l'objet psychométrique s'était cassé la jambe droite dans un escalier, et cela est la vérité.
Mais de quoi se composent les 62,5 % opposés à la lucidité ?
50 % représentent un défaut du contrôle, qui n'a pu établir la situation de l'escalier, en raison du manque de mémoire du possesseur de l'objet et qui, d'autre part, ne peut juger l'exactitude de présages avant leur échéance.
12,5 % est ce facteur faux, représentant l'erreur de .perception concernant le sens de progression du possesseur d'objet dans l'escalier.
Mais s'il est réel que le possesseur de l'objet utilisé vient de se casser la jambe droite dans un escalier, qu'importent les détails inutiles de la vision, puisque cette connaissance essentielle est révélée ? Qu'importent le numéro de la marche, la situation de l'escalier... ? C'est la notion de fracture de jambe que l'imagination subconsciente veut rendre consciente, elle y réussit d'ailleurs parfaitement, mais l'image visuelle par laquelle elle s'exprime, traduisant la notion principale, s'inquiète peu des notions secondaires. L'ensemble de l'hallucination reproduit une idée vraie, mais les détails considérés en eux-mêmes peuvent être tous faux.
Quand Mme M... voit le sang bouillonner chez un sanguin, sa vision, erronée physiologiquement, rend cependant consciente une vérité. Peut-on raisonnablement dans l'exemple ci-dessus, mettre en balance ces accessoires avec ce qu'a de caractéristique et de relativement rare, la révélation très précise d'une fracture de jambe droite ?
Cette manière d'évaluer les résultats d'une expérience oppose, d'ailleurs à la lucidité des facteurs qui n'ont rien de commun avec elle :
défectuosité de mémoire du possesseur de l'objet...
impossibilité actuelle et inéluctable de contrôler des présages...
opinion préconçue de l'expérimentateur attribuant aux choses une mémoire qu'elles n'ont vraisemblablement pas... etc.
Je comprendrais, à la rigueur, qu'on opposât aux facteurs exacts les facteurs faux. Ce serait méconnaître la psychologie lucide, mais ce sont là des facteurs contraires, donc opposables. Mais ce qui est douteux et indéterminé tient à un vice d'expérience que l'observateur devrait endosser, et n'en pas accabler l'intuition qui n'en peut mais !
J'estime qu'il y a là une application des mathématiques déplacée. M. Warcollier est certainement un métapsychiste trop avisé pour tenir à une méthode improvisée dans la hâte d'une organisation d'expériences.
Dans sa psychologie inconnue, M. E. Boirac a dépensé un très grand talent à démontrer combien les sciences dites positives diffèrent de la psychologie dont la complexité déborde la simplicité de la méthode expérimentale inaugurée par Claude Bernard. y