‹ Lucidité et intuitionChapitre 2 sur 60 · QUELQUES CONSIDÉRATION S PRÉALABLES · texte numérisé non relu

QUELQUES CONSIDÉRATION S PRÉALABLES

Qu'on me permette encore quelques considérations au moment d'entrer dans le vif de l'étude.

Le but que je désire atteindre, dans ce livre, est double : 1" convaincre le lecteur que la lucidité existe à l'état de faculté permanente chez certains êtres sensitifs ; 2° faire la démonstration psychologique de cette sorte de faculté. Pour cela, il semblerait rationnel d'apporter, tout d'abord, des preuves irréfutables de la réahté du phénomène d'Intuition et, seulement ensuite, de procéder à son analyse. J'éviterai cependant la déconvenue certaine que je ne manquerais pas de me ménager en agissant ainsi, car la narration des faits concrets qui ont été le thème de mes • xpériences, outre qu'elle équivaudrait à une sorte de confession publique, n'apporterait que de bien petits éléments de conviction.

On comprend que ceux qui veulent faire accepter la réaUté des phénomènes de télépathie, amoncellent le plus de faits possible, judicieusement choisis et contrôlés avec

rigueur. Il s'agit alors de manifestations passagères de la lucidité qui ne sont pas renouvelables et qu'il faut de toute nécessité étudier à la façon des faits historiques, c'est-à- • dire à l'aide de l'examen des divers témoignages. Le nombre des faits et la sévérité de la documentation critique sont les seuls moyens capables de faire admettre par tous des phénomènes dont ne peuvent être convaincus que ceux qui en ont été les témoins. La seule base d'appréciation est donc alors le témoignage, et cela explique pourquoi, malgré tant d'exemples recueillis, la Télépathie est encore tenue en suspicion par la plupart des savants, habitués à ne céder que devant l'évidence absolue et qui, de parti pris, ne veulent pas s'incliner devant l'évidence relative.

Or, si les milliers de faits dont est actuellement fourni le dossier de la Télépathie, faits glanés en heux divers, appuyés sur la convergence de nombreux témoignages, examinés et sélectionnés par des hommes de haute réputation scientifique, n'ont pas encore fait entrer dans la science ce phénomène psychique, ne serait-ce pas, en ce qui me concerne, faire preuve de naïveté que vouloir à l'aide du nombre limité de faits qui ont été l'objet de mon observation, imposer une impossible conviction ?

Aussi bien, d'ailleurs, cela serait absolument inutile, car, fort heureusement, la permanence de l'Intuition chez les sujets lucides rend l'étude de l'Intuition tributaire de la méthode expérimentale. Or, dans les sciences d'expérimentation, le moyen unique et suffisant de se convaincre de la réalité d'un phénomène, dès qu'on est averti de sa nature, de ses causes et des conditions de sa genèse, ne consiste-il pas à répéter soi-même l'expérience ?

Il ne s'agit plus, comme dans la Télépathie, d'étudier des phénomènes dans les traces mentales ou écrites qu'ils ont laissé d'eux. L'objet d'étude est un phénomène actuel, né sous le contrôle de l'attention, pouvant être reproduit autant de fois qu'on le désire et en des conditions variées.

Il suffira de mettre en rapport une quelconque individualité humaine, présente ou représentée, avec la sensibilité d'un intuitif, pour assister aux manifestations de la Lucidité, qui varieront au gré de l'expérimentateur, à mesure qu'il fera varier les deux causes prépondérantes : le sujet percipient et l'être humain perçu.

Qu'importe donc la narration des faits qui ont été le thème momentané de phénomènes indéfiniment renouvelables ? Les faits ne valent, psychologiquement, que par ce qu'ils ont de phénoménique, par leurs caractères généraux, par les conditions de leur production et par la nature de l'activité psychique qui leur a donné naissance. C'est pourquoi le lecteur ne trouvera pas dans ce livre de récits inutiles, mais seulement les exemples nécessaires à l'intelligence de la démonstration.

La manifestation principale de la Lucidité étant la révélation d'une plus ou moins grande partie de la personne humaine, comme je le démontrerai dans la suite, il ne saurait y avoir de meilleures conditions d'expérimenter que de livrer sa propre personnalité à la perception du sujet lucide.

Bien que l'on ait de soi une connaissance toute relative, chacun, cependant, se connaît plus complètement qu'il ne connaît les autres. Les événements, les actions, les états d'âme de notre passé, emmagasinés dans notre mémoire, sont des juges toujours prêts à contrôler ce que l'Intuition peut nous en dire. Une grande partie de notre vie présente nous est connue. D'autre part, en nous laissant aller au fil de la vie, le moment viendra toujours où nous pourrons apprécier l'exactitude des prémonitions dont nous aurons été l'objet.

Pour des esprits critiques, seules sont à retenir, en faveur de la Lucidité d'un sujet, les indications précises qu'il aura données sur ce que notre caractère, nos sentiments, nos désirs, nos tendances, notre forme d'activité, nos actions, notre existence sociale ont de caractéristique, de différent des autres ; sur ce qui nous individualise et nous situe nettement dans l'ambiance où nous agissons. Or, une grande partie de cette sorte de cristallisation, que représente une personnalité, n'est connue que de la conscience individuelle ; les autres n'en savent que ce qu'on leur en a laissé voir. L'expérimentation individuelle est donc nécessitée par cette évidence que chaque être est le meilleur juge des constituantes de sa personnalité.

Ce n'est pas qu'il faille limiter strictement le champ de l'observation à notre seule individualité, mais c'est alors seulement que le contrôle est le plus facile, le plus sûr, le plus rapide et que l'expérimentation est véritablement probante, si l'on prend d'élémentaires précautions pour éliminer la possibilité de transmission de pensée consciente, laquelle, d'ailleurs, n'est guère à redouter.

En raison de ce que doit avoir d'individuel l'expérimentation, et aussi pour un autre motif qui sera indiqué dans le cours de cet ouvrage, je ne comprends pas les résultats que certains ont voulu obtenir en séances pubhques, expérimentateurs et assistants n'ayant pu tirer que déception de conditions d'étude aussi contraires à la nature du phénomène à observer.

S'éloigner de l'observation individuelle, je ne saurais trop insister sur cela, c'est abandonner l'expérience exacte pour le contrôle par témoignages. La conviction doit se faire individuellement et non par expériences collectives.

Ce n'est qu'ensuite et pour complément d'étude, qu'on pourra utiliser, et de toutes les façons, la perception d'êtres plus ou moins étrangers à notre propre existence.

Mais j'ai le devoir de dire que cette nécessité de l'expérience individuelle, pour obtenir une conviction sans retour, entraîne un inconvénient grave, car c'est aux dépens de l'observateur que se succèdent les expériences.

Pour le Passé, on ne court d'autres risques que de sentir se raviver des douleurs latentes. Le temps a usé leurs griffes, un jour d'activité les enfouira de nouveau dans les cryptes du souvenir.

Pour le Présent, des choses ignorées de la pensée consciente peuvent être dites, qu'il aurait mieux valu laisser dans l'inconnu. Mais le Présent c'est déjà du Passé tout récent sur lequel le temps a déjà commencé son œuvre.

L'Avenir, au contraire, c'est l'attente, l'appréhension d'autant plus vive qu'on aura eu des preuves antérieures de la possibihté de réalisations, c'est l'imagination en garde contre un événement fatal, inéluctable et l'angoisse augmentant à mesure que le délai approche ! Vraie ou fausse, la prédiction est une torture pour l'esprit quand on sait que l'avenir livre quelques lambeaux de son énigme à certains êtres ! Quand ce qui a été prédit est une chose heureuse, la joie anticipée prolonge celle qui naîtra plus tard, c'est du bonheur par surcroît ; mais la vie dispense plus généreusement la douleur que la joie ; « c'est un état précaire qui ne ménage rien de bon », selon l'humoristique définition de l'anatomiste Farabœuf. Pour une joie naissent cent ennuis, peines ou chagrins de toutes sortes. Or, peut-on concevoir le supplice de souffrir avant que soit venue l'heure de la souffrance et celui, par exemple, de regarder vivre un être cher, d'être le confident de ses projets et de ses espoirs, cependant qu'on croit savoir que ses jours lui sont parcimonieusement comptés ?...

Là est le côté détestable de ce genre de recherches. Celui qui les entreprend par amour de l'étude, par le besoin ancestral de ravir quelque chose au mystère, celui-là sait qu'il s'expose au symbolique châtiment de Prométhée.

Mais que dire de ceux qui, poussés par la simple curiosité, non du phénomène psychologique, mais de ce que leur réserve le Destin, compromettent d'un cœur léger, la tranquillité de leur esprit ?

J'ai hésité entre plusieurs façons d'exposer le résultat de mes observations, toutes ayant certains avantages et encore plus d'inconvénients. Peut-être aurait-il été préférable d'étudier d'abord les phénomènes de Lucidité en eux-mêmes, puis de faire l'analyse psychologique des sujets lucides ?

Mais j'ai pensé que mieux valait faire suivre au lecteur une progression analogue à celle que j'ai suivie moi-même pour m'instruire, c'est-à-dire lui présenter d'abord un sujet lucide en hypnose pendant l'exercice de sa Lucidité, ce point de comparaison devant ensuite lui faciliter la compréhension de la psychologie des autres types de sujets.

Mme M..., voyante en sommeil provoqué, est d'ailleurs capable de la presque totalité des phénomènes de Lucidité, ce qui me permettra de faire connaître du même coup la variété de ces phénomènes et l'activité mentale du sujet qui les produit.

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