CHAPITRE II CE QU'EST LA LUCIDITÉ
La lucidité de Mme M.,., c'est la traduction de cette pensée subconsciente et supérieure à la raison, par laquelle l'individualité humaine se révèle. Tout ce que peut intuitivement percevoir le sujet, il le fait sous l'excitation de la forme énergétique de cette pensée. Etres et choses, dont il parle, sont vus et décrits par ce canal.
La lucidité n'est donc pas un phénomène monopsychique. Sa production nécessite le jeu harmonieux de deux cerveaux, l'un fournissant sa force psychique et l'autre sa sensibilité exceptionnelle réagissant à l'excitation reçue et la reconstituant sous sa forme primitive de pensée. C'est de la pensée inconsciente qu'il y a au départ de l'être perçu. C'est de la pensée qui est reconstituée à l'arrivée et qui, grâce au sujet, devient consciente.
Dans toute la première partie de ce livre, le lecteur a assisté aux procédés mentaux employés par Mme M... pour faire cette reconstitution de la pensée.
Borner la lucidité au sujet lucide, c'est ne voir qu'une partie du phénomène et le rendre incompréhensible.
Malgré que le moment ne soit pas venu d'en faire l'étude, je puis,'^cependant, condenser en quelques lignes les notions qu'il faut savoir sur le rapport inter-psychique qu'est la lucidité.
En ce qui concerne Vêtre perçu, il se dégage nettement de l'étude des phénomènes de lucidité, que la pensée suprarationnelle que le sujet traduit est une pensée qui embrasse l'individuahté entière, dans toute sa durée et son extention. Apparaissant soustraite aux lois du temps et de l'espace, elle l'est nécessairement à la servitude des sens.
On ne peut cependant pas dire qu'elle est extra-sensorielles, puisqu'elle s'alimente des acquisitions sensorielles. Mais l'utilisation qu'elle en fait n'est pas parallèle à celle de la pensée consciente, puisqu'elles n'aboutissent pas aux mêmes connaissances.
La raison conduit quelquefois à l'erreur, souvent à l'àpeu-près, assez rarement à la vérité ; tandis que la pensée qui inspire le sujet lucide va directement au vrai.
Pensée consciente et pensée supra-rationnelle semblent se confondre sur certains points, mais c'est qu'alors le travail d'organisation de la pensée consciente l'a conduite à la vérité. Car ce qui prouve qu'à aucun moment ces deux pensées ne sont fusionnées, c'est que la lucidité redresse les erreurs de la pensée consciente, dans le présent comme dans le passé et qu'elle la précède dans l'avenir.
La psychologie contemporaine a fait deux étages dans le psychisme humain :
En bas, dans les cryptes, s'élabore une pensée subconsciente, par le travail automatique des centres intellectuels.
En haut, l'exercice des facultés supérieures produit une pensée consciente.
Mais, au-dessus de cette pensée bornée par le temps, l'espace et l'infirmité des sens, il faut envisager l'existence d'une autre pensée autrement puissante et vaste et dont les sujets lucides nous révèlent quelques fragments.
Vue du côté récepteur, la lucidité apparaît comme une faculté spéciale du cerveau, constituée par une sensibilité psychique exceptionnelle et une activité particulière des centres de l'intellectualité subconsciente.
La lucidité, chez le sujet, c'est la réception subconsciente de la forme énergétique de la pensée et sa transformation en images mentales les plus aptes à l'exprimer.
Elle se compose ensuite de deux temps :
1° La cinématique des images, surtout visuelles pour Mme M...
2° La perception consciente des hallucinations et leur interprétation.
Le moment véritable de la lucidité, c'est le travail par lequel la subconscience du sujet présente à ses facultés conscientes les images les plus aptes à exprimer ce qu'elle est chargée de traduire.
Le deuxième temps n'est plus que l'interprétation rationnelle que le sujet fait de ses visions.
De sorte que la lucidité peut être considérée comme la prise de conscience, par l'intermédiaire des sujets lucides, de la pensée supra-rationnelle latente chez chacun de nous.
Les sujets lucides seraient donc comme des miroirs qui, en nous reflétant, nous permettent de prendre connaissance de ce que nous sommes réellement.
Tout ce que j'ai dit, dans cette première partie, résulte de l'observation particulière du psychisme de Mme M...
Mais, étudier un sujet lucide en hypnose, ce n'est pas les connaître tous.
Si tous sont soumis aux lois générales que j'ai exposées, il n'y en a peut-être pas deux qui se ressemblent exactement dans les détails de leurs mentalités. C'est pourquoi j'ai choisi, pour initier le lecteur à la complexité des mentalités lucides, un sujet intuitif en hypnose, en raison des facilités que cet état de forte désagrégation mentale donne à l'observation et à l'analyse.
L'étude de la diversité des sujets lucides ne sera plus, maintenant, qu'une promenade de l'esprit à travers des psychismes dont le lecteur connaît déjà les rouages cachés.