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LA DIVERSITÉ APPARENTE DES SUJETS LUCIDES

Si l'on s'en tenait aux apparences, on pourrait croire qu'il y a autant de méthodes et de moyens de divination que de de\àns.

Celui qui irait d'augure en augure, pour le plaisir d'observer, s'étonnerait en considérant combien de moyens divers et souvent bizarres sont employés par des sujets qui possèdent tous, à divers degrés, l'intuition, sans laquelle leurs prétendues sciences ne produiraient que leurres et déceptions.

Je vais essayer de donner un aperçu aussi rapide que possible des aspects multiples sous lesquels apparaissent les sujets lucides professionnels.

1° LES CARTOMANCIENNES.

L'emploi des cartes comme moyen de divination a eu sa cause originelle dans cette croyance de l'antiquité orientale : que toute révélation augurale était d'inspiration divine. Le hasard n'existant pas dans la nature, tout phénomène, lui paraissant attribuable, représentait une intention providentielle, une réponse aux préoccupations humaines du moment. On comprend qu'avec une telle appréciation de la genèse des phénomènes naturels, l'antiquité ait pratiqué un nombre invraisemblable de mandes.

La cartomancie est une de celles qui ont survécu. De nos jours, parmi les quelques sciences mantiques subsistantes, c'est de beaucoup la plus employée.

Les cartes présentant des combinaisons indéfinies,

semblent, en effet, se prêter merveilleusement aux manifestations du hasard le plus pur et donner à la divinité toute facilité d'utiliser la souplesse de leurs groupements pour répondre bénévolement à la curiosité des hommes. L'homme interroge son destin et, suivant des significations conventionnelles préétablies, il met en demeure le très-haut de répondre. C'est de la pure magie.

On a beaucoup philosophé sur le rôle div^inatoire des cartes et assigné de fantaisistes origines à cette forme de mancie.

L'érudition, non plus, n'a pas conduit à des résultats bien précis dans cet ordre d'idées. Elle a montré seulement que l'origine des cartes est orientale, hindoustanique très probablement, et qu'il y a une parenté réelle entre ce jeu et un ancien jeu d'échecs, indien, qui se jouait à quatre personnes et était composé de quatre armées. D'où il semble résulter que le jeu de cartes primitif devait être, comme les échecs, une allégorie du jeu de la guerre. Les figures des cartes le montrent, d'ailleurs, assez.

Ce n'est qu'assez tard que les cartes furent utilisées comme jeu de hasard. Mais les Orientaux, sans doute, eurent de bonne heure l'idée de créer le hasard des combinaisons et de baser sur elles une doctrine mantique mettant à contribution le hasard dans un but de divination.

C'est ainsi, de cette manie qu'avaient les anciens de chercher tous moyens de communication avec la divinité et d'obtenir par cette voie des connaissances dépassant les prévisions rationnelles, que naquit la cartomancie.

Le jeu hindou primitif était composé de 96 cartes. Mais son passage en divers pays entraîna des modifications de leur nombre et de leurs figures.

Aujourd'hui, les cartomanciennes emploient divers jeux : soit le jeu ordinaire de 32 cartes, soit les variétés

des jeux de 78 cartes, dits tarots, qui semblent depuis l'origine de la cartomancie, avoir servi à cet usage.

Les figures du tarot étant plus nombreuses que celles de nos jeux de cartes, il en résulte une prodigieuse complication. Debout ou renversées, les 78 cartes ont des significations différentes, et celles de leurs rencontres et de leurs combinaisons sont tellement nombreuses qu'elles sont pour la mémoire une redoutable épreuve.

Les tarots sont en assez grand nombre et très divers. Le jeu classique se compose de 78 cartes dont 22 portent chacune une figure symbolique et forment les arcanes majeures. Les 56 autres se divisent en quatre couleurs et correspondent à celles des jeux de cartes ordinaires.

Chaque cartomancienne a son tarot dont elle prétend avoir l'exclusive possession et qui serait la reproduction exacte du tarot indien primitif.

La plupart utilisent même plusieurs tarots et demandent au consultant lequel il préfère. Comme les honoraires varient suivant la valeur attribuée par l'augure à chacun, c'est uniquement sur le tarif que le client appuie sa préférence.

En réalité, la plupart des cartomanciennes emploient le tarot d'Etteila (anagramme d'Aliette, garçon coiffeur sous la Révolution).

Selon chaque cartomancienne, la méthode de tirage des cartes varie sensiblement. Il ne faut pas s'en étonner, car il en est ainsi pour toutes les autres sciences mantiques. Différents augures, pourvu qu'ils soient intuitifs, avec le même jeu et des méthodes très dissemblables, aboutissent aux mêmes résultats.

Les livres écrits sur cette pseudo-science l'ont noyée de considérations philosophico-occultes dans le but de la justifier rationnellement. Mais quelle peine prise et pour quel résultat ! La philosophie se prête à tout, aussi

bien à la démonstration du vrai que de son contraire. Elle donne à ce qu'elle aborde une apparence de sérieux, quand,, en réalité, elle ne donne rien, les choses continuant d'être ce qu'eHes sont, indépendamment des considérations dont l'esprit de l'homme les a entourées.

Toute considération, d'ailleurs, doit s'incliner devant ce fait brutal : V emploi des cartes, selon les méthodes de la cartomancie, peut-il par lui-même et sans le secours de Vintuition donner des connaissances précises sur r existence, dans le passé ou V avenir, d'une personne déterminée ?...

J'ai voulu, par moi-même, comme je l'avais fait pour la chiromancie, me rendre un compte exact de ce que les cartes pouvaient fournir de données précises aux cartomanciennes. Et, dans ce but, aidé d'un livre rédigé par un spécialiste et armé du fameux tarot d'Etteila, j'ai abordé ce travail.

Hélas ! j'avais trop présumé de mon courage ! Après quelques séances, je cessais ce genre d'occupations, car la mesure que je pris du temps qu'il me faudrait pour assimiler d'abord la signification de toutes les combinaisons possibles des cartes, puis ensuite, pour avoir la pratique nécessaire à une vérification sérieuse et concluante, m'épouvanta.

Je disposais de trop peu de temps pour me croire en droit d'en sacrifier une telle quantité. Je fus avare d'heures qui m'auraient fait défaut par ailleurs et j'abandonnais ainsi le meilleur moyen de juger la cartomancie.

Mais, à défaut de ce contrôle direct et personnel, je mis tous mes efforts à observer ce que les cartes fournissaient à ceux qui se livraient, professionnellement ou non, à la cartomancie.

Tout d'abord, je pus aisément me convaincre, dans mes relations, que les personnes qui s'adonnaient à la pratique des cartes et qui ne jouissaient d'aucune intui-

tion, croupissaient dans une lamentable impuissance, ne s'écartant jamais de révélations vagues, toujours et poiu* tous, susceptibles de se réaliser. Les événements annoncés étaient à peu près toujours les mêmes et variaient dans un cycle invariable, parce qu'ils étaient les plus communs dans l'existence. C'était le facteur apportant une joie, une mauvaise nouvelle ou de l'argent. C'était la duplicité d'un homme brun ou la jalousie dangereuse d'une méchante femme. C'était un voyage sous un retard, la visite d'un homme de la campagne ou celle d'une dame blonde et de tout cœur, etc.. et parfois sur le tapis s'abattait une sinistre colonie de piques, tels des corbeaux de mauvais augure. Et la cartomancienne amateur, d'un ton apitoyé vous annonçait la mort de quelque proche... et tout cela était dit sans liaisons, sans précisions, sans aucune explication complémentaire... et prenait autorité de la réalisation possible que de telles prédictions permettent toujours (1).

Je me suis consolé de n'avoir pas persévéré dans l'étude des cartes, en songeant que j'aurais prodigué beaucoup de temps et d'attention pour de semblables résultats !

Puis, à mesure que j'observais les cartomanciennes professionnelles, je vis que les médiocres s'élevaient bien peu au-dessus des amateurs. Les cartes, également, ne leur fournissaient aucune connaissance précise et seulement des banalités sans consistance.

Par contre, j'ai rencontré quelques cartomanciennes faisant des révélations bien caractérisées et dont le contrôle dans le présent ou l'avenir montrait l'exactitude, en dehors de toute possibilité de coïncidences.

(1/ « .rai étudié moi-même le tarot, écrivait ces jours derniers le docteur Bonaymé, ce qui est un travail très difficile. Je n'ai pu arriver à faire aucune prédiction juste, i. [Journal du Magnétisme et du Psychisme expérimental, août 1912).

Mais, pour celles-là, quel est l'appui fuurni par Tarlifice des cartes ?...

Un premier fait s'impose tout de suite à l'attention de celui qui observe et étudie les cartomanciennes, c'est que, si on le leur demande, elles abandonnent volontiers les cartes pour divers autres moyens mantiques, la chiromancie surtout, Vastrologie quelquefois et souvent la lucidité directe et toute pure.

Je connais plusieurs cartomanciennes qui, ayant disposé leurs cartes et donné quelques indications générales sur l'individualité consultante, se mettent spontanément en hypnose et à l'aide d'hallucinations visuelles précisent et développent ce qu'elles n'ont fait qu'indiquer à l'état de veille.

Un certain nombre de cartomanciennes, d'ailleurs, réservent des rendez-vous pour des séances de somnambulisme lucide.

Il semble donc, pour ces divers sujets, que l'emploi des cartes soit superflu.

La première cartomancienne que j'ai approché, Mme F..., présentait cette particularité, une fois les cartes étalées, d'attendre toujours un certain temps avant de faire réponse aux diverses questions posées. Non pas qu'elle en cherchât la solution dans les combinaisons des cartes, mais elle paraissait plutôt plongée dans une forte distraction et n'avoir pas entendu ce qu'on lui demandait.

Comme je l'interrogeais sur le motif de ce retard à répondre :

« ...Je mets un peu de temps à vous répondre, parce que je suis obligée d'attendre que mon esprit veuille bien me le dicter... »

« — ...De quel esprit me voulez-vous parler ?

« ...De mon guide qui arrange les cartes et qui me com-

munique les révélations que je vous fais, car ce n'est pas moi qui en suis l'auteur, c'est lui... »

« — ...Et comment votre guide communique-t-il avec vous?

« ...Il me parle à l'oreille, j'entends sa voix comme la vôtre et je ne fais que répéter la réponse qu'il fait à vos questions... »

Fort bien ! Je me retrouvais en territoire connu et j'étais satisfait de voir se simplifier le problème, en apprenant de la bouche même du sujet ce dont j'étais déjà convaincu. L'objectivation des images mentales auditives, par lesquelles sa subconscience répondait à ma question, faisait croire au sujet qu'il entendait une voix venant du dehors, et du même coup il attribuait cette voix à l'esprit désincarné dont il se croyait inspiré, sans plus s'inquiéter du contre-sens qu'il y avait à penser qu'un esprit pur puisse parler !

Tôt après, j'eus chez Mme K..., d'une autre façon, la confirmation de l'inutilité du rôle des cartes en divination. Ce fut le hasard qui me la procura.

Suivant la coutume des cartomanciennes, Mme K... me dit, à la fin d'une séance, qu'elle allait consulter ses cartes pour la personne à qui je penserai. Je coupais donc le jeu, rituellement, c'est-à-dire de la main gauche et dans le tas des cartes tournées au tapis je choisis le nombre exigé, cependant que je me représentais mentalement la personne devant servir d'objectif à la divination.

Dès qu'elle eût disposé le jeu, Mme K... se mit, en effet, à me parler de cette personne de façon, ma foi, très claire et très exacte. Après quelques minutes, la jugeant bien sur la voie, je cessais de concentrer ma pensée sur la personne en cause. Mme K... n'en continua pas moins de de m'en parler...

Quand, brusquement, me vint le regret de n'avoir pas

fait exercer la science de l'augure de préférence sur un de mes amis dont la vie présente était si mouvementée qu'il y aurait eu, de ce fait, bien meilleure matière à expérience.

Or, à peine cette pensée eut-elle occupé mon attention que la cartomancienne cessa de me dire des choses concernant la première personne pour ne faire que des révélations concernant exclusivement la seconde. Les existences de ces deux personnes étaient si différentes que le sujet dut bientôt manifester son étonnement du dédoublement bizarre qui semblait exister dans l'unique individualité qu'elle croyait traduire.

Et, cependant, les combinaisons des cartes s'étaient effectuées comme en réponse à mon premier désir mental. Leur but était franchement déterminé. Il avait suffi que ma pensée changeât d'objet pour qu'aussitôt le sujet se mît à parler de l'objectif nouveau, malgré qu'il semblait continuer la lecture symbolique des cartes.

Et cela eut lieu pour deux êtres si distincts que rien entre eux n'était commun, ni l'âge, ni l'intellectualité, ni le caractère, ni le milieu social, ni la profession, ni la situation matérielle, ni la nature des préoccupations actuelles, etc., leur parallèle n'aurait donné que des dissemblances. Il m'aurait été difficile, le voulant, de choisir deux hommes aussi totalement différents.

Depuis, j'ai observé chez les cartomanciennes autant de fois que je l'ai désiré, cette influence de la pensée du consultant sur la direction de leur lucidité et j'ai accumulé tant de preuves de l'inutiUté de la doctrine cartomantique, que je puis avancer que, si les cartes ont un rôle dans la divination, ce rôle n'est certainement pas de fournir directement des connaissances.

Voici une justification de la valeur mantique des cartes, se dressant nettement devant mes assertions. Je l'extrais d'un petit livre d'une des bonnes cartomanciennes de Paris.

« Les cartes dont je fais un usage quotidien soulèvent un « problème qu'il est intéressant de discuter et d'élucider.

« A première vue, il semble inutile de se servir des cartes « et pour employer V expression consacrée, de tirer les cartes, « lorsqu'on possède cette faculté de voyance qui, par le seul « fait du contact d'une personne, vous révèle les particularités « les plus secrètes de son être et de sa vie. Que peuvent ajouter « les cartes, nous dit-on à cette vision des choses ? (1)

« Il est bien entendu, avant toute autre réponse, que j'écris « ces lignes pour les personnes qui croient au langage mys- « térieux des cartes, qui en ont expérimenté^les révélations « parfois étonnantes et qui se sont inclinées devant la valeur « incontestable de ce procédé de divination,...

vi... Maintenant, si l'on me demandait la raison philoso- « phique du langage des cartes, si l'on voulait savoir comment « il se fait que ces petits morceaux de carton, diversement a coloriés d'images connues, matière inerte et passive, parais- « sent prendre une âme et se ranger dans un ordre intelligent, « lisible, compréhensible, je répondrais nettementjque je n'en « sais rien et que le membre le plus savant de l' Institut l'i- « gnore aussi bien que le commun des mortels...

« Si j'osais émettre une hypothèse explicative, je dirais « qu'il y a peut-être là un influx magnétique de la personne « qui nous consulte, sur l'ensemble des cartes du jeu.

« A son insu, elle coupe le jeu là où elle doit couper, elle « choisit elle-mJme les cartes qui formeront la base de la con- « sultation.

t( Elle s'imagine évidemment tirer au hasard, mais tout « être intelligent sait que le hasard n'existe pas. Dites qu'il y a « des forces que vous ne connaissez pas, des lois que vous igno- « rez, des phénomènes que vous n'expliquez pas, des coinci- « dences que vous ne comprenez pas, ne parlez pas de hasard, « mot vide et creux qui cache l'ignorance.

(1) La question est fort bien posée. Le lecteur va voir comment cette femme intelligente y fait répons©.

« Non, on ne tire pas au hasard.

« Une force cachée conduit votre main ici plutôt que là, « vous fait amener à la lumière telle carte plutôt que telle autre. « Et c'est évidemment dans cette force que réside tout le mys- « tère des cartes... »

Donc, d'après Mme D..., cartomancienne intelligente et dont j'ai pu apprécier la clairvoyance réelle, les cartes ont une valeur significative indiscutable. Elle est cartomancienne et bonne clairvoyante. Son affirmation opposée à la mienne devrait même l'emporter dans l'esprit du lecteur, sous le prétexte qu'elle doit mieux savoir que moi ce q»ii se passe en son esprit. Or, Mme D... va me fournir elle-même la preuve du contraire.

A l'en croire, donc, les cartes imposent leur langage et il semblerait qu'une fois leurs combinaisons organisées suivant une sévère méthode, la cartomancienne ne doive plus ensuite que faire appel à sa science et appliquer ses connaissances doctrinaires ; la qualité de la cartomancienne étant alors proportionnelle à ses connaissances et à la puissance de ses déductions.

■ Or, voici qu'un peu plus loin Mme D... écrit ces lignes qui détruisent totalement ce qu'elle vient d'affirmer et sont la confirmation complète de tout ce que j'ai dit :

« ...Mais, je me hâte de dire qu'ici encore il faut une in- « tuition puissante qui vient aider aux révélations matérielles « des cartes.

« Supposons le feu soumis aux interprétations de deux « cartomanciennes, Vune n'en tirera qu'une vague lecture « qui n'éclairera rien, Vautre, au contraire, saura découvrir, « sous le symbolisme des cartes, des choses d'une netteté ab- « solue, capable de satisfaire les plus difficiles...

« Pour ce qui me concerne, je ne lirai pas de la même « manière le même feu amené par deux personnes différentes.

« Les cartes, tout en étant les mêmes, me parleront un lana gage que j'interpréterai différemment, en obéissant à cette « sorte d'instinct visuel qui creuse un ahime entre la carto- « mancienne d'occasion et celle qui, par une longue et stu- « dieuse pratique, est arrivée à la maîtrise absolue de son art...

« ...On voit par là combien il est insensé de vouloir faire « de la cartomancie en s'attachant au sens particulier de « chaque carte, tel que les traités spéciaux Vindiquent, en lais- « sant de côté Vintuition personnelle.

« N'est-il pas évident qu'on n'obtiendra jamais ainsi que « des résultats illusoires, qui ne satisferont personne. »

Et quelques pages plus loin, à propos des tarots :

« ...Et encore, il faut dire des tarots ce que je disais des « cartes ordinaires, au chapitre précédent. Sans intuition « personnelle, sans faculté native, sans instinct de divina- « tion, bref, sans le don, on n'arrivera à rien qu'à des erreurs « sans nombre ou à des insignifiances désolantes. »

Pour faire plaisir à Mme D..., j'admettrais donc, volontiers que la cartomancie est une science étonnante à la condition qu'on possède une intuition puissante qui permette de n'attach?r aux cartes aucun sens particulier. Autrement dit, que les cartes ont si peu d'importance en cartomancie qu'autant vaut n'en pas parler !

Entièrement divisés tout d'abord, nous voici, Mme D... et moi parfaitement d'accord.

D'ailleurs, il n'y aurait qu'une seule explication possible de la cartomancie, si elle existait. Le consultant choisirait inconsciemment les cartes dont les combinaisons seraient susceptibles de traduire par leur symbolisme conventionnel les connaissances qui sont consciemment et surtout subconsciemment en lui.

Mais, pour cela, il faudrait que le cerveau du consultant soit capable de lire les cartes tournées de dos, sans l'intermédiaire des veux.

Il faudrait que sa subconscience connaisse la science cartomantique dans la perfection, de façon à donner les cartes dans l'ordre nécessaire.

Il faudrait que la connaissance de la cartomancie soit innée dans la subconscience, parce que, presque toujours, le consultant ignore absolument cette science.

Il faudrait enfin que cette subconscience sache toutes les méthodes cartomantiques et de plus qu'elle prévoit celle que va employer l'augure du moment.

S'il est prouvé que, sans intuition, la cartomancie ne donne rien qui vaille, je me demande pourquoi accabler le subconscient du consultant de cette formidable puissance, alors que l'intuition du sujet, qu'il faut de toute nécessité admettre, suffit seule à tout expliquer ?...

Peut-être ont-elles cependant un rôle, les cartes, pour les cartomanciennes, mais ce n'est pas celui de leur fournir des connaissances.

Puisque nous imprégnons les choses d'un fluide inconnu qui sert aux sujets lucides psychomètres pour mieux percevoir nos individualités on pourrait, à la rigueur, penser que leur office est celui d'intermédiaire entre le sujet et son consultant.

Plus vraisemblablement, comme je le montrerai plus loin, elles sont un moyen obscur pour les sujets de fixer leur attention consciente et de permettre ainsi la libération du psychisme subconscient qui est la condition de la lucidité. »

2° LES CHIROMANCIENNES.

Après l'emploi des cartes, la chiromancie est certainement le moyen de divination le plus utilisé par les augures professionnels.

Mais, il ne s'agit plus là d'une science participant à l'origine théosophique des autres mancies. Constituée par l'apport des observations de toutes les époques, elle offre la garantie d'une base purement anthropologique, puisqu'elle puise exclusivement dans un individu déterminé les éléments d'appréciation le concernant.

Née, croit-on, dans la vieille civilisation hindoue, cette science se dispersa plus tard dans tout l'Orient civilisé : la Chine, le Thibet, la Chaldée, l'Egypte, la Judée, la Grèce...

Les savants de l'antiquité la tinrent en haute considération : Ptolémée, Platon, Aristote, Gallien, Avicenne, Averroès, Albert le Grand... l'étudièrent et la cultivèrent.

Mais son passage à travers les croyances des peuples divers enveloppa sa somme d'acquisitions empiriques de systèmes explicatifs, de conceptions astrologiques et d'une terminologie qui lui forment encore aujourd'hui une épaisse gangue sous laquelle sont cachées de très sérieuses et intéressantes connaissances, tels des fragments d'or ou de diamants que la nature enfouit en de vils blocs de terre.

Aussi, comme pour l'intuition, le monde savant s'estil tenu à l'écart de la chiromancie, la parure astrologique de celle-ci, comme l'allure magique de celle-là abritant sous l'apparat de vieilles croyances des connaissances pouvant être objets de science.

Je me suis, personnellement, beaucoup intéressé à la chiromancie et je puis affirmer que, si elle est loin de permettre les révélations que certains sujets purement intuitifs semblent en tirer, elle vaut beaucoup mieux que la suspicion dans laquelle elle est actuellement tenue.

Obhgé de parler de cette science en raison seulement de ses relations apparentes avec l'objet de cet ouvrage, par conséquent très superficiellement, je vais, en quelques pages et le plus brièvement possible, exposer les sources

et la nature de ses connaissances, puis examiner si elles légitiment la possibilité des révélations que font, ordinairement, les chiromanciennes.

Etymologiquement, la chiromancie peut être définie : divination par la main.

En réalité, la science chiromantique utilise d'autres données que celles que la main peut fournir.

La somme des acquisitions empiriques de la chiromancie est faite de quatre groupes d'éléments, dont les adeptes de cette science se servent, exclusivement, comme départ de leurs déductions.

1° Le type humain dominant, c'est-à-dire le tempérament physico-moral de chaque être humain, correspondant à une morphologie individuelle bien déterminée. Car, à l'aide d'observations transmises d'un siècle à l'autre, les anciens étaient arrivés à diviser l'humanité en sept catégories de types individuels absolument distincts, ayant chacun un aspect physique, un caractère, des tendances intellectuelles, un tempérament, des prédispositions morbides propres à son type particulier, et bien tranchés.

Ces sept types humains purs sont relativement assez rares, on les rencontre cependant. Par leurs diverses associations en chaque individu ils produisent la diversité indéfinie des corps et des mentalités. De même que les sept couleurs fondamentales du spectre solaire, par la variété de leurs mélanges, donnent naissance à toutes les couleurs que nos yeux peuvent différencier.

Ceux qui voudraient avoir un aperçu de cette correspondance psycho-physique de la morphologie humaine telle que l'observation des savants de l'antiquité l'avaient édifiée, en trouveront l'exposé dans deux ouvrages sur la chiromancie d'Ad. Desbarolles : « Les mijstères de la main » édition Garnier, « Les révélations complètes des mystères de

la main » édition \'igot et dans un article très clair de M. Emile Magnin paru en décembre 1911 dans le Journal du Magnétisme et du Psychisme expérimental.

Mais ils trouveront l'exposé de ces très intéressantes connaissances enveloppé d'une terminologie et de conceptions explicatives qui ont accompagné la chiromancie depuis son passage en Grèce.

Chacun des sept types humains primordiaux porte le nom d'un dieu : type Jupiter, Saturne, Mercure, Mars, Lune (Artémis), Vénus, Soleil (Apollon).

Le lecteur qui se reportera aux descriptions des types humains, tels que Desbarolles les a reproduits d'après la doctrine chiromantique et ses observations personnelles, n'aura aucune peine à reconnaître en eux les sept dieux grecs ci-dessus, avec leurs caractères et la forme de leurs corps, tels que nous en avons pris connaissance par la statuaire et la littérature grecques. Et, en réalité, ces sept types humains ne sont autre chose que les canons physicomoraux que les Grecs, profonds observateurs, avaient nettement différenciés, puis déifiés, rendant ainsi permanentes des réalités anthropologiques exceptionnelles.

Le nom des dieux grecs ayant, postérieurement, servi à dénommer les planètes du système solaire, il arriva que les kabbalistes, sans s'inquiéter de l'origine de la terminologie planétaire, firent de chacune des sept planètes la cause déterminante des sept types humains. C'est pourquoi les livres de la chiromancie parlent de ces différenciations anthropologiques sous les noms de types planétaires, signatures astrales, etc..

Si on ne se préoccupe pas de leur aspect mythologique ou astrologique, ces types humains primordiaux méritent vraiment l'attention des biologistes, car le problème sub.siste toujours de leur cause, de leur répartition ethnographique et des lois [présidant à la production des innombrables types mixtes.

Chacun des types primordiaux est si tranché et possède des propriétés physiques et morales si particuHères, que l'aspect d'une personne quelconque, en raison de la connaissance qu'elle permet du type qui prédomine chez elle, suiïit pour que le chiromancien puisse déjà révéler ses tendances, ses prédispositions et son tempérament, dans leurs lignes générales.

Et voilà, ainsi, pour lui, une source de connaissances totalement indépendantes de la main, et qui sera cependant la base et le guide de toutes ses déductions.

2° La forme générale de la main (Chirognonomie). Si la connaissance du type dominant, en chaque individu, donne les caractères psycho-organiques propres à son type, la forme de la main vient ensuite fournir des significations plus intimes, en opposant aux tendances et prédispositions les réactions particulières morales et affectives qui les accentuent ou les modifient.

Cette notion des correspondances psychiques d'après la forme générale de la main est d'acquisition relativement récente. C'est le capitaine d'Arpentigny qui, vers 1857, en enrichit la science chiromantique. Il publia à cette époque les résultats de vingt années d'observations et de recherches dans « la Science de la Main » « livre clair, précis, qui a le grand avantage d'être à la portée de tout le monde, d'appeler les choses par leur nom, et de ne pas viser au merveilleux » (1), livre difficile à se procurer de nos jours et qui fut très goûté.

Les adeptes de la chiromancie mirent à profit ces nouvelles données par lesquelles l'être humain révèle à l'œil exercé un peu plus de lui-même.

3° La forme des régions de la paume de la main. Tous les accidents de la paume de la main : saillies, méplats, dépressions, lignes principales , territoires délimités

(1) Préface de ce livre par H. Gourdon de Genouillac,

par les lignes, etc., ont une signification psychologique codifiée ; cette morphologie régionale dépendant, d'après la doctrine chiromantique, des caractères physiques et mentaux de chaque individu.

Et, ce que révélaient en gros les éléments ci-dessus au chiromancien, ces dernières données viennent le confirmer, le compléter, en lui permettant d'exposer plus en détail les formes particulières du confht, dans un être déterminé, de ses sentiments, de sa raison et de son activité, sa formule réactionnelle synthétique résultant de l'analyse des inter-influences de ces forces : la pensée qui désire, la volonté qui décide et l'activité du corps qui exécute.

La morphologie du corps de l'homme et plus particulièrement de sa main pourrait donc, jusqu'à un certain point, donner de sérieuses indications sur la meilleure utilisation possible de son potentiel physico-moral.

L'intérêt spéculatif et pratique de ces acquisitions anthropologiques avait fixé l'attention de deux psychologues éminents.

M. Alfred Binet se convainquit de la valeur des notions chiromantiques, limitées à l'analyse psychologique, en expérimentant sur des séries de mains d'enfants, avec l'aide d'une chiromancienne remarquable. Mais l'intuition profonde de ce sujet enlève toute portée probative à ces expériences, parce qu'il est impossible de faire, en ce cas, les parts respectives de la lucidité et de la doctrine.

En collaboration avec M. Binet et aussi pour son compte personnel, le docteur Vaschide s'attacha à l'étude des significations psychologiques de la main. Les résultats de ses expériences et recherches furent publiées dans un livre « la Psychologie de la Main » dont j'extrais ces quelques phrases pour fixer le lecteur sur les conclusions des investigations de cet auteur :

« ...Nous avons précisé dans les autres chapitres comment la physionomie de la main peut être capable de nous révéler le caractère, la nature de V individu, et de nous donner vaguement quelques indications sur V avenir. Il y a beaucoup d'observations remarquables dans la littérature des sciences occultes, on y rencontre un grand nombre d'observations judicieuses et précises, malgré le pédantisme et l'obscurantisme qui voile le jugement de tous ces auteurs ! Les lignes et leur topographie n'ont pas été déterminées au hasard... »

« ...Nous avons vu que les maladies, les troubles physiques modifient essentiellement la physionomie de la main et que ces modifications n'échappent pas à un œil exercé, à un clinicien même maladroit et novice. Pourquoi ne pas admettre alors que les coefficients psychiques laissent des traces et personnalisent tout cet organe essentiellement sensible?... »

« ...Sans crainte d'outrepasser les bornes de nos connaissances scientifiques, nous pouvons dire que la main peut fournir des notions suffisantes sur le caractère individuel. Ne sait-on pas que, même dans le sommeil et les états subconscients, la main peut gesticuler, se modifier, vivre, en d'autres termes, nos états d'âme, de sensibilité?... »

« ...Si l'on tient compte, d'autre part, de la variété des mouvements et de la nature si différente des territoires innervés, on arrive à comprendre quel alphabet constitue la main, quelle clef elle est de la pensée humaine, quel langage elle mime en dehors de notre savoir ... )^

a ...Il y a une adaptation motrice de toutes nos secousses psychiques, de toute notre rumination mentale, et il reste, il doit s'imprimer nécessairement des traces dans tous les tissus aponévrotiques , articulaires, tendineux\etjnusculaires, tissus sensibles et riches en vaisseaux sanguins et en filets sensitivosensoriels. »

En préface du livre où je puise le jugement du docteur Vaschide, le professeur Charles Richet écrivait :

« ...Certes, on ne doit pas tomber dans V erreur des chiromanciens gui croient pouvoir, par V étude des lignes de la main, pénétrer les plus subtiles délicatesses du caractère, voire même prévoir les événements futurs et retrouver les événements passés les plus insignifiants. Je doute fort qu'on puisse jamais, en regardant la main d'un individu, prédire qu'il sera, dans deux ans, frappé par la foudre, ou qu'il a mis jusqu'ici deux morceaux de sucre dans son café. Ce sont là des enfantillages qui, non sans raison, prêtent à rire et qu'il faut laisser aux baraques de foire.

Cependant, reconnaissons qu'il y a à chaque main une individualité bien nette qui se révélera à tous ceux qui sont perspicaces.

Il n'y a pas deux feuilles semblables parmi toutes les feuilles de la forêt : encore moins trouverait-on parmi toutes les mains humaines, deux mains identiques. Il y a des mains audacieuses et des mains timides, des mains sensuelles et des mains mystiques, des mains d'action et des mains de rêve. Il n'est pas douteux que la forme de la pensée n'exerce son influence sur la forme du corps. L'âme se reflète dans la structure de notre être, dans la physionomie, les traits du visage, et dans la configuration des mains... »

Psychologues et physiologistes s'accordent sur le principe de la signification psychologique de la main. Et, sur ces trois éléments d'information que je viens de citer, les chiromanciens professent même doctrine. Il n'en sera plus de même pour la dernière source de leurs révélations.

ApLes signes divers inscrits dans la paume de la mam(Ghirographie). Ici, nous entrons dans la chiromancie proprement dite, dans la divination. Car, c'est à l'aide des signes inscrits dans la paume des mains que les chiromanciennes prétendent nous révéler les multiples événements de nos existences, quittant ainsi la simple analyse psychologique,

pour la traduction des péripéties de la vie, à la manière des sujets lucides.

Toute la chirographie concourt à la divination : les lignes, selon leur longueur, la profondeur de leur tracé, leur direction, leur endroit de naissance et d'arrivée, etc., et toutes les variétés de signes : croix, étoiles, îles, points, carrés, etc., avec leurs sens divers suivant les régions où ils siègent et les lignes qu'ils accidentent.

Mais c'est dans l'interprétation de tous ces symboles que divergent les auteurs de livres de chiromancie et les chiromanciennes. Ici, l'accord est si loin d'être fait et la doctrine reste si flottante, qu'il n'est pas rare de voir donner deux significations absolument contraires aux mêmes signes.

De sorte qu'à juger la chiromancie sur cette apparence, on serait en droit de la scinder en deux parties de valeur très inégale :

L'une constituerait un chapitre de l'anthropologie et ses éléments acquis paraîtraient indiscutables.

L'autre serait une fallacieuse science n'offrant aucun point d'appui aux déductions rationnelles et n'ayant do divinatoire que sa prétention.

Cependant, il m'a été donné d'observer, en ce qui concerne les bonnes chiromanciennes, que malgré les sens très variables accordé? aux signes, malgré des différences de méthodes allant jusqu'à la lecture des lignes principales en sens inverse pour la traduction du cours de l'existence ; que malgré cela, leurs révélations, dans leur ensemble et leurs successions, concordaient de façon bien satisfaisante.

Pourquoi cette conformité dans les résultats, avec une doctrine aussi peu consistante ?

C'est qu'à quelques très rares exceptions près les chiromanciennes sont des sujets lucides croyant puiser dans l'examen des mains les images mentales qui leur viennent d'intuition.

Et ainsi s'explique qu'il importe peu que les symboles palmaires aient un sens précis, puisqu'ils ne leur sont réellement d'aucune utilité.

Ainsi s'explique que ces sujets ne soient jamais au bout de leurs révélations et qu'à chaque séance nouvelle ils puissent en faire d'autres et parfois sur des choses de si minime importance que si toute la suite de l'existence devait être ainsi marquée sur nous, la surface de toute la peau du corps n'y suffirait pas.

Ainsi s'explique que la plupart de ces sujets disposent d'autres moyens mantiques : cartes, horoscope, et même somnambulisme. Qu'importe le procédé puisque c'est toujours la lucidité intuitive qui fait les frais de la divination !

Ainsi s'explique que les auteurs de livres de chiromancie soient aussi divisés dans leur doctrine que ceux qui la pratiquent. Se documentant auprès des chiromanciennes, parfois étonnantes d'intuition, ils en obtiennent une consciencieuse mais très fantaisiste appréciation du sens des symboles palmaires, qu'ils exposent ensuite avec beaucoup d'autorité.

N'ont-ils donc vraiment aucune signification, ces signes qui peuplent l'intérieur de nos mains ?

Ou bien, s'ils en ont une, la clef s'en est-elle perdue à travers les peuples et les siècles ?...

J'aurais refusé toute signification divinatoire aux signes gravés dans les mains si, comme je l'ai dit ailleurs, je n'avais rencontré Mlle Passerieu-Desbarolles qui, sans intuition, mais avec une instruction puisée à bonne source et une longue pratique, m'a fourni la preuve que, par déductions pures il est possible de prendre connaissance de l'évolution d'une existence humaine, dans les grandes lignes de ses composantes.

Mais, il faut bien savoir que les indications divinatoires dont la chiromancie est capable ne ressemblent en rien à celles que font les sujets lucides.

En une séance, une chiromancienne strictement et vraiment doctrinaire, liquide tout ce qu'une main peut contenir d'indications sur la marche générale d'une vie.

Ceux qui prétendent en tirer au jour le jour, la chronique de l'existence sont ou bien des imposteurs ou bien des sujets intuitifs croyant puiser dans la main les idées qui jaillissent de leur subconscience.

Mme Fraya, chiromancienne et graphologue est un parfait exemple de ces derniers.

Tous ceux qui ont eu recours à sa remarquable clairvoyance savent qu'elle emploie deux procédés comme appuis de ses révélations : ou bien la main du consultant qu'elle tient en les siennes et regarde avec une loupe, ou bien, s'il s'agit d'une personne absente (voire présente) un morceau de papier couvert de son écriture, une lettre.

Et c'est bien, en ces conditions, une chiromancienne et graphologue prodigieuse ! Le parti qu'elle tire de ces deux sciences stupéfie ceux qui les connaissent le mieux.

Le principe de la graphologie est vrai, il repose sur une base solide, scientifique, inattaquable et que les physiologistes ont établie définitivement en démontrant le retentissement des émotions sur les gestes. Les expériences de Ch. Richet et Héricourt sur la transformation de l'écriture en hypnose, selon les changements de personnalité suggérés, ont fait la confirmation expérimentale de l'influence de la pensée sur l'écriture. La graphologie est une science véritable.

Mais, ceux qui l'ont établie, comme ceux qui l'ont simplement apprise, peuvent tout au plus, par l'examen d'une écriture, suivant son allure générale et l'analyse des détails, signaler quelques-uns des points culminants d'un caractère.

Or, Mme Fraya y lit non seulement la psychologie très fouillée du scripteur, mais aussi certains événements de sa vie passé, ceux qui préoccupent sa vie actuelle, quelques-

uns de sa vie future. Elle y trouve la description de personnes, de lieux, de scènes ; et, membre par membre, toute la famille de l'auteur surgit souvent des lignes.

Que Mme Fraya connaisse la graphologie, soit ! mais entre ce que cette science permet aux autres et ce qu'elle permet à elle, il y a un abîme !

En outre qu'il ressort surabondamment des faits que la forme de l'écriture ne peut lui être d'aucune utilité pour ce qu'elle y trouve, je me suis assuré de cela à l'aide de quelques subterfuges qu'elle me pardonnera. Le dernier en date est celui-ci :

Je traçai, un jour, de la main gauche, quatre lignes d'écriture, tout en m'efîorçant de changer tous les détails qui ont un sens psychologique. Et je priai une dame, inconnue de Mme Fraya, de lui demander de vouloir bien parler sur l'auteur des lignes écrites.

Et il faut savoir que j'écrivais de la main gauche pour la première fois. Le truquage consciencieux de chaque lettre ajouté à la grossièreté de l'ensemble formaient un gribouillis devant lequel meilleur graphologue aurait fui.

Dès que lui fut présentée cette bizarre écriture, Mme Fraya se prit à rire et déclara qu'il lui était impossible de faire une analyse avec une écriture aussi intentionnellement rendue difforme.

Mais, comme la dame insistait, Mme Fraya lui dit : « Je veux bien, pour vous faire plaisir, essayer de vous dire quelque chose sur la personne dont vous me présentez l'écriture, mais, ce que je puis dire en pareille condition sera nécessairement incomplet. »

Et, immédiatement, elle se mit à parler d'abondance, sans nul effort, sans la moindre hésitation, cependant que la dame écrivait sous sa dictée, mot pour mot, suivant ma recommandation.

Il en sortit un petit chef-d'œuvre de psychologie,

comme à l'ordinaire, et, de plus, des révélations très nettes sur ma vie actuelle et quelques-unes sur ma vie prochaine, qui m'avaient été faites à d'autres moments, par elle et par d'autres sujets.

Et comme cela se passait au début d'une séance, la dame demanda alors à Mme Fraya une consultation pour elle-même et lui tendit ses mains.

Et celle-ci, après avoir signalé et précisé la vie actuelle de sa consultante, se mit ensuite à lui parler de diverses personnes de sa famille. Quand arriva le tour du mari, et qu'elle brossa sa psychologie et exposa son existence prochaine et du moment, ce fut, en résumé et en raccourci, la reproduction de la consultation graphologique faite quelques minutes auparavant..., le mari de la dame, c'était moi.

Si quelques lignes d'une écriture dénaturée et informe permettent à Mme Fraya la perception d'une individuahté humaine absente, est-il bien nécessaire de discuter ce qu'elle tire de la doctrine chiromantique, lorsque cette individualité touche directement l'être à traduire ?

N'est-il pas évident que le papier écrit lui sert d'objet psychométrique et que la main tenue est le meilleur moyen de mise en communication inter-psychique ?

En différentes séances, j'ai d'ailleurs pu observer que le même signe palmaire lui servait pour différentes révélations et sa science chiromantique m'est apparue sujette à de bien notables modifications. Elle a sa chiromancie à elle, comme la plupart des autres chiromanciennes.

Fort souvent il lui arrive de parler sans regarder les mains ou de façon très distraite.

En lui donnant une main, paume en dessous ou bien en lui faisant seulement toucher une lettre sans qu'elle puisse en voir l'écriture, la perception qu'elle ferait de l'être en cause n'en serait nullement diminuée.

Je pense aussi que sa loupe ressemble beaucoup à la boule de cristal, monde de lumière propice à l'évocation des fantômes de l'imagination.

Que ]\lme Fraya veuille bien me pardonner ce crochetage de sa mentalité !

Je n'ai qu'une toute petite confiance en ses connaissances chiromantiques.

J'ai, par contre, une grande admiration pour sa magnifique intuition.

Et j'aime mieux, pour la psychologie, qu'il en soit ainsi.

On peut affirmer qu'il en est de même pour la très grande majorité des chiromanciennes. Peu savent vraiment la chiromancie. Ce sont des sujets intuitifs.

Elles valent ce que vaut leur intuition.

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