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LES ASTROLOGUES

L'astrologie est une science divinatoire fondée sur l'observation des astres et des phénomènes célestes. Son principe veut qu'à l'heure où l'enfant vient au monde, il subisse l'influence des astres.

Pour déterminer cette influence sidérale sur l'être humain, les astrologues durent doter les astres des qualités spéciales à leurs particulières influences. Et comme cette influence était nécessairement complexe, pour en établir l'effet, il fallut codifier les significations augurales de toutes les combinaisons possibles.

Deux catégories d'astres furent utilisées par l'astromancie :

Les constellations d'étoiles fixes annuellement parcourues par le soleil'. Elles furent symbolisées par les douze signes du zodiaque.

Et, en outre du soleil lui-même, six planètes de son

système : la Lune, Vénus, Mercure, Saturne, Jupiter et Mars.

On conçoit que les rapports entre les étoiles fixes et les planètes errantes, variant à chaque instant, il s'ensuit un nombre indéfini de combinaisons et par conséquent d'influences.

C'est l'état du ciel déterminé au moment décisif (celui de l'influence) qui permettrait de présager la destinée d'un être humain, d'établir son horoscope : de connaître la durée de sa vie, ses aptitudes, ses qualités, ses passions, les événements de son existence, ses jours propices et ceux néfastes, etc.

L'astromancie a comme postulat le caractère éphémère de l'influence astrale, car, si cette influence s'exerçait à chaque moment de la vie, il n'y aurait pas de divination possible.

Il fallut donc admettre qu'il y avait, dans la vie, un moment précis où l'être humain recevait des astres, d'un coup et pour toujours, l'impulsion de toute sa destinée.

Mais quel était ce moment ?

Fondement de l'astrologie, il ne fut cependant pas immuable. Pendant des siècles, il fut considéré comme étant celui de la naissance. Mais il faut croire que les présages par les astres amoncelèrenti des déceptions, puisque cet instant fatidique fut remonté jusqu'à la conception.

Cette oscillation dans la base aurait dû donner une mauvaise opinion sur la solidité du monument.

Parmi les sciences mantiques de l'antiquité, la divination sidérale a tenu la plus large place.

En France, jusqu'au xvi® siècle où elle atteignit son apogée, son prestige fut grand, malgré les persécutions de l'Eglise. Chaque prince avait un astrologue à sa cour. Louis XI eut Galeotti et Catherine de Médicis le fameux Côme Ruggiéri.

Mais avec le xyiii^ siècle, la croyance dans l'influence des astres disparaissant, cet art divinatoire, incapable de se soutenir par ses propres moyens, perdit sa splendeur séculaire et sa décadence fut complète et rapide.

Rares sont, de nos jours, les adeptes de l'astrologie. Il en subsiste néanmoins.

Ce sont : ou bien des professionnels de l'horoscope, descendants directs des vieux astrologues.

Ou, le plus souvent, des sujets lucides convaincus de puiser dans la pratique de cette science les révélations qui leur viennent exclusivement de leur intuition.

Ou des farceurs, soucieux seulement d'exploiter les derniers croyants en cette science.

Ou quelques très rares amateurs, faisant de l'astromancie pour leur satisfaction personnelle et parvenant à se convaincre de la légitimité de cet art divinatoire...

J'ai beau me plonger dans la plus sévère réflexion, je ne puis parvenir à concilier l'exactitude astronomique que réclamerait la complexité des influences astrales, avec l'incertitude absolue où sont les astrologues du moment précis où cette influence est capable de déterminer l'individualité d'un être et sa destinée !

Car, il est d'abord de toute évidence que la minute de la naissance ne peut pas être ce moment décisif, l'enfant étant déjà en possession des qualités physiques de son corps et particulièrement de son cerveau, de tout son atavisme, de son tempérament, voire de maladies héréditaires, de malformations congénitales conditionnant peut-être une mort prochaine, etc..

Rien n'est, d'ailleurs, moins précis que le moment de la naissance. C'est le plus souvent un quart d'heure et plus, après l'enfant venu, que l'entourage de la parturiente songe à regarderl'horloge, laquelle ne marque jamais l'heure astronomique.

En raison du flottement de la minute décisive, deux enfants nés dans un même moment, deux jumeaux par exemple, devraient avoir une existence à peu près identique. Or, il n'en est rien et j'ai pu, pour ma part, constater entre enfants nés dans le même instant, une inégalité de destinée se traduisant par la mort de l'un, cependant que l'autre continuait de vivre ; et je ne crois pas qu'il puisse y avoir deux sorts plus différents !

Les astrologues comprirent si bien la nécessité de fixer à la conception le moment de l'influence astrale, qu'ils y recoururent avec l'espérance d'en obtenir des présages plus robustes. Mais comment fixer le moment de la conception ? Ils durent pour cela le supputer d'après celui de la naissance et l'imprécision du moment s'accrut.

Bizarre science, dont les adeptes ont dû abandonner le principe qui cependant avait présidé à l'établissement de sa doctrine ! Se croire en droit de pouvoir négliger les rapports stellaires de l'heure de la naissance, pour leur préférer ceux de neuf mois avant ! N'était-ce pas en user un peu légèrement avec le ciel et la doctrine ?

Au lieu de contester seulement les fondations, ne conviendrait-il pas de s'inquiéter surtout de la valeur de ce qu'on a construit dessus ?

Mais ce qui dépasse la limite de ce que la raison peut écouter sans vaciller, c'est qu'à n'importe quel moment, d'après certains astrologues, les rapports sidéraux sont en mesure de répondre aux préoccupations diverses de chacun de nous. Telles ont été les prétentions de beaucoup d'astrologues anciens, telles sont encore celles de quelques astrologues modernes. Ils appellent cela : « Vhoroscope horaire » !

Sans s'occuper de l'état du ciel au moment de la naissance, ils basent leurs révélations sur la position des pla-

nètes et du zodiaque à la minute précise où une question est posée !

C'est excessif !... déjà l'horoscope de la nativité entorsait le bon sens, mais celui-ci lui porte un coup définitif.

Je veux bien accepter que les astres (tous les astres) aient sur la constitution de notre être une influence de nature et d'importance inconnue, influence en collaboration avec celle de la terre qui ne doit pas être petite, et celle de nos parents, dont les astrologues semblent se peu soucier, etc.. Mais avoir l'outrecuidance d'affirmer que, dans un même moment, l'examen du ciel leur permet de répondre à toutes les diverses préoccupations de tous les hommes, cela dépasse toute mesure et atteint les confins de la fantaisie !

On a fait mon horoscope. Ce n'était pas incohérent ; les lignes générales de ma vie écoulée y étaient bien indiquées. Un astrologue qui obtiendrait régulièrement un aussi bon résultat aurait tôt fait de démontrer l'exactitude de sa science.

Mais je pus aisément me rendre compte que les auteurs de mon horoscope étaient de purs sujets lucides et que le ciel n'était pour rien dans leurs révélations !

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