DEVINS INTUITIFS SANS PROCÉDÉS MANTIQUES DOCTRINAIRES
Si, maintenant, on porte son observation sur les devins exclusivement intuitifs, c'est-à-dire ne prétendant pas tirer leurs révélations de l'une quelconque des sciences mantiques, on va rencontrer aussi parmi eux de très notables différences dans les conditions où ils exercent leur lucidité.
Certains sujets ne sont lucides qu'en état d'hypnose. Ils sont ordinairement désignés sous le nom de somnambules lucides (1). Mme M... est le prototype des sujets de cette catégorie.
(1) Et même somnambules extra-lucides, quand ils sont de mauvaise qualité; car il ne faut pas oublier que dans cette profesion la valeur des sujets est inversement proportionnelle à la bonne opinion qu'ils manifestent d'eux-mêmes.
Il en est naturellement de toutes valeurs. Sans parler des charlatans qui sont toujours à la remorque de toute profession d'apparence lucrative, j'en ai vu de toutes les qualités, depuis la plus douteuse jusqu'à la plus étonnante.
Les uns sont dans un sommeil assez superficiel et y conservent toute leur spontanéité. Ceux-là différent peu de certains sujets lucides à l'état de veille. D'autres sont plongés dans une hypnose assez profonde, du même étage que le somnambulisme classique. Ces derniers sont d'une utilisation plus délicate car ils sont davantage à la merci de la direction de leur consultant, lequel peut, par son ignorance de l'instrument psychique qu'il emploie, ou bien porter le trouble dans ses fonctions ou bien ne pas savoir en obtenir tout ce dont elles sont capables.
Beaucoup de sujets lucides le sont à l'état de veille. Ils paraissent être de deux sortes.
Qaelques-uns ont besoin, pour que leur lucidité entre en jeu, d'un excitant et ce moyen est divers. La fixation d'une boule de cristal, de la flamme d'une bougie, d'un objet brillant quelconque, etc.. de cartes, de mains... suffit pour que leur subconscience se mette en activité et que de fortes images mentales viennent donner la perception intuitive.
D'autres, plus rares, n'ont besoin d'aucun excitant psychique, la présence ou le contact du consultant est un suffisant stimulant. Ils parlent, en apparence, dans les mêmes conditions où tout le monde parle et l'intuition semble être pour eux une des formes de l'intelligence. Ce sont les sujets qui étonnent le plus, parce qu'ils paraissent posséder leur don étrange dans le même état où chacun de nous exerce sa réflexion.
Il est une autre catégorie de sujets lucides éveillés et qui sont lucides en dehors de toute ingérence des facultés conscientes, ce sont des automates de la lucidité. Leursub-
conscience exprime directement sa pensée et ils n'en prennent connaissance qu'en même temps que leur consultant. Tels sont les sujets lucides à tables frappantes, à planchettes, à écriture automatique, etc..
Les sujets lucides à tables frappantes imposent leurs mains sur un guéridon, comme cela se pratique dans les séances de spiritisme, et c'est la table qui répond aux questions posées, en soulevant un de ses pieds et en frappant sur le sol un nombre de coups correspondant au rang des lettres : 1 coup : a, 2 coups : b, etc..
Pour abréger la longueur de ce procédé, le sujet parfois prononce à haute voix successivement les lettres de l'alphabet et la table se soulève et frappe le coup exactement quand est prononcée la lettre à employer.
La planchette est un artifice analogue. Sur un tableau posé à plat sont tracés, en éventail, les lettres de l'alphabet et les chiffres et au-dessus est une planchette, montée sur pivot, large d'une main, et terminée par une pointe servant de flèche indicatrice. Le sujet lucide tient sa main appliquée sur la planchette qui entre en mouvement, dès qu'une question est posée. Il suffit de noter les lettres devant lesquelles s'arrête la pointe.
Ainsi se forment des mots, des phrases, qui peuvent constituer d'excellentes révélations si le sujet est, dans cette condition, un bon intuitif.
Les sujets lucides à écriture automatique ont sur ces derniers l'avantage de l'utihsation plus directe des signes de la pensée, puisqu'ils se tracent spontanément comme les mots semblent s'écrire d'eux-mêmes au récepteur d'un appareil télégraphique.
Au lieu de se servir du moyen conventionnel et très fruste employé par les sujets typtologues ou à planchette, les intuitifs à écriture automatique n'ont qu'à laisser leur main librement appuyée sur une feuille de papier blanc et
armée d'un crayon. Dès que la question est posée, la main en écrit automatiquement la réponse.
Certains de ces sujets ont des mouvements pour écrire si violents qu'il leur est pratiquement impossible de se servir d'un porte-plume et même d'un crayon. Ils en feraient une consommation terrible. Pour tourner à cette difficulté, ils mettent leur main sur une table, les doigts étant placés dans la position d'écrire et à mesure que les gestes graphiques miment les mots, le sujet en prend conscience et les exprime par la parole. La pensée intuitive se manifeste ainsi assez vite parfois pour qu'on ait quelque difficulté à écrire sous sa dictée.
Si l'on voulait épuiser tout ce qui serait à dire sur la diversité des sujets lucides, un ouvrage entier y suffirait à peine et un tel travail n'ajouterait rien au problème psychologique de la lucidité.
Aussi bien, arrêterai -je ici l'exposé de cette diversité apparente.
Ce que j'ai désiré, dans les pages qui précèdent, c'est indiquer la singularité augurale de chaque sujet et commencer à grouper ces unités intuitives éparses, si dissemblables à première vue.
Ce chapitre aura atteint son but si le lecteur sait maintenant qu'il y a, en apparence, deux classes de devins intuitifs.
1° Les uns croyant tirer leurs révélations de sciences mantiques.
2° Les autres ayant conscience qu'elles émanent de leur propre psychisme (totalement ou par inspiration) et qu'en réalité, ces deux classes de sujets doivent, psychologiquement, être fondues en une seule, les intuitifs, dont varient seulement les moyens d'excitation psychique et les croyances.
A mesure que le lecteur m'accompagnera plus avant, dans l'intimité de leurs mentalités, cette notion se consolidera dans son esprit.