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LES SPECIALITES EN LUCIDITE

La valeur des connaissance intuitives er^t, incontestablement, en relation directe avec celle de la sensibilité psychique des sujets. Mais la nature des connaissances est conditionnée, pour chaque sujet lucide, par l'activité particulière de son imagination. Car, si le sens intuitif est la première et nécessaire condition de la lucidité, ce sont les tendances de l'imagination qui déterminent ensuite le cadre de perception dans lequel s'exercera de préférence l'intuition.

Le lecteur sait, en effet, que les sujets lucides emploient différemment les six catégories d'images mentales selon leur tempérament Imaginatif. Les uns utihsent exclusivement une seule catégorie de ces images, d'autres plusieurs et d'autres toutes. Il sait aussi que chaque catégorie d'images n'est pas susceptible de représenter toutes les idées et que la pensée subconsciente, pour rendre conscientes les connaissances concernant toutes nos composantes, doit avoir recours à toutes les variétés d'images sensorielles, exception étant faite, naturellement, pour les images verbales qui peuvent représenter toutes les idées fixées dans le langage.

Le sujet, par exemple, qui ne disposerait que d'images tactiles, ne pourrait pas décrire un événement de la vie de relation et n'en percevrait, à la rigueur, que la résultante émotive ; mais, par contre, il prendrait aisément connaissance des états de la vie organique.

Même parmi les sujets utilisant plusieurs catégories d'images mentales, il est assez rare que leur imagination

n'ait pas une préférence pour les images de l'une de ces catégories, dont elle use avec plus d'habileté. Et cette préférence suffit pour que chaque sujet excelle particulièrement dans la traduction de l'une des composantes de l'individualité humaine. Car, je le répète, si l'on met de côté les images accessoires (gustatives, olfactives et même auditives), chaque catégorie d'images s'adapte à l'expression des états de l'une de nos composantes.

Les images visuelles procurent la représentation mentale de tous les états de la vie de relation ; elles seules en permettent une perception circonstanciée et la description.

Les images tactiles donnent, avec le plus de précision possible, la notion de maladie, puisqu'elles reproduisent provisoirement certains symptômes suffisant à en déceler l'existence et quelquefois la nature approximative. C'est la catégorie d'images qui convient le mieux pour .rendre conscients les états de la vie organique à des mentalités lion munies d'instruction médicale.

Les images verbales motrices se prêtent à la traduction de toutes nos composantes, mais particulièrement à celle des états de la vie psychique, les mots étant des symboles aptes à exprimer les idées les plus abstraites.

Il en résulte que de véritables spécialités sont ainsi imposées à la plupart des sujets lucides, par la prédominance des éléments représentatifs les mieux employés par leur imagination.

A considérer superficiellement la psychologie des sujets lucides, on serait porté à attribuer leurs spécialités à des différences dans leur sensibilité ; à croire que ceux qui perçoivent à peu près exclusivement les états de la vie matérielle, de la vie psychique ou de la vie organique, le font parce qu'ils sont seulement sensibles à l'un ou à l'autre de ces divers états. Et cela serait s'en tenir à la simple apparence et rester dans l'erreur.

Si je me suis eïïorcé, dans la première partie de cet ouvrage, d'analyser la mentalité particulière de Mme M..., sujet de type visuel, c'est parce que j'estimais que l'étude détaillée de son activité psychique devait constituer un enseignement très utile et donner la clef des procédés psychiques plus confus de tous les autres sujets. Or, en examinant la manière dont ce sujet percevait chacune de nos composantes, j'ai montré comment, malgré sa virtuosité à traduire les états de la vie de relation, sa lucidité fléchissait dans la traduction des autres composantes, parce que son imagination ne pouvait, à l'aide des seules images visuelles, présenter dans le champ de conscience, d'une manière aussi complète, d'autres états, ceux de la vie psychique surtout, qui, correspondant à des abstractions, doivent se représenter, mentalement, sous la forme d'images propres à les faire reconnaître. Chacun des chapitres où je montrais l'imagination visuelle du sujet aux prises avec les diverses idées subconscientes à exprimer, concourait à l'édification de ce principe de psychologie : ne parviennent dans le champ de conscience d'un psychisme lucide que les seules idées intuitives pouvant être représentées par les images mentales dont dispose son imagination.

Ce qui revient à dire que c'est la forme de l'imagination de chaque sujet qui conditionne les sortes de connaissances intuitives qu'il faut en attendre.

Les sujets visuels seront plus particulièrement des traducteurs d'événements de notre vie extérieure.

Les sujets tactiles percevront surtout les modifications de notre vie organique.

Les sujets à images motrices excelleront surtout dans l'exposé de nos états afîectifs et intellectuels.

Je vais envisager successivement chacun de ces trois types, spécialisés dans la perception d'une de nos composantes par la catégorie des images mentales utiUsées.

Il conviendra do leur ajouter un quatrième type, le {ijfx' mixte, comprenant les sujets qui, employant indistinctement, toutes les variétés d'images, peuvent, en raison de cela, percevoir les états de toutes nos composantes, sans prédispositions marquées pour l'une d'elles.

Et, très arbitrairement, je surajouterai aux types précédents, le type des sujets lucides à présages, les prophètes, car la prémonition semble si aisée à certains sujets lucides, qu'elle paraît constituer chez eux une sorte de spécialité.

Les spécialistes de la psychologie. — L'enfant naît avec un potentiel mental.

L'homme, à quelque moment de sa vie qu'on le considère, représente un moment déterminé dans l'évolution de ce potentiel affectif et intellectuel, évolution faite sous les influences incessantes de l'éducation, de l'instruction, de toutes les circonstances de la vie... qui amplifient, modifient, augmentent, amoindrissent, perfectionnent ou dévient les tendances, les prédispositions et les puissances primitives.

Aussi bien, l'analyse psychologique d'un être humain est-elle une œuvre de la plus grande complexité, car elle consiste à dégager des applications occasionnelles, ce qui est fondamental dans un caractère et dans une intelligence, à fixer, pour ainsi dire, le coefficient réactionnel d'une sensibilité et à expliquer, par ce qui est permanent en chaque être, les successives applications qui s'effectuent suivant la variété des influences reçues ou des circonstances.

Le psychologue qui veut fouiller une âme et en déterminer les ressorts, se trouve en présence d'un problème ardu et qu'il ne peut espérer convenablement résoudre. Ses investigations s'appuient sur les manifestations de l'individualité étudiée ; la matière de son analyse, c'est la vie extérieure de cet être, ses actes, ses paroles... Du dehors.

il fait l'assaut de la mentalité cachée. C'est très indirectement qu'il pénètre jusqu'à elle, en remontant des actes jusqu'aux mobiles psychiques qui en ont été les générateurs. Mais, restent ignorés : la nature, la force et l'importance d'apport des influences exogènes ou endogènes qui ont conditionné les actes. Et les résultats de l'observation objective, en raison de cette ignorance, sont viciés et ne peuvent ambitionner que l'approximation, et même une assez aléatoire probabihté.

Les variations de l'histoire sont de nature à mettre en rehef la difficulté de l'analyse psychologique. N'assistonsnous pas, particulièrement de nos jours, à la transformation des jugements portés naguère par d'éminents historiens sur des hommes illustres, lesquels, cependant, en raison de la notoriété de leur vie et du retentissement de leurs actions, semblaient devoir être connus et appréciés mieux que tous autres ? Cet écroulement de jugements qui paraissaient définitifs s'accompht à mesure qu'on reconstitue leurs véritables mentalités à l'aide de lettres, de mémoires mis au jour de la publicité, et qui correspondent à de plus ou moins sincères confidences. Encore les études psychologiques, qui se constituent ainsi, n'ont-elles qu'une valeur proportionnée à la franchise et à la rectitude d'observation de ceux qui révèlent ainsi l'intimité de leur pensée !

Pour qu'un sujet lucide puisse, inopinément et dans l'espace de quelques minutes, disséquer une mentalité faite de dispositions affectives et intellectuelles, de transformations lentes à travers le déroulement de l'existence ; pour qu'il puisse exposer la vie psychique d'un être à un moment donné de son évolution et en dresser le bilan, il faut que sa pensée intuitive se serve de la catégorie d'images qui seules peuvent le lui permettre : les images verbales, que les mots soient lus ou entendus, ce qui est exceptionnel, ou qu'ils soient exprimés automatiquement sous l'impulsion

d'images verbales graphiques ou d'articulation. Les mots seuls sont capables de servir de symboles souples et suffisants aux idées abstraites qui sont nos connaissances de tout ce qui touche la vie des sentiments et de l'intelligence.

Par d'autres moyens, l'imagination des sujets peut bien présenter à leur conscience des connaissances de cet ordre, mais elles sont alors plus- synthétiques, s'en tenant aux indications des dominantes. Il n'est plus question d'une analyse exposant le jeu des éléments psychiques ; le sujet définit mal une mentalité, parce qu'il n'est pas en mesure d'en montrer l'activité faite des influences qu'échangent, en proportions variables, la raison et l'affectivité.

Le sujet utilisant, pour traduire la vie psychique, des images mentales autres que celles représentatives des mots, ne possédera pas la forme d'imagination permettant la préexcellence en psychologie.

Grâce à l'éclectisme de son imagination qui recourt aux images motrices verbales, dès qu'il lui faut traduire la vie de l'esprit et du cœur, Mme Fraya, comme je l'ai dit ailleurs, est un type remarquable de sujet intuitif psychologue.

Dans cette application de la lucidité, le contrôle est immédiat ef excellent, puisque l'objet est la vie psychique de l'être présent qui, s'il ne se connaît pas toujours très bien, se connaît cependant le mieux.

Curieux est le contraste entre la difficulté insurmontable d'une exacte analyse psychologique, par tous moyens ordinaires, et la facilité avec laquelle Mme Fraya, en quelques minutes, sans aucun temps de réflexion préalable, fouille et expose la mentalité d'une personne entièrement inconnue d'elle et avec le seul appui apparent de l'examen des mains.

« ...Je n'oublierai pas, écrivait le docteur Vaschide, la surprise de mon ami, le docteur Von Schreek Notzing, le psychologue Munichois bien connu, quand Mme Fraya lui

traça chez moi son portrait psychologique avec une richesse de détails exhubérante. J'ignorais, pour ma part, ces détails, et Mme Fraya était dans l'impossibihté absolue non seulement de les connaître avant sa* consultation, mais même d'avoir pensé à se documenter d'une manière quelconque : je l'avais priée de venir par une dépêche et au pied levé. Les exemples de ce genre ne manquent pas. Ce qui est encore plus complexe à analyser, c'est qu'elle traça les caractères et les événements de la vie des membres de sa famille... » (1)

Ce qui fait de Mme Fraya un sujet psychologue de premier ordre, je le répète, c'est que son imagination, qui utilise toutes les variétés d'images mentales selon les états à traduire, emploie des images motrices verbales dès qu'elle s'exerce à révéler la complexité de notre vie psychique. C'est la nature de ses images mentales, employées dans ce but, qui vaut à ce sujet une spécialité rare parmi les intuitifs; l'acuité de sa sensibilité psychique ne faisant, au préalable, que prêter son exquisité aux sollicitations suggestrices de la pensée subconsciente du consultant.

Les psychistes qui, dans Favenir, s'intéresseront à Téducation des sujets lucides et qui voudront orienter chaque mentalité vers sa meilleure utilisation, devront tenir le plus grand compte de la prédisposition à l'analyse psychologique créée par l'imagination motrice.

Rares sont actuellement les intuitifs remarquables en psychologie, parce que sont rares les imaginations verbales motrices.

Les spécialistes du diagnostic. — Je pense m'être suffisamment expHqué, dans un chapitre antérieur, sur l'utilisation des images tactiles dans la traduction des états

(1) Essai sur la psychologie de la main, p. 485.

de la vio corporelle, pour que le lecteur sache déjà que les véritables spécialistes en perceptions lucides d'états organiques sont ceux dont l'imagination présente ces états dans le champ de conscience sous la forme d'images esthésiques plus ou moins complexes et associées. Ces sujets vivent la maladie comme s'ils la possédaient passagèrement, ou sont avertis symboliquement de son existence et de son siège, et je rappelle que les réactions de l'organisme, sous l'excitation centrifuge de l'idée subconsciente, subsistent parfois pendant un certain temps.

On comprend aisément que la nature tactile des images mentales qui fournissent à ces sensitifs la connaissance des affections de leurs consultants, ne soit pas toujours apte, et même le soit assez rarement, à leur permettre d'en formuler nominalement le diagnostic.

Soit en sentant ce qu'éprouvent les malades, soit surtout par des symptômes souvent inexacts, par des sensations ne correspondant pas à celles de leurs consultants, ils indiquent Vexistence et le siège de la maladie, que l'intéressé en ait ou non la connaissance préalable.

Le sujet lucide, qui serait instruit en médecine, parviendrait assez souvent, par l'exercice d'une imagination artificieuse et bien fournie d'images, à reconnaître plus explicitement et à nommer un certain nombre de maladies. Mais l'ignorance, en sciences médicales, de la grosse majorité des intuitifs, ne leur permet guère que de dépister le mal et de le situer dans le corps, avec une précision variable mais parfois véritablement étonnante.

Aussi, l'énoncé de leurs diagnostics se ressent-il de la manière dont ils se constituent.

Il ne faut pas attendre des sujets lucides la diagnose more médico, avec termes techniques précisant la nature et la pathogénie des lésions. Ils disent le lieu du mal, sa nature approximative et facilement son importance, car

le pronostic c'est du présage, lequel est une possibilité pour tout psychisme lucide ; la perception d'un phénomène, à un moment quelconque de son déroulement, entraînant celle de son ensemble, aussi bien dans ses prolongements dans le passé que dans l'avenir.

Le sujet lucide ne dira pas à quelqu'un : « ...vous avez une cirrhose hypertrophique du foie... ». Il s'exprimera plus vaguement : « ...je sens une douleur, un gonflement, au foie... vous avez le foie très malade, très gros... «.

Il ne dira pas : a ...vous avez une arthrite goutteuse d'un genou,...)). — «...Comme je souffre d'un genou, s'exclamera-t-il !... je sens que vous avez dans cette articulation une inflammation qui doit vous faire beaucoup souffrir, qui dure depuis longtemps et qui persistera longtemps encore, car je sens toujours cette douleur, elle est forte et ne disparait pas aussitôt comme lorsqu'il s'agit d'affections de peu d'importance et de courte durée... ))

M'étant assez étendu sur ce point, en traitant des images tactiles, je ne veux pas davantage m'y attarder ici. Et je pense que le lecteur sait maintenant ce qu'il faut attendre, en général, des sujets lucides quant aux révélations d'affections organiques. Ils sont capables de signaler l'existence d'une maladie même inconnue du consultant, et, à ce point de vue, ils peuvent rendre service en éveillant l'attention.

Parfois, ce qu'ils éprouvent leur permet de nommer l'affection, mais alors le nom de la maladie est donné par le travail de reconnaissance de l'intelligence consciente qui juge et détermine d'après les images tactiles qu'elle perçoit, et là est fatalement une source possible d'erreurs, surtout que les sujets lu.cides sont le plus souvent peu versés en sciences médicales.

Mieux vaut n'accepter d'eux que ce qui porte exclusivement le cachet d'intuition, c'est-à-dire : l'indication de

l'existence de la maladie, sa localisation et son importance actuelle et future pour le corps. Cela n'est d'ailleurs pas dénué d'intérêt !

Dans la seule circonstance où le sujet lucide serait instruit en médecine, les révélations pourraient se rapprocher de la manière médicale, tout en possédant la sûreté des connaissances venues d'intuition.

Mais, ce que je viens de dire s'applique surtout aux sujets que l'imagination tactile spécialise dans les perceptions des états de la vie organique, parce que ce genre d'imagination ne permet guère que la prise de conscience de ces états.

Bien évidemment, ceux qui, en outre des images tactiles, pourraient utiliser dans le même but des images visuelles, seraient, de ce fait, capables de reconnaître et de diagnostiquer nominabmcnt bon nombre d'autres maladies dont les tactiles se bornent seulement à signaler l'existence. C'est ainsi que nous avons vu Mme M... révéler le diabète, une cystite, un tempérament, etc..

Les images visuelles viendraient ici, très efficacement, fournir un précieux apport de connaissances. Et si, dans l'état actuel de l'instruction des intuitifs, les sujets à imagination tactile sont les meilleurs traducteurs des états organiques parce qu'ils peuvent sentir et révéler le moindre trouble, une instruction médicale sérieuse mettrait au premier rang des spécialistes du diagnostic les sujets visuels chez qui l'imagination pourrait utiliser des images d'anatomo-pathologie, ou môme s'exprimer par un symbolisme suffisant à porter devant une intelligence avertie la connaissance des perturbations pathologiques.

S'il est indiscutable que certains sujets lucides, en raison de la forme et de l'activité de leur imagination, sont de véritables spécialistes dans la révélation de la maladie, il faut

aussi savoir qu'ils ne sont pas, pour cela, des thérapeutes, et que malgré qu'ils signalent le mal, il n'y a pas de motifs psychologiques pour qu'ils puissent le guérir.

Car, ce qu'a de merveilleux, en apparence, celte faculté des sensitifs de révéler immédiatement une affection connue ou présentement inconnue de leurs consultants, semble autoriser tous autres espoirs. Du fait qu'un sujet luéide révèle leurs maladies, par intuition pure et sans aucun examen, les malades déduisent qu'il est très légitime de penser que le sujet puisse aussi bien leur révéler le traitement. Issue du mystère, l'indication thérapeutique obtenue en, cette condition, suscitera chez eux, au plus haut point, l'éclosion de la foi qui guérit.

On voit, en effet, des sujets lucides spécialisés dans la j perception des maladies, avoir, à la façon des médecins, I de véritables clientèles, recevoir en consultation ou visiter à domicile des malades, lesquels, étonnés que les mo- i difications de leurs maux leur soient chaque fois indiquées par pure intuition, ont pour le sensitif une confiance que le docteur le plus titré ne saurait espérer inspirer.

Elle est, d'ailleurs, bien nécessaire à la cure des mala- : dies, cette foi ardente dans la puissance occulte des sujets i guérisseurs, car, leur intuition ne s'exerçant pas au delà de la traduction des états de l'individuahté communicante, leur thérapeutique se ressent de la pénurie de leurs connaissances scientifiques. Leurs tendances mystiques les éloignent naturellement de la thérapeutique médicamenteuse et les amène à l'emploi de l'une quelconque i de ces méthodes de guérir, occultes ou obscures, qui lais- ■ sent tout à faire à la foi curative.

Certains s'en tiennent aux apphcations d'amulettes, de symbolisme et de matière différant suivant la nature du mal à guérir.

D'autres, logiques avec leur conception de la source de leur lucidité, pensent que le surnaturel qui leur inspire la

connaissance de la maladie, se chargera certainement de la guérison, pour peu qu'il soit sollicité. Ils prient.

Quelques-uns promettent à leurs clients la guérison par transfert. Ce procédé ne dépasse jamais les possibilités de guérison par les diverses formes de la suggestion.

Depuis que des expériences et des publications récentes ont tenté la démonstration du rayonnement, par l'homme, d'une force fluidique connue sous le nom de magnétisme animal, beaucoup de médiums guérisseurs agissent sur la maladie à l'aide de passes, d'appositions de mains... Leur clientèle croit qu'il émane d'eux, plus que de tous autres, une énergie vitale qui infusera dans le corps débile la somme de force qui lui fait défaut.

La nature des moyens que les intuitifs guérisseurs emploient devrait rendre évident qu'il n'y a rien là qui puisse se référer à leur faculté d'intuition. Mais l'acception mystique de la lucidité ouvre la porte à toutes croyances en des vertus occultes. Ceux, d'ailleurs, qui confient le soin de leurs corps défaillants aux médiums guérisseurs ne sont pas toujours des simples d'esprits ou de petites gens. C'est dans la meilleure société que se recrute la clientèle la plus convaincue et la plus fidèle des sujets lucides qui croient avoir la faculté de guérir.... parce que souvent ils guérissent.

Car les sujets qui outrepassent ainsi les limites de leur intuition, ne sont ni des charlatans, ni de cyniques imposteurs exploitant la crédulité.

La croyance dans leur puissance de guérir s'est constituée en eux, en même temps que dans l'esprit de leurs clients. Ces sujets ne connaissent pas la psychologie de leur lucidité, qu'ils appellent leur don. Ils en ignorent les limites et les franchissent sans le savoir. Ayant l'instinct de la recherche de la maladie, ils croient aussi avoir celui de la guérison et se servent, pour cela, du moyen qui con-

vient le mieux à leur mentalité ; il est toujours le même pour chaque sujet et quelle que soit la maladie à guérir.

Ceux qui les consultent pensent également qu'ils trouveront nécessairement la guérison de leurs maux auprès de Têtre supra-normal qui, si facilement, les leur révèle ; et leur conviction, retournant au sujet, confirme et renforce la sienne, par le procédé connu de la répétition et de la contagion mentale.

Et si, à cela on ajoute que souvent les malades qui s'adressent aux intuitifs guérisseurs gMért55e/2/, alors que parfois leurs affections avaient été jugées incurables par les moyens médicaux et laissées à leur désespérante chronicité, fautil s'étonner que les sensitifs, spécialistes de la maladie, aient croyance et confiance en leur mission thérapeutique ?

Ce sont des agents inconscients de la foi qui guérit et il faut bien avouer que si, en certains cas, leur action est néfaste parce qu'ils retardent une intervention utile, en beaucoup de cas ils sont l'ultime recours de ceux que la médecine n'a pas soulagés. En mobilisant toutes les énergies d'un cerveau dans l'espoir de guérir, ils obtiennent parfois de complets et durables résultats là où des médecins instruits et habiles avaient entièrement échoué.

Ce sont les prêtres d'un sanctuaire spécial de la guérison, dont la joi est le Dieu.

Les spécialistes de la vie extérieure. — Je ne ferai que mentionner, ici, cette spécialité de perception intuitive, car l'étude que j'ai faite du particuHer psychisme de Mme M... était celle d'un prototype des sujets percepteurs des états de la vie de relation.

Ces sujets excellent dans la traduction de la vie active, grâce à leur imagination visuelle qui leur représente aisément tout ce qui se passe dans la vie extérieure, tout ce qui est susceptible d'être vu. Ils rêvent ce qui a été, ce qui

est et ce qui sera, et décrivent ou interprètent leurs visions, selon qu'elles se rapprochent de la réalité ou qu'elles ont une signification symbolique.

C'est des voyants en hypnose profonde qu'on est surtout en droit d'attendre la meilleure reconstitution, psychologiquement possible, de faits, d'actions, de scènes, d'événements... car, cette condition du cerveau est éminemment favorable à la force des hallucinations, et, rétrécissant, d'autre part, le champ de lucidité, elle augmente son acuité pour le fragment d'existence à traduire.

La catégorie des sujets dits « somnambules lucides », presqu'exclusivement formée de voyants, borne surtout son intuition à la perception des faits de la vie active.

Depuis la voyante de haute lucidité jusqu'à la modeste et médiocre somnambule de fêtes foraines, chaque sujet visuel, suivant la valeur de son intuition, met au jour de la conscience des fragments de la vie de relation. Ce que révèlent les médiocres est le plus souvent trop vague pour présenter quelque intérêt.

En province, dans de petites villes et même en de tout petits bourgs, on rencontre des voyants somnambules et dont la lucidité, fait curieux, est à peu près entièrement spécialisée dans la recherche d'objets perdus.

Les populations rurales les appelle sorciers ou dormeurs. On va les consulter pour se renseigner sur des choses égarées et il arrive assez souvent que ces sujets fournissent des indications assez précises pour les faire retrouver. Des visions le leur permettent.

Quelques voyants se font ainsi des réputations fondées sur de réels mérites. Ils sont tenus en grande considération par ceux qui, ayant eu recours à leur voyance, dans la limite de ses possibilités, ont pu apprécier la justesse de leur intuition. Cependant, la plupart des autres les tournent en ridicule.

Mais les villageois étendent, inévitablement, le pouvoir du « dormeur ». Le pensant doué de double vue et d'une puissance mystérieuse, ils s'adressent à lui pour être guéris, pour se débarrasser de mauvais sorts jetés par des voisins haineux... et le sorcier peu scrupuleux et finaud, s'efforce de faire argent de toutes les stupidités qui viennent papillonner autour de son énigme.

Des esprits qui s'estiment supérieurs rient du « dormeur» et de la crédulité de ses clients, sans savoir distinguer ce qu'il y a de vrai de ce qu'il y a d'artificiel dans ce bizarre personnage.

Qu'on examine avec soin et quelques notions psychologiques ces somnambules de villages, et, sous le fatras des croyances aux sortilèges, aux formules pour guérir, aux procédés magiques pour réussir, on trouvera assez souvent un certain fond d'intuition réelle, une lucidité plus ou moins aiguë s'apphquant sur quelque point de la vie matérielle et surtout spécialisée aux objets perdus. Et cela a été le noyau fixant la confiance, autour duquel les esprits simples et enclins au merveilleux ont cristallisé tous ces résidus de l'occultisme que la tradition laisse encore flotter dans le fond des campagnes.

Les prophètes. — Je dirai quelques mots des prophètes, non pas qu'ils constituent une classe à part, l'intuition chez tous les sujets lucides s'exerçant volontiers dans l'avenir, mais parce que toutes les variétés de sujets lucides sont inégalement disposés pour la prémonition.

En principe, il est exact que tous les sujets lucides perçoivent assez facilement dans le futur ; c'est une qualité de l'intuition de n'être pas arrêtée par les barrières du temps qui sont un obstacle infranchissable pour notre raison ; elle est précisément due à ce que la lucidité n'est que

la traduction d'une pensée qui sait sans l'intermédiaire des sens connus par la science physiologique.

En pratique, on rencontre, d'un sujet à un autre, de grandes différences quant à leurs dispositions pour les présages. Il est des sujets qui ne perçoivent que de petits et vagues fragments d'e.xistence au delà du présent. D'autres y réussissent un peu mieux, mais les lambeaux de vie qu'ils révèlent sont mal caractérisés et sans liens entre eux. Le présage est surtout le fait des grands intuitifs, des virtuoses de la lucidité. Hors ceux-là, la prémonition offre bien peu d'intérêt.

Si l'on ne considère le présage que chez les sujets lucides exellents et qui présentent cette qualité intuitive à un degré permettant une sérieuse expérimentation, on arrive bientôt à faire cette remarque (je l'ai déjà signalé et je juge utile d'y revenir,) que le fait d'être lucide à l'état de i'eille ou de l'être en hypnose donne aux sujets, suivant ces deux conditions psychiques, un champ de prémonition différent d'étendue et d'acuité.

Les sujets lucides à l'état de veille, comme Mme Fraya ou M. de Fleurière, font des présages portant sur toute l'évolution future de l'individualité consultante. Ils perçoivent les étapes importantes de la vie et jalonnent l'existence de repères qui en indiquent nettement le sens et la direction. Et, en outre, à chaque séance ultérieure, ils prennent intuitivement connaissance de quelques autres événements prochains et de certaine importance. De sorte que leur lucidité, dans l'avenir, s'exerce à la fois sur l'existence entière dans ses très grandes lignes, et sur le futur prochain, pour des faits de moindre saillie, mais intéressant assez cependant la personnalité en jeu. Il faut qu'un fait compte dans la vie pour qu'ils le perçoivent, s'il est dans le futur.

Bien différente est la faculté prémonitoire des sujets lucides en somnambulisme.

La condition intra-hypnotique de leur lucidité en diminue la portée dans le temps. Ils ne perçoivent l'évolution d'une individualité humaine que jusqu'à concurrence de quelques années. Mais, pendant les quelques années que leur intuition peut fouiller, ils sont capables de révéler une plus grande quantité de faits et en beaucoup plus de détails. Pour un espace de temps restreint, on peut obtenir d'eux la connaissance de tous petits faits.

Ce sont des sujets excellents pour l'expérimentation, parce qu'elle peut porter sur des événements à courte échéance. Mais combien chez eux, plus que chez les précédents, les erreurs de dates sont fréquentes ! !

Les intuitifs éveillés font, pour ainsi dire, l'histoire générale de la vie.

Les intuitifs en hypnose font sa chronique.

Si, au point de vue présages, on observe une catégorie de sujets intermédiaires aux deux conditions psychiques cidessus, on remarque qu'ils participent à la fois à la perception prémonitoire plus détaillée des somnambules et à celle plus prolongée dans le temps des sujets lucides éveillés.

Mlle de Berly, sujet à transes hypnoïdes se succédant dans l'état de veille, fournit un exemple de cette participation aux qualités différentes des deux extrêmes.

Que leur imagination soit monosensorielle ou mixte, les sujets lucides prennent connaissance des faits de l'avenir soit par images verbales surtout motrices, soit, le plus souvent, par hallucinations visuelles, par visions.

Les voyants sont prédisposés aux présages.

Ce sont des images visuelles qui donnent à Mme Fraya, à Mlle de Berly, à M. de Fleurière... les connaissances de notre évolution ultérieure.

C'est en raison de son imagination visuelle que Mme M... représente le type de sujets à présages. Son psychisme semble avoir plus de tendances à s'occuper de l'avenir que du

passé, il prend la personnalité humaine au point où elle en est de son existence et la suit dans son développement ultérieur. Les perceptions du devenir, bien que lui permettant des descriptions moins précises, l'attirent plus que celles de l'évolution accomplie.

Cette question des présages est de haute importance, non pas en raison des avertissements qu'on peut obtenir, car si le présage est ^Tai, les faits présagés se réaliseront malgré qu'on le veuille, mais en raison de cette qualité supra-normale dont se revêt la pensée suggestrice.

Car si cette pensée sait des choses non encore intégralement conditionnées, si elle peut révéler des faits que les sens n'ont pas encore enregistrés, cela prouve qu'elle sait, par des procédés d'information autres que ceux de la pensée consciente. Et cela ferait aussi la preuve que l'idée de temps n'est qu'une nécessité de notre logique rationnelle et n'existe pas pour notre pensée supérieure et subconsciente.

C'est la gravité du problème psycho-philosophique posé par la réalité des présages qui m'a incité à formuler les règles suivant lesquelles l'expérimentation doit être conduite et hors lesquelles les déceptions seraient autrement plus abondantes que les résultats positifs.

Sujets lucides sans spécialités. — A considérer l'ensemble des sujets lucides, en ce qui concerne l'étendue du champ de leur lucidité, on pourrait ainsi les diviser :

1" Sujets lucides exclusivement spécialistes, limités, par la nature de la seule catégorie d'images mentales qu'ils possèdent, à la perception d'une seule de nos composantes.

Il n'est guère que quelques rares sujets, dont la pensée intuitive n'use que des seules images tactiles et se limite ainsi aux perceptions des états organiques, qui présentent une telle exclusivité.

2" Sujets mixtes a^'ec spécitilités, employant plusieurs catégories d'images mentales et, par conséquent, pouvant

traduire toutes nos composantes. Mais, cependant, en raison delà prédominanced'une catégorie d'images mentales, la valeur de leurs révélations est surtout grande pour l'une de nos composantes et cela en fait de véritables spécialistes dans la matière que leurs images préférées traduisent le mieux.

Ainsi, Mme Fraya, sujet à images polysensorielles, est une spécialiste psychologue par ses images motrices d'articulation, et Mlle de Berly, dont l'imagination est polysensorielle également, est un remarquable sujet à diagnose, grâce à la richesse de ses images tactiles.

3<* Sujets mixtes et sans spécialités, utilisant la plupart des images mentales, sans qu'aucune catégorie mieux employée que les autres ne crée à leurs psychismes une préexcellence et ne les spécialise.

Ce sont des sujets qui perçoivent indifféremment toutes les composantes de l'individualité humaine. Et cela ne signifie pas qu'ils soient de moindre valeur pour cela. Ils valent ce que vaut leur intuition. M. de Fleurière représente un de ces sujets mixtes. Son imagination emploie, suivant ses besoins, à peu près toutes les variétés d'images. Et, comme son intuition est de la meilleure qualité, il n'a pas de spécialité, mais excelle en tout.

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