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CHAPITRE II MISE EN COMMUNICATION INTER-PSYCHIQUE

Une loi se dégagera de l'étude des sujets lucides et des phénomènes de lucidité, loi que je dois cependant énoncer dès maintenant : c'est qu'i7 n'y a de perception intuitive possible que par rapport à une individualité humaine. Le sujet ne prend connaissance des événements qu'en raison du lien qu'ils ont avec une entité psychique ; il lui est absolument impossible de percevoir un événement en soi, ou intéressant par exemple une collectivité, la curiosité publique. Ainsi, un tremblement de terre, une inondation, réalisés ou non accomplis ne seront mentionnés qu'en raison du trouble qu'ils pourront apporter dans l'existence de la personne, objet de perceptions.

Le sujet ne perçoit donc l'Univers que par l'intermédiaire de la Pensée humaine. Entre sa lucidité et les phénomènes, il faut un cerveau étranger dans lequel ils soient représentés.

J'indique prématurément cette loi, afin de rendre ■compréhensible la nécessité qu'il y a, pour que la lucidité puisse se manifester, d'établir une communication mentale entre Mme M... et la personne objet d'intuition.

Mais, comment établir ce rapport inter-cérébral ? De deux façons différentes, suivant que la personne, objet -de perception, est auprès du sujet ou non.

1» Quand l'expérimentateur est lui-même matière à

perceptions, le fait d'être près du sujet suffit le plus souvent à cela, à condition cependant de le tirer de sa torpeur hypnotique par l'excitation de la question suivante :

« Mettez-vous en communication avec moi ».

Quelquefois le sujet demande qu'on lui tienne la main, cela semble faciliter la mise au point de sa sensibilité psychique. Je conseille d'établir ce contact au moins au début des séances, surtout si l'expérimentateur n'a jamais utilisé le sujet.

A peine l'ordre de mise en communication formulé, Mme M... fait un véritable effort mental d'adaptation, qui dure près d'une minute ; il aboutit pour elle à un sentiment d'épanouissement mental. Elle a l'impression d'une clarté illuminant son cerveau et grâce à laquelle vont pouvoir vivre devant sa conscience attentive les hallucinations que les questions du consultant feront surgir. Telle la lumière blanche qui, pendant un instant précède, sur l'écran, le défilé des scènes cinématographiques !

L'effort d'adaptation varie suivant les tempéraments des consultants. Il est insignifiant, quand ce sont des personnes énergiques, sensibles, très vivantes, mais il devient plus laborieux quand ce sont des personnes veules, indécises, de peu de réactions morales et physiques. Pour ces dernières, le sujet est en outre tenu à une permanente tension d'esprit pour maintenir un difficile rapport interpsychique et, au réveil, il en ressent une grande fatigue.

De séances de même longueur, mais avec diverses personnes, Mme M... sort, ou tout à fait dispose ou incapable de recommencer sans un long repos.

La répétition des séances avec un même expérimentateur augmente considérablement la facilité de mise en communication et rend plus amples, plus rapides et plus précises les perceptions lucides.

2^ Quand c'est une personne absente qui doit être l'ob-

jet d'intuition, un intermédiaire est indispensable entre le cerveau de cette personne et celui du sujet. Cet intermédiaire peut être, à la rigueur, l'expérimentateur luimême, s'il connaît très bien la personne absente. Mais le moyen le meilleur et le plus sûr, en tous les cas, c'est de mettre entre les mains de Mme M... un objet usuel de cette personne ou une lettre écrite par elle ; les lettres sont des intermédiaires excellents. On provoque ensuite l'adaptation mentale par une question dans ce sens :

« Mettez-vous en communication avec la personne qui a écrit cette lettre ou à qui appartient cet objet ».

Et presqu'aussitôt, le sujet voit, comme devant ses yeux, se constituer et se préciser l'image objectivée de la personne. Cette notion est de la plus grande utilité pratique, car on possède ainsi un moyen simple et sûr de savoir si le sujet est bien en communication avec l'individualité désirée, cependant que la description physique qu'elle en fait et qu'il faut toujours exiger, peut donner la certitude qu'il n'y a pas erreur sur la personnalité.

Lorsque, par ces divers procédés, on a obtenu les rapports inter-psychiques nécessaires, il ne reste plus qu'à provoquer l'activité mentale du sujet par l'excitation des questions qu'on tient à lui poser. Il faut évidemment que les questions soient précises, qu'elles limitent bien le champ de perceptions ; mais elles ne doivent pas apporter autre chose qu'une indication de la nature des révélations que l'on désire ; il faut qu'elles ne fournissent rien de concret à l'intelligence du sujet, sous peine' de compromettre les résultats et de sortir de la Lucidité pour tomber dans l'ordinaire perspicacité.

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