ACTE I, SCÈNE II
DIDIER^ se levant.
Et pourquoi donc, bon Dieu ?
LUCIE
Je vous en veux d’ètre si riche!...
DIDIER, riant.
Ah ! par exemple ! voilà un drôle de reproche.
LUCIE
Et de ne m’avoir jamais dit quel était au juste le chiffre de cette grande fortune.
DIDIER, embarrassé.
Dam !... ma foi... je ne le sais pas moi-méme ; les grands négociants comme moi, lancés dans des spéculations... gigantesques...
LUCIE, doucement.
Se ruinent quelquefois, Didier, et alors pour cacher à leur femme l’état embarrassé de leurs affaires, ils affectent une fortune qu’ils n’ont plus et passent leurs nuits au travail, afin de soutenir un rang au-dessus de leurs ressources...
DIDIER, troublé.
Ah! ah ! par exemple! je ne comprends pas. Il faut être fièn*meiit imbécile pour...
LUCIE
Non ! il faut avoir un grand cœur comme le vôtre, Paul !...
DIDIER
Quoi! tu sais...
LUCIE
Tout, mon ami...
DIDIER
Oh! Lucie! Lucie! pardonne-moi!... (ii va s’asseoir au bureau à droite.)
LUCIE, lui prenant la tête dans ses bras.
Quoi donc? de n’avoir pas eu confiance en moi? de n’avoir pas osé me dire : Lucie, nous n’avons plus de fortune!... Estce la faute?
DIDIER
Oh! non!
LUCIE
Eh bien! maintenant, Paul, laisse-moi t’interroger, afin qu^ je puisse te soutenir, te défendre au besoin. Veux-tu compter avec moi, dis?
Le compte ne sera pas long, Lucie... nous n’avons plus rien!
LUCIE, après un silence.
Ces quatre cent mille francs, héritage de M. de Villeneuve, le parrain de notre fille, cet argent auquel tu n’avais jamais voulu toucher, le regardant comme la dot de Pauline...
DIDIER
Mon Dieu! veux-tu le savoir, Lucie?