scène violente qu'il venait d'avoir avec sa
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fille, déclarait d'une voix ferme et presque dure que sa volonté serait inébranlable, que dans huit jours sir Humphrey épouserait miss Lucie.
Il répétait cette promesse solennelle quand la porte du salon s'ouvre tout à coup. Miss Lucie paraît, elle est pâle comme la mort!...
— Mon père , dit-elle d'une voix tremblante, j'accomplirai vos ordres... Je serai la femme de sir Humphrey Lanark ! ! !
Lucie aurait bien voulu pouvoir excuser au fond de son cœur l'homme qu'elle aimait encore aussi passionnément, mais comment se refuser à l'évidence ? Comment ne pas croire ce qu'elle-même avait vu , ce qu'elle avait entendu?... Plus de doute, sir Edmond était un homme lâche et sans cœur: il
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l'avait trompée indignement , et c'est une autre femme, que sir Edmond avait promis d'épouser.
Désormais rien ne pouvait empêcher le mariage de Lucie et de sirHumphrey. Pourtant Lucie n'avait point d'amour pour cet homme : c'était même un sacrifice bien douloureux qu'elle allait accomplir; mais en même temps citait une vengeance. Lord Buttermer, voyant sa fille obéissante et soumise, semblait s'être tout à coup radouci pour elle : il n'exigeait plus que ce mariage se fit sans retard : Lucie pouvait attendre , elle était libre de fixer l'époque.
Il n'existait donc plus d'aigreur et d'amertume entre le duc et sa fille; mais avec un peu d'observation , on aurait pu voir que la tendresse du vieillard pour Lucie avait quelque chose d'affecté et de contraint. Quant à lady Buttermer , elle était silencieuse, triste, éplorée; son mari lui adressait à peine la parole et la regardait avec un air indéfinissable , plein de colère et de douleur.
i i cit. M'S
Sir Humphrey , if ayant plus à craindre <lo rival, redoublait chaque jour de galanterie et de soins pour miss Lucie. Il était spirituel et charmant, brillant de grâce et d'élégance; mais il avait beau faire, Lucie était «froide et grave : Lucie ne l'aimait point 1
On n'avait pas entendu parler de sir Edmond : aucune nouvelle! Cette absence incompréhensible , cet obstiné silence , devaient nécessairement corroborer les soupçons qui naissaient en foule au cœur de Lucie. Enfin , après avoir attendu bien des jours encore, après uneluttedouloureuseet longue, elle se décide, elle épouse sir Humphrey Lanark.
C'était le soir des noces. On n'avait célèbre aucune fête dans le château. Lord llolland lui-même, l'oncle de sir Humphrey , n'avait pu se rendre à la cérémonie, retenu qu'il était par une attaque de goutte assez violent*' Malgré la solennité de ce jour , une profonde et inconcevable tristesse régnait dans le château; tous les visages semblaient mornes, silencieux.
La soirée était déjà fort avancée. Lucie venait de quitter le salon; elle était montée dans la chambre nuptiale avec sa mère.
Il tombait une pluie abondante ; le ciel était horriblement ténébreux ; et , de moment en moment , passaient de bruyantes raffales qui courbaient jusqu'à terre les arbres dépouillés, et gémissaient comme des voix funèbres.
Lucie était fort pâle , pleine d'agitation ; de temps à autre , de grosses larmes ruisselaient le long de ses joues; et sa mère, la considérant avec une attention douloureuse, soupirait ellemême profondément en joignant les mains.
— Pauvre enfant , qu'as-tu donc? Tu me désoles !
Mais aucune réponse distincte, seulement quelques soupirs confus.
Vainement la duchesse renouvelle sa question ; elle presse Lucie contre son cœur: Lucie ne répond que par des soupirs.
— Hélas! je comprends, ma pauvre tille.., lit lady Butter mer d'une voix brisée. Tu
11(11 .il.'
souffres. . V,h ! ( » m nu homhl< ai : iiu i
— Horrible! murmure Lucie.
Puis el|e demeure accable» (fous un fou teuil.
— Mais (|u'as-lu donc, mou Dieu ! reprend la duchesse en la pressant dans ses bras- Quelle pâleur! comme ton \isage est défait!
— Oui... je soullre , bonne mere ! repond Lucie d'une voix faible. Oh', je suis connu. anéantie... je voudrais être seule... Un pou de repos, je le sens , un peu de calme va me remettre... Je vous en prie , laissez-moi , bonne mère... Je souffre !
— Mais c'est une raison de plus pour que je reste près de loi , chère lille!
— Non , j'éprouve une fatigue mortelle, un abaissement'.... Si je pouvais dormir un peu...
— Eh bien! repose-toi, chère enfant , je te quitte... Allons, viens , que je t'embrasse !... Mon pauvre ange, va, sois tranquille , tu sei a seule... Je vais retenu encore su 11 nmplu -
Lad Y But loi nier se retire.
Mais à peine Lucie est-elle seule, qu'elle se lève vivement de son fauteuil ; elle se promène par toute la chambre avec une agitation fébrile.
— Oh ! qu'ai-je fait! s'écrie-t-elle en se tordant les mains. Malheureuse 1 je n'ai pas attendu! Oh ! l'avoir condamné sans l'entendre!... Il était calomnié, trahi!... Edmond! Edmond, je suis punie plus cruellement que toi!...
Et elle sanglotait.
— Mais cette lettre, reprend-elle en tirant avec vivacité un billet de son sein , voyons encore un peu l'écriture... Oui, c'est bien Anselme. Dieu! que m'annonce-t-il !... Ils sont ici !... Ils vont venir... à minuit ! Ah !..,
Minuit sonnait à la pendule.
Elle tressaille; elle prête l'oreille : un bruit vient de se faire entendre dans la chambre voisine.
Cette chambre avait une porte communiquant à un escalier dérobé qui menait au jardin.
Le bruit continue. On inarche.
— Ali! s'écria Lucie d'une voix étouffée , serait-ce lui î
Une porte s'ouvre, un homme parait , pale et hagard. C'estEdmond!
Lucie pousse un cri de saisissement.
— Lucie ! chère Lucie! dit Edmond en la pressant sur son cœur. Oh ! tu es à moi !. . . Dieu soit loué, j'arrive encore à temps!..- Viens! viens!...
Elle tressaille , elle est sans force; elle tomberait anéantie , si Edmond ne la retenait dans ses bras.
— Edmond, quoi ! vous osez !... balbutiat-elle. Mais vous ne savez donc pas !...
— Je sais tout ! reprend- il les yeux enflammés. Voilà pourquoi je viens !... Oh ! les misérables ! dans quel piège atroce ils m'ont emeloppé ! Quelle horrible machination !... Mais j'arrive , un ami lidèle veillait sur moi , il a déjoué cette ruse abominable !
— Edmond , je vous le répète, cette femme,
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je l'ai vue moi-même... Elle avait l'accent de la vérité.
— Mensonge infernal ! Vous saurez tout , vous dis-je... Mais venez !... Oh ! viens, Lucie !... Cher amour, pas un moment de relard... nous serions perdus! Ce mariage iniame , tu sens bien qu'il est nul devant nos cœurs et devant Dieu... Tu sauras tout , Lucie... va, j'ai mon projet... Pousserons heureux ailleurs...
— Edmond ! Edmond ! répond-elle d'une voix déchirante , hélas! ayez pitié de moi... je ne puis être à vous , je ne m'appartiens plus... Je suis la femme de sir Humphrey !
— Sir Humphrey ! ah ! le misérable , c'est lui qui est Fauteur de toutes ces lâches intrigues !
Un bruit de pas se fait entendre dans la galerie.
— Edmond , on vient... c'est lui ! dit Lucie avec terreur. Ah ! si l'on vous trouvait dans cette chambre !...