‹ LucieChapitre 3 sur 16 · I.UCIK · texte numérisé non relu

I.UCIK

demande, reprit Anselme <mi lui pressant les

mains avec effusion.

Mais soudain la jeune femme se rappelle

qu'avant de s'endormir elle n'était pas seule dans eelte voiture avec Anselme, qu'un autre personnage s'y trouvait la veille, un personnage dont elle n'avait pu distinguer les traits, dont elle n'avait point entendu la voix.

— Cher Anselme, dit-elle avec étonnement, OU donc est-il, cet homme qui était là près de vous?

— Il nous a quittés depuis long-temps, répondit Anselme en affectant un peu d'indifférence.

— Mais quel était donc cet homme? repritelle d'une voix altérée.

— Soyez tranquille, c'est un ami, il ne peut nous trahir...

— Quoi ! vous auiiez mis cet homme dans notre confidence, Anselme!

G8 LLCIL.

— Il sait tout; mais, encore une fois, soyez sans crainte : il a plus d'intérêt que nous à ne pas commettre d'imprudence...

— Mais Edmond le connaît-il, dites, Anselme?

— Oh ! parfaitement : ils sont inséparables.

— A la bonne heure ! Anselme, je m'en rapporte à vous entièrement : vous savez mieux que nous ce quil faut faire, votre esprit est plus fertile que le notre en expédients ; et je me laisse conduire par vous les yeux fermés.

— Vous avez raison, chère et douce amie : les miens sont ouverts, ils veilleront sur vous.

La jeune femme prit la main d'Anselme et la serra cordialement dans les siennes; son visage exprimait la pius vive reconnaissance, et quelques larmes tremblaient dans ses grands yeux bleus. Elle avait relevé son voile pour mieux respirer l'air fiais du malin,

et c'était véritablement la plus adorable figure et la plus charmante qu'il fut possible de rè- \<t : dans sa bouche petite et gracieuse brillait comme une rangée de perles ; et, par moments, un sourire triste et d'ineffable douceur entrouvrait ses lèvres fines et pâles. Seulement il était facile de voir, à la blancheur maladive qui faisait ressembler son visage à du marbre, il était facile de voir que cette pauvre jeune femme venait d'éprouver une terrible et profonde secousse dont sans doute encore elle n'était pas remise. On ne distinguait aucune boucle de ses cheveux, complètement cachés sous les longs bords d'un chapeau de voyage; mais, à en juger d'après la couleur de ses sourcils, ils devaient être singulièrement blonds et lustrés.

Anselme et sa compagne gardèrent l'un et l'autre le silence pendant une grande demi heure; la jeune dame paraissait absorbée dans

ses réflexions, sa tête venait de se pencher sur sa poitrine ; et parfois de vagues et douloureux soupirs s'échappaient de ses lèvres avec un nom souvent répété.

— Edmond I cher Edmond! murmurait-' elle. Oh l quand te reverrai-jeî...

— Bientôt , pauvre ange ! répondit doucement Anselme.

— Ah ! je brûle de le voir ! et je frissonne en même temps... Je ne sais pourquoi, Anselme, mais j'ai peur! il me semble que nous sommes pour toujours séparés...

— Enfantillage! enfantillage! dit Anselm; avec un ton de reproche affectueux. Vous avez l'imagination trop inquiète et trop sombre... Patience ! quelques heures encore, et vous h verrez, chère amie... vous le verre* alors pou? ne plus le quitter.

— Dieu le veuille, Anselme! Oh! qu'il protège mon Edmond! qu'il le sauve!...

Page 1