‹ LucieChapitre 8 sur 16 · I.LCIK. I.M · texte numérisé non relu

I.LCIK. I.M

Lucie ! dit-il on lui couvrant les mains do baisers. Oui, le conseil est excellent ; de cette manière tout s'arrange et personne no s'humilie.

— Personne ; et je connais mon père, il passe d'un sentiment à un autre avec une facilité incroyable. Je parie qu'il va tout à coup vous reprendre en amitié, et que vous allez devenir inséparables.

— O ma Lucie, Dieu le veuille!

— Mais soyez prudent, Edmond... ne précipitez rien. N'allez pas lui parler encore de mariage... cela pourrait tout gâter. Attendez qu'il revienne de lui-même sur vos premiers arrangements; laissez-le vous faire1 une nouvelle ouverture...

— Oh ! Lucie, dit Edmond avec chaleur, qu'exigez-vous de moi? Aurai-je donc oetto patience? attendre encore ! aftendre!... Mais •Vst impossible' j'ai le rnmir plein de flamme

et d'angoisse!... je sèche... je me dévore!... mes nuits sont de longues tortures! mes jours, des siècles d'ennui!... Oh! c'est une fièvre, un désespoir de tous les instants!... Vivre sans vous ! non, cher ange, non.. . ma force est épuisée., je vous le jure, un mois encore de cette douloureuse attente , et je n'existerai plus! je serai fou, je le sens, ou mort ! . . .

Lucie poussa un cri de saisissement.

Ce cri douloureux fut presque aussitôt suivi d'un coup de sifflet, qui semblait partir «à quelque distance.

Lucie tressaille. Edmond se lève très-agité, et regarde vivement à travers une jalousie.

— On nous épiait ! dit-il.

- Ciel !

En effet, deux personnes qu'on distinguait à peine, semblaient marcher avec précaution en dehors de la grille. L'une d'elles essayait

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d'ouvrir la petite porte que Lucie avait laissée entrebâillée*

La pauvre jeune fille tremblait de tous ses

membres. Edmond était en proie à de violentes inquiétudes.

— Malheur à ces deux espions! murmural-il en saisissant une paire de pistolets qu'il avait cachés sous son manteau.

— Au nom du ciel ! Edmond, s'écria Lucie dune voix tremblante, ne faites pas usage de ces armes !

Cependant les deux personnages mystérieux s'avançaient à pas de loup vers le pavillon ; de temps à autre ils s'arrêtaient prêtant l'oreille, et ils échangeaient à voix basse quelques paroles presque insaissables.

Lucie, toute frissonnante, retenait contre elle Edmond, comme pour l'empêcher de sortir.

— Calmez-vous, chère Lucie... n'ayez pas

peur ! dit-il en essayant de se dégager doucement. Restez là, ne vous montrez point... silence!

Puis, ouvrant tout à coup la porte qu'il referma brusquement sur lui, il s'élança le pistolet au poing, vers ces deux hommes.

— Misérables! s'écria-t-il d'une voix sourde et furieuse. Que venez-vous faire ici?

Mais il ne reçut aucune réponse, et les deux personnages qu'il interpellait s'enfuirent à toutes jambes. Sir Edmond les poursuivit longtemps à travers le parc : ils s'enfoncèrent dans une allée sombre et tournante, et disparurent au milieu des ténèbres. Edmond, fatigué de cette course longue et inutile, retourna, tout hors d'haleine, vers le pavillon : il était vide, Lucie avait disparu.

Anselme avait bien son projet ; niais il ne prévoyait pas ce qui allait arriver. Après avoir quitté les deux hommes sur lesquels il complaît, Anselme avait continué rapidement sa course, espérant être au lieu du rendez-vous presque en même temps que sir Edmond. Mais, au milieu de la route, il usait fait une reneon-

ire qui d'abord lui sembla presque insignifiante. Bientôt pourtant il avait compris que ses projets n'étaient pas mûrs encore, et que vouloir maintenant les accomplir, c'était les compromettre.

Cependant sir Edmond, n'ayant point retrouvé Lucie et désespérant de pouvoir éclaircir cette nuit-là même un mystère étrange et inquiétant, sir Edmond était retourné à l'endroit où il avait laissé son cheval ; et, plein d'une foule de pensées vagues et contradictoires, il se dirigeait au grand galop vers sa demeure.

Lorsqu'il rentra chez lui, la nuit était fort avancée. Sans dire une parole, il remonte au salon : Anselme l'attendait auprès du feu.

— Eh bien! cher Edmond, dit Anselme avec un accent indéfinissable, es-tu content de ton expédition ?

Edmond était sombre et préoccupé ; il ne

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répond rien d'abord. Mais Anselme poursuit du même ton en fixant sur lui un regard investigateur.

— Tu as pris froid, mon elier ami, tu as pris froid. Que diantre ! tu ne veuxjamais me croire. On ne fait pas de ces courses-là toujours au grand galop et par des nuits pareilles, quand on relève à peine d'une maladie grave. Allons, qu'as-tu donc ? parle. Comme tu es morne !...

— Anselme, dit Edmond distraitement, on nous épiait !

— Bah !

— Oui, deux hommes, mon cher ami, deux hommes qui sont venus furtivement jusqu'au pavillon. Oh ! les misérables ! il s'en est peu fallu que je ne leur brisasse le crâne ! 1 ueie m'a retenu, tant mieux pour eux !

— Calme-toi, mon ami ! Bon Dieu 1 comme tu es agite'- One diable', je ne vois rien là de-

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dans que de Tort simple! C'est quelque jardinier, quelque domestique...

— Peut-être, Anselme. Mais, vois-tu, tout le monde conspire contre nous... Oh ! je suis las de vivre ainsi... Il faudra que je finisse par un coup de tonnerre!... Nous verrons! nous verrons!...

— Encore une l'ois, du calme, mon cher ami; vraiment tu n'es pas un homme! Tout s'arrange dans ce monde avec du courage et de l'esprit; mais il ne faut rien brusquer, il faut savoir attendre...

— Je suis las d'attendre, Anselme!... Tiens, décidément, j'aime mieux en finir par un coup de pistolet...

— Bon ! bon ! voilà mon homme à présent! Toujours des coups de pistolet! Il vous parle de se brûler la cervelle comme s'il en avait trente six mille de rechange! Eh bien ! Edmond, tu ne me demandes pas ce que j'ai fait

6B ion absence ? Il s'est passé pourtant du nouveau...

— Du nouveau? dit Edmond.

— Oui, oui... Quelqu'un est venu...

— Ah ! de ma part ? reprit Edmond frappe d'une idée soudaine. En effet, un individu que j'ai rencontré eu chemin, m'a demandé la route de mon château. Eh bien! a-t-il trouvé? Est-il venu ici?

— Oui, certainement, Edmond ; etje l'ai vu.

— Eh bien! que me veut-il, cet original? Il disait vouloir me parler, il s'était posté en travers sur la route, si Wen qu'il me barrait le passage, et que j'ai manqué de lui brûler la cervelle pour lui apprendre à vivre. 11 m'avait l'air d'un aventurier. Que me veut-il?

— Ma foi ! mon cher Edmond, dit assez négligemment Anselme, c'est un messager qui vient de la part d'un personnage auquel lu ne songes guère sans doute à prêtent.

IGO II DIE.

— Et quel est donc ce personnage?

— Allons, devine.

— Mais comment diable veux-tu que je devine, Anselme! Je pourrais te nommer deux mille personnes sans être plus avancé. Allons, dis-moi de quelle part ?

— De la part d'un homme qui ne t'aime guère, Edmond, et que tu n'aimes guère, je présume...

— C'est possible, je n'y suis pas du tout.

— Tu y seras, mon cher Edmond, quand lu sauras que cet homme est envoyé par Charles Blackstone.

— Charles Blackstone ! murmura Edmond qui recula de surprise et de saisissement. Et que veut-il de moi ce Charles Blackstone?

— Comment! tu ne devines pas? Ce qu'il veut de toi, c'est de l'argent.

— Le malheureux ! s'écria Edmond en frappant du pied. Mais il m'avait jure de ne point

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