PAY&16E. 24V
possible, aussi bien qu'à moi de mettre Oscar en présence de madame de Naugis. Imagines quelques phrases de convention; quelques réponses banales , une attaque calculée , une défense de commande , le temps de résistance qu'il faut à un marchand pour n'avoir pas l'air d'abandonner sa marchandise à vil prix, et de s'en défaire avec trop de contentement.
Mais ce qu'il y eut de remarquable, ce fut le changement qui s'opéra en Oscar. De souple et d'insinuant qu'il était, il devint fier et presque insolent. Il avait le moyeu, et se pressait d'arriver au but.
Voici la lettre que madame de Nangis lui remit pour le ministre :
u Mon CHER COUSIN ,
n Au nom de notre amitié , je vous recomn mande M. Oscar de Savigny. J'espère que » vous lui témoignerez la bonté que vous m'a- » vez montrée si souvent , et que vous le trai- }' terez comme un de nos meilleurs amis.
» C'est, d'ailleurs un homme de talent qui
242 LIVRS DBVXItME.
)) peut sans orgueil aspirer à de hautes destin » nées. }»
(Oscar avait presque dicté cette dernière phrase. )
«( Je vous salue de cœur, » Ahêlie. )»
S*^nniDtrmxt.
Le lendemain (k la scène qui précède, naadame jSpalma était allée à Paris, puis était i^ntrée assez tard à la maison de campagne que nous avons décrite. Dans une chambre tendue en bleu, qu'un soleil resplendissant colorait de ses rayons, auprès d'un lit élégant et somptueux, Lucien triste et pensif contemplait sa jeune épouse dormante.
A la Yue de ce front si pur qu'aucun souye«
244 LITRE DEOXIÈME.
nir pénible n*obscurcissait, de ce sommeil tranquille et profond que nulle idée ^amère, nulle pensée coupable ne semblaient agiter, de cette figure calme et limpide qui paraissait refléter une àme limpide et calme comme elle, Lucien se sentit venir de l'attendrissement au cœur. Et se pencbant doucement sur sa jeune et belle épouse, il murmura à voix basse ces paroles, comme une prière d'amour, un cantique d'actions de grâces :
— J'ai tort parfois de douter de tes sentimens, car c'est toi qui es venue dissiper les ténèbres de ma vie , ^'obscurité sinistre de mon borizon. Avant toi, tout n'était dans mon existence que doute, incertitude et douleur amère; maintenant j'ai dans mes peines un adoucissement, une consolatioi) dans ina misère , j'ai ton amour !
Et en disant ces paroles , il effleura de ses lèvres émues les lèvres fraîches et jolies de la dormeuse, mais il recula tremblant, et crai* gnit de l'avoir éveillée. Soit en effet la eommotion de ce baiser, soit le résultat d'un rêve* madame de Nangis arrondit en murmurant son bras au-dessus de sa tète. Au frémisse-
L'ANNirsnsAiaE. 245
ment de son corps, à Tagitation de sa bouche entr^ouverte, il était facile de voir qu'elle allait parler; Lucien retint son souffle et écouta :
— A ce soir, m'avez-vous dit? à ce soir.... prononça-t-elle d'une voix entrecoupée. Mais songez donc que c'est sa fête à lui !...
Lucien frissonna involontairement. C'était sa fête en effet, et on devait la célébrer. On avait préparé un grand dtner , un feu d'artifice; que sais-je! tous les plaisirs de Paris qu'on peut se procurer à la campagne.
Mais que voulait dire ces mots : à ce soir
qu'Amélie venait de prononcer. A ce soir ! où? avec qui? Lucien maintenant eût donné tout au monde pour que le rêve continuât, et cependant il frissonnait malgré lui, comme certains tempéramens nerveux à l'approche d'un violent orage. Elle continua:
— Que m'importe , lui ! dites<-vous ! Mais savez-vous que cela n'est pas bien ; le tromper, et choisir pour cela le jour même de sa fête.
Par un mouvement impétueux , Lucien ap^ procha sa main pour serrer la main de sa
I ai
246 LITBI DBUXlfcMÉ.
femme , mais il s'arrêta ; l'agitation passade qui avait contracté les traits d'Amélie s'était entièrement eJOTacée. Jamais sur son front il n'y avait eu plus de candeur et de sérénité. . Que voulaient dire pourtant ces paroles entrecoupées? le tromper! Qui voulait -elle tromper, si ce n'est lui? Mais fallait-il s'en fier à un rêve, et pouvait-elle être coupable la femme qui reposait si candidement?
Pour conserver ses illusions et fortifier sa confiance, Lucien alors se rappela tout ce qu'il lui devait; et peu à peu il en vint à se retracer le passé. Par je ne sais quelle fatalité , tous les antécédens de sa vie se retracèrent à sa mémoire. Il se rappela d'abord son enfance si grave déjà et si sérieuse; puis ses projets et ses fantaisies d'adolescent, qui ressemblaient si fort à ces chÀteaux de carte qu'un soufiEle fait écrouler, à ces palais de nuages qu'un rayon de soleil dissipe à tout jamais. 11 remonta anneau par anneau la cbatne de ses plaisirs et de ses misères ; mais quand il arriva à ce jour oiî, sur le conseil d'un ami, il s'était décidé à aller au bal, lui qui n'y allait jamais, un frisson terrible par-
LATtRlVKASAlRE. 247
courut ses membres , il sentit comme un coup de marteau à la tète y comme un poids énorme sur la poitrine qui Fempéchait de respirer. Le rêve Tëpou vantait encore.
Puis reprenant son courage , il poursuivit sa vision rétrospective. Les. idées riantes des premiers temps de son amour, les émotions exquises qu'il avait senties revinrent une à une et à leur place , comme évoquées par une voix toute puissante ; la soirée de l'Opéra surtout si agttée , si dramatique , si pleine de sensations diverses , avec son dénouement si délicieux qu'il avait failli en devenir fou.
Une circonstance indifférente en apparence, donna encore jplus de réalité à ses souvenirs, plus de consistance à ses idées. Sur le marbre granité de sa toilette , madame Spalma avait laissé le bouquet qui lui avait servi la veille au tbéàtre , Lucien le prit comme pour ajouter encore à son illusion. Il détailla cbaque fleur , aspira chaque parfum , on eAt dit qu'il remerciait en lui un autre bouquet plus cher, qui lui avait jadis annoncé le bonheur.
Une rose surtout dont l'éclat avait survécu aux richesses éteintes des fleurs qui l'environ-
248 LITKB DECXlfcMr.
naîent, attira son attention. C'était une rose du Japon , garnie de ses feuilles et de ses épinés, et si fratehe qu'elle semblait encore balancée sur sa tige. Lucien admira le velouté de ses pétales , Télégance de sa corolle , et peu à peu cet examen dégénérant en distraction enfantine, il se mit à effeuiller la rose , comme machinalement. Peut-être même s*était-il rappelé ce jeu d'enfant , qui consiste à interroger les.fl^rs sur ce qu'on désire ou ce qu'on craint. -*
L'oracle eut bientôt parlé , son doigt distrait sentit un obstacle , et au milieu des mille feuilles odorantes , il trouva un petit billet de papier fin et roulé avec soin qui contenait ces mots:
H A ce soir, dix heures, sous les marroa- » niers. »
Lucien resta immobile et pâle , on eût dit un homme frappé de la foudre ; et il fut obligé dé s'appuyer sur un meuble pour ne pas tomber à la renverse. Trompé ! trompé à n'en pouvoir douter! Trompé par une femme qu'il avait tant aimée , et qu'il aimait encore avec passion!....
L'^AIflflYERSÀlBE. 249
Quand le premier moment de douleur fut passé , sa poitrine se gonfla et son cœur battit violemment d'un ardent désir de vengeance. 11 relut encore le billet, pour y chercher le coupable. Ses bras qu'il avait relevés retombèrent accablés , l'écriture lui était entièrement inconnue. Alors il ne put que s'écrier d'une voix sombre : à dix heures sous les marronniers.
Lorsqu'il fut capable de réfléchir , le rêve lui fut expliqué. Il s'approcha du lit d'Amélie, elle dormait encore. — £h bien ! dit-il , ce soir au rendez-vous , j'y serai.
Et il sortit de cette chambre adultère, éperdu et découragé.
ai.
Lucien eût voulu prendre J'ai r , chercher le frais du parc, et se cacher dans la profondeur impénétrable des charmilles vertes et des acacias en fleurs ; mais il ne le put. Les conviés étaient arrivés, et il fallut subir leurs froides félicitations , leurs complimens stupides! Chose singulière que jamais si vous avez Ta me triste, vous ne pouvez sortir sans rencontrer des gens qui vous heurtent de leur gaieté, vous accablent de leur joie! Chose
l'atinivbisairb. 251
triste qu'un convoi de mort ne passe jamais sans croiser sur sa route ou un mariage plein d'espérance, ou une troupe d'ouvriers qui s'en vont, la musette en tète, rire et danser au cabaret.
li fallut à Lucien tout le dësir de vengeance qu'il avait, pour cacher sa colère et dissimu* 1er son dése^oir* Aussi dès qu'il le put, il quitta sesappartemens pour s'enfoncer dans le jardin, mais il n'eut pas la consolation de s*y trouver seul. Un des -invités, celui peut-être qu'il repoussait le plus, Dnterme l'avait suivi.
— £h bien! lui dit l'agent de change en l'abordant, comment cela va-t-il? mon cher monsieur Spalma. Tout ce monde vous ennuie, et vous fatigue comme moi, n'est-ce pas? vous n'aimez pas tous ces imbéciles qui rient sans cesse, et ces jeunes gens insolens et fats, qui font des madrigaux aux femmes et des plaisanteries aux maris. Mais dites-moi comment il se fait que vous ayez invité ici un homme que je croyais votre ennemi per* sonnel : M. Lionnel de Beauval ?....«
A ce nom Lucien tressaillit, comme réveillé en sursaut.
252 UYAE MUXlkKB.
— Lîonnel , dit*il d'une voix forte et ac* oentuée, ea effet pourquoi est-il ici? Qui Fa invité? ce n*e$t pas moi I Je ne veux pas qu*il reste ici , il faut qu'il parte , sa présence chez moi est un outrage que je ne puis supporter. J'ai toujours détesté cet homme !
Lucien, en prononçant ces derniers mots, allait partir d'un pas précipité, lorsque M. Duterme le retint par la main*
— Je suis enchanté, dit-il, que yous partagiez ma haine contre ce Lionnel , et que je puisse au moins vous en parler à cœur ouvert, car vous êtes un brave jeune homme , vous ! Et vous comprendrez ce que je souffre. Mais patience ! la résignation la plus loQganUne se lasse à la fin; et peut-être avant ce soir y aurat-il du nouveau!...
— Quoi donc? demanda Lucien.
— Vous verrez cela, répondit l'autre.
En ce moment la cloche du dîner se fit entendre , et les deux interlocuteurs se dirigèrent vers la maison.
Je ne vous décrirai pas l'ordonnance exacte du repas, et Fordre des services, et la qualité des vins. Ceci n'est pas de notre domaine ,
l'avniyibrsaiiis. 253
notis n'avona jafmais observé le bruit des four^ cbettes , analysé le tumulte des bouteilles; et nous estimons mieux la plus belle description, une simple observation de sentiment, un trait de naturel , si faible qu'il soit* Que vous im* portent d'ailleurs les actes matériels de la vie, maintenant que tant de sentimens ée mêlent, que tant de passions se heurtent. Cher^ chez vous-même à ti^avers le bruit général de la conversation et le retentissement d'une gaieté unanime, tout ce qu'il dut y avoir d'ea^ përances ou de craintes, d'idées poignantes ou douces, d'inquiétude ou de soupçons dans ces six personnages réunis, comme par hasard , dans le même lieu : Lionnel de Beauval, Amélie de Nangis , Oscar , Duterme et sa femme, et enfin Lucien 3pAlma , le plus pauvre et le plus malheureux de tous ; car on souffre en raison de ce qu'on est , et il semble que les natures Supérieures n'aient plus de puissance que pour la douleur.
Dans ce long entr'acte du diner, servant, pour ainsi dire, de^halteà l'action qui devait se dénouer bienti^t , il n'y a qu'un fait à vous rapporter. Sur la fin du repas, au dessert^
254 UVIIB MOXIÈMC.
Oscar se leva et prenant son verre à la main, il proposa d'une voix claire et vibrante^ un toast à Lucien Spalma. Tous les convives acceptèrent la proposition avec enthousiasme, et tous répétèrent d'une voix forte :
— A Lucien Spalma !
Lucien pressa avec effusion la main d'Oscar.
— Merci, lui dit-il à voix basse, merci, j'ai bien besoin de croire à la sincérité de tes paroles , à la constance de ton affection ; merci f...
Il semble en effet qu'un sentiment ne s'affaiblisse jamais qu'au profit d'un autre; et lorsque l'amour vient à s'éteindre ou à se brider, il est rare que le cœur, cherchant oii se prendre, ne s'attache avec plus de force àlV mitié. Ce que nous disons , Lucien l'éprouvait en ce moment, jamais peut-être il n'avait plus senti le besoin d'être seul avec un ami , pour lui confier ses chagrins , pour se débarrasser de la moitié de ses angoisses. Il lui fallut pourtant se taire , il lui £allut étouffer dans sa poitrine les tourmens qu'il ressentait. Il lui fallut prendre un air riant , pour répondre aux convives, il lui fallut rire avec la mort dans
l'ahrivsssaire. 255
le coeur. Car ne croyez pas que le désir de la veDgeance absorbât tellement toutes ses pen« sées, qu'elle ne laissât pas de place à la tHs-> tesse. Il eût voulu ne pas avoir trouvé le &tal billet, il eût voulu ne rien savoir, car il sentait que son bonbeur était détruit à tout jamais, car la foi seule le r^idait beureux, et il venait de perdre une illusion bien douce, une croyance bien cbère.
Lorsque tous les convives furent au jardin , il s'enveloppa d'un manteau sombre, enfonça son cbapeau sur ses yeux, et dirigea ses pas vers le lieu qu'on appelait de bosquet de l'amitié , et qui devait maintenant prendre un autre nom. La nuit était silencieuse ; de rares étoiles brillaient à travers les nuages gris; les arbres balançaient doucement leurs cimes feuillues, et le vent murmurait tristement parmi les branches épaisses des chênes qui mêlaient leurs teintes noires aux teintes de l'horizon rembruni.
Lucien se cacha derrière la gothique statue de l'amitié, l'oreille au guet et faisant silence ! Long-temps il attendit, sans entendre autre chose que le murmure monotone et doux que
256 L1TAE DSUXllEME.
fait la Seifoe en fuyant sur les cailloux de son lit, autre chose que le cri plaintif des hibous qui se répondent dans la nuit.
Qui pourrait exprimer les pensées tumultueuses de son âme , l'excessive agitation de son cerveau ! Que venait-il faire à cette heure, lui Lucien Spalma , Thomme d'imagination et de cœur , caché derrière une ruine , comme un malfaiteur qui attend sa proie? Pourquoi ces tolirmens , ces inquiétudes ? Qui causait tous ces malheurs? qui avait voulu que tout cela fût ainsi? Pourquoi cette femme était-elle venue se jeter ainsi à la traverse de sa destinée ? pourquoi l'avait-il vue? pourquoi Tavaitelle aimée ? pourquoi ?...... Il se perdait dans
cette mer de questions et de problèmes , et les yeux fixés au ciel , il semblait de son œil perçant interroger les nuages, et leur demander s'ils savaient cela mieux que lui.
Enfin un bruit de passe fit entendre sur le sable, comme de quelqu'un qui s'avançait avec précaution. Lucien avança la tète, et aperçut un homme, enveloppé comme lui d'un manteau , et mystérieux comme lui. Ne pouvant alors contenir sa violence, il s'avança
L'AIfllIVBRSAlRE. 257
vers le nouveau venu. Une forte détonnation se fit alors entendre, et à la lueur d'une bombe qui éclata dans Fair et retomba en pluie, Lucien reconnut Du terme. Du terme venu dans un même but, dans une même crainte sans doute.
Cela peut-il donc être ? Est-il possible que le hasard accouple ainsi dans une même destioëe deux hommes si différons, deux contrastes si tranchés, deux oppositions si vivantes : l'agent de change Duterme et le poète Lucien Spalma.
A cette apparition , il n'est pas besoin de vous dire l'étonnement de Lucien ; éperdu et honteux , il se sauva en courant , malgré les efforts de Duterme pour le retenir.
Un iiimxtmtnt bt femme*
Si Lucien se ÎM trouve seul, en rentrant, avec sa femme, nul doute qu'il n*eAt exhalé ouvertement son indignation et sa rage ; mais dans le salon illuminé avec gotkt, une société nombreuse s'était déjà réunie, et assise devant le piano, madame Duterme, d'une voix légère et coquette, essayait un air nouveau que de nombreux applaudissemens interrompaient par instans. Lucien comprima donc
260 LITRE DEUXitMB.
sa colère, et remettant à un autre moment le soin d'éclairer ses doutes et de confirmer ses soupçons, il se retira dans sa chambre, et s*y enferma.
A demi étendu sur un sofa, il se laissa aller aux réflexions pénibles qui Taccablaient, interrogeant le passé, creusant l'avenir, et ne voyant partout qu'infirmités et misères. Longtemps il froissa dans ses mains le fatal billet qui lui avait tout appris ; long-temps il chercha à reconnaître dans les caractères la trace d'une écriture connue ; et ne pouvant y parvenir, il décida que le lendemain il exigerait de madame Spalma une explication et un aveu.
Mais quand il en vint à se demander oiî il allait^ quels résultats il pouvait espérer, en quoi une pareille certitude soulagerait son Qceur et adoucirait sa blessure, il tomba dans le découragement le plus profond, dans la plus complète désespérance.
Hélas! un coup bien cruel lui avait été porté.. Pour Lucien, homme d'imagination, ce qui lui arrivait n'était pas un malheur ordinaire, c'était une partie de sa vie qu'on lui
UN Btvévmtm n mua, 261
devait; il avmt cra à rameur, et il était àésahuêé. Par suite même de ses réflexions , une réaction s'opéra dans son esprit, il se dit qu'il était indigne de lui de s'affliger ainsi , qu'après tout il était supérieur à l'amour d'une femme, que c'était folie dé croire dans un monde incrédule, qu'il n'y avait d'autre chose à faire qu'à se consoler de son mieux , et à s'étourdir. Dans son accès de scepticisme , il imagina une vengeance assez singulière, et il s'endormit avec l'espèce de contentement que donne un parti pris, une résolution nrrétée. Quelques jours après, à son hôtel de Paris, assis devant un bureau d'acajou, il attendait. Qui? je l'ignore, mais soit que ses idées de scepticisme fussent d^à évanouies, soit qu'un sentiment religieux s'y mèiAt encore malgré lui, sur le dos d'un livre qu'il tenait à sa main, vous eussiez lu ces mots : la Sainte Bibiei,... la Bible! livre admirable et divin , pensait-il , qui a des chants de triomphe pour toutes les joies, des hymnes de deuil pour toutes les misères ! immense réservoir moral, oii toutes les émotions humaines , toutes les affections terrestres se confondent en une
^2 LIVBB BKUXltH.
seule pensée : Dieu ! oomine- tous les fleures en un seul : rOeëao. La Bible ! où toutes les couleurs se marient, ou toutes les nuances se mêlent comme dans un arc-en-eiel éclatant; la Bible oii la poésie resplendit à côté de la raison , le lyrisme auprès du dogme , Isaïe à côté de Salomon. Immense monument qui n'est pas l'histoire d'un peuple, mais l'histoire de tous les peuples, et que l'Orient nous a légué , comme souvenir et comme enseignement.
Plongé dans une extase merveilleuse, dans une indicible rêverie, on eût dit c{ue Lucien avait oublié les peines de cette vie , et qu'il habitait un monde meilleur. Peut-être son âme dégagée de ses liens terrestres , s'en allait-elle par-delà les plaines éthérées chercher un bonheur inconnu, des voluptés inouies ; car qui sait ce qu'un esprit rêveur et mystique peut trouver, en partant des sublimités de la Bible, pour s'élancer à travers les espaces incommensurables de l'infini. Non , certes, ce n'était plus l'homme de la veille, furieux et méditant la vengeance, pleurant son amour trahi ^ et ses illusions perdues. A
VV BftTOmiMIHT BS fBHMB. 263
Toir le calme de ses traits, la résignation douce empreÎBte sur sa figure, on n'eât jamais deviné ses souffirances passées , sa jalousie , ses soupçons affireusement réalisés; et peut-être luimême avait-il tout oublié?
Mais trois coups frappés doucement à la porte vinrent le tirer de sa rêverie , et le rappeler à la réalité. La porte ouverte, une femme entra , et se posa devant lui, grave et sérieuse, c'était Stella.
— Vous m'avez écrit de venir, dit-elle, en montrant un papier à demi froissé , qu'elle tenait à la main. Vous voyez que je suis fidèle àma parole : me voici, quevoulez-vousdemoi?
Lucien hésitait à répondre, tant le regard de Stella était fixe et morne , tant il y avait de noblesse dans ses traits, de pâleur sur ses joues ; et puis, il avait peine à se rendre compte de la fantaisie bizarre qui lui avait fiiit écrire à la jeune femme, et dans ce moment, il ne pouvait plus retrouver la suite d'idées à laquelle se rattachait son désir violent de la revoir. Quelques lieux communs s'échappaient de ses lèvres; mais Stella l'interrompit.
264 LIVBB MreXlÈWEr
**^'Je tw bien» dUt^le, qu'il fiiut vwtt épargnât renom de chereher une repense, vous m'eves fait venir , monsieur, puroe que veiis vous ètet fiouvenu que j'étai» siAxe débitrice.
'-^ F^'ejonteE'paeuiie parele^ niadame, ou je croirait que vous a^ez peine à me pardonner le léger eenrioe que j'ai pu vous rendre.
«^ Aiore pourquoi oette invitation si pies* santé , cet appel que vous avez fjEiit à ma mémoire'? Pourquoi « dites? Oh! mpnsieur, je eraignais 4e vous avoir deviné.
La voix de Stella était grave et sonore, ses cheveux noire qui se découpaient en iMindesu sur son front lisse et blanc, la fixité de son regard, l*immabiUtédesonattitude» donnaient à sa personne , je ne sais quiH aspect mysté* rienx et imposant : on l'eût prise pour une statue de 1a douleur, ou pour quelqu'une de ees victimes que les anciens immolaient dans leurs fêtes.
Sans doute Lncien , en lui écrivant, n'avait eu d'autre but que de chercher hors du cercle monotone de ses habitudes , une émotion passagère , une distraction d'un moment. Mais
un DÉTOCBHBIIT W VIMMK. 265
celte feiDiDe ^taH M aérieùse et n belle , qu'il ne vengea qu'à lui demander pardon. Pour tout autre hooiQoie» SteUa n'eàt été qu'un ho* chel acheté à prix d'argent. A Uieien, feible et enthousiaste > elle apparut connue un être d'une nature à part« Son imaglnatioa frappée par un contraste imprévus prêta unegrandenr et une dignité fiacticea au langage et aux gestes de tetle femme. H fut subjugué , il ne lui parla qu'avec une sorte de crainte respec* tueuse. Quelle que fût Stella aux yeux du monde , elle triomphait en ce moment ou un homme la jugeait et la comprenait en ellemême , et séparée de ses oeuvres. C'est qu'il n'appartient qu'aux esprits supérieurs de reconnaître dans autrui la supériorité native, qui existe indépendamment du fait. Lucien devina que cette femme n'était pas une femme ordinaire.
— Pardon, lui disait-il, en se voilant le visage de ses mains pour cacher sa rougeur, pardon , j'étais un fou. Je vous ai offensée , vous , si belle, mais soyez indulgente, j'étais bien malheureux.
En disant ces derniers mots, il regarda
266 UTfti MVXitnB.
Stella, suppliant et les larmes aux yeux; car il se sentait bien coupable envers elle. Stella adoucit peu à peu sa fi]gure, ses traits devinrent moins sévères , sa pose moins imposante.
— Je ne vous en veux pas , reprit-elle. Je devais m*attendre à ce qui m'arrive! Et pourquoi vousaurais-je cru plus de générosité qu'à un autre et de désintéressement.
Elle calomniait encore l'intention du jeune homme.
— Pourtant , je l'avouerais , il m'avait semblé à vous voir, que vous deviez penser noblement, j'avais cru. découvrir dans vos traits une délicatesse qui me faisait espérer : je me suis trompée.
Lucien la rassura encore, sa vmx devint caressante, son œil persuasif et bon, ses paroles douces , peu à peu lui et elle sympathisèrent, et se comprirent comme deux amis qui se retrouvent.
A mesure que Stella parlait, Lucien sentait son étonnement redoubler ; oii cette femme avait-elle appris ces expressions si simples et en même temps si énergiques? où avait-elle connu ces douleurs si exquises et si recher-
vif DÉVOUEMENT DE FEMHE. 267
chées? qui lui ftvait donné cette douce résignation ? Sans doute son existence devait être un long tissu d'événemens tristes , et d*incidans malheureux. Enfin Lucien voulut voir à quelle source elle avait puisé sa force : il lui demanda l'histoire de sa vie.
— Vous le voulez , dit-elle , je vais vous obéir, et je serai brève , car cette vie ne date à peu près que d'un an.
Il y a un an, j'étais encore auprès de. ma mère, dans le village de Saint-Tropez en Provence, j'avais dix-huit ans, en me regardant vous jugerez si j'étais jolie, car déjà bien des chagrins ont pâli mes joues , et bien des larmes ont brûlé mes yeux : la douleur enlaidit plus vite que le temps. Jusque-là j'avais mené une existence tranquille, me laissant aller, insoucieuse, à mes moindres caprices de jeune fille, et ne m'interrogeant guère sur
vif DftYOUBXBIfT M FIIVE. 269
me8seiiSBlions4iliiion avenir* Lorsque le madn j'allais respirer le parfum des fleurs et la brise odorante, lorsque le soir je m'asseyais seule sur le rivage de la mer, et que mon âme s'abandonnait à uae molle rêverie, mes vagues désirs n'avaient encore aucune forme arrêtée, et je souffrais doucement du mal de l'exis^ tente, sans pouvoir préciser l'espoir inquiet qui m'agitait presque à mon insu.
Un soir, quelques pècbenrs vinrent implorer le secours de ma mère, pour un jeune homme qu'ils venaient de retirer des flots. Ma mèm était la bienfaitrice du village. Un malade, un blessé devenait son enfant, et sa modique fortune suffisait, dans ce pauvre pays, à l'exercke le plus généreux de son li«ma|iité. Elle répondit, comme toujours, à l'appel de ces bonnes gens, et ses soins éclairés rappelèrent bientôt à la vie le malheureux à qui elle les prodiguait»
On nous dit que cet homme avait cher^ ché à se donner la mort : aussi dès qu'il revint à lui, ce fut pour maudire ceux qui l'avaient rendu au monde , et pour reprocher à ma mère sa funeste compassion. Hélas, il de-
270 LIYEI BEVXliVE.
vait plus tard l'en punir cru4lenient. Cependant il consentit à vivre, et peu à peu Thnmeur sombre qui l'avait poussé à cet acte de désespoir, parut se dissiper ou du moins s'adoucir. Il s'établit dans une petite aubei^e du pays, où il était descendu quelque temps avant.
Chaque jour Edouard venait passer plusieurs heures avec nous, ma mère l'avait jNns en amitié, il était si jeune, si beau, si malheureux ! Et puis il y avait dans ses manière^ une étrangeté mystérieuse qui subjuguait cette excellente femme. Que vous dirais-je, monsieur, sa fille ne fut pas à l'épreuve du charme qu'elle attachait aussi aux moindres paroles de cet inconnu. Je l'aimai bientôt de toutes les forces de mon àme, de toute la violence d'un premier amour. Pour Jui, toujours froid et réservé, il semblait n'avoir plus nen à souffrir des passions humaines. La mienne s'en irrita,. et bientôt il lui fut impossible dé douter des sentimens qu'il m'avait inspirés; alors il prit la résolution de .quitter le pays ; mais auparavant il eut avec moi une conversation qui décida de mon sort*
UN DtTOUBVSirr BB PBHHS. 271
— VoHS m'aiâMz 7 me dit-il.
Et moi, je lui répondis avec assurance : oui !
— Il faut donc que je vous fuie, rep«it-il, car je ne puis pas, je ne dois pas Vous rendre votre amour ; oubliez-moi, Stella, ou vous apprendrez bientôt par vous-même ce qu'on gagne à mêler sa destinée à celle d'un malheureux. Voyez, vous m'avez sauvé la vie, et déjà la contagion de ma fortune vous devient funeste; oubliez-moi, il en est encore temps; aussi bien mes jours sont comptés, et si vous me connaissiez mieux, vous ne joindriez pas à vos doux rêves d'amour la pensée d'un homme que la société repousse de son sein, et qui ne peut désormais chercher de repos que dans le néant.
Je fus efirayée de ces paroles. Le secret de son existence ^lait-il donc si affreux qu'il lui fallait me le cacher, ou fuir ? quel crime avaitil donc commis ? je voulais le savoir, car je i'aimais !.. Son crime ! j'insistais pour le connaître, et il me le dit enfin !... Son crime ! c'était d'avoir plus d'énergie et de force que les hommes de son siècle, de mépriser des
2^2 UTRB DC«XltH.
coutumes et des lois «orannées, des mceurs étroites et des usages mesquins; c'était de croire à la liberté, et de la chercher au milieu de notre esclavage.
Ce qu'il me dit alors, moasieur, est resté gravé dans mon cœur ; mais les paroles me manquent pour le redire. Je n'essaierai pas de vous répéter l'histoire de ses nobles souffrances, de se» luttes généreuses contre toutes les entravic» indignes de lui, de ses combats désespérés pour le triomphe d'une idée d'affranchissement; hélas, il fut vaincu, le monde ne lui pardonna pas ses efforts , et l'en punit par la misère.
En ce moment , Lucien ne put retenir un mouvement de surprise. Le souvenir de cet ami de collège qu'il avait rencontré quelque temps auparavant lui revint tout*à-^oup , et la ressemblance des deux canadères, qu'il comparait en lui-même , le frappa si vivement qu'il murmura le nom de Churchill.
— Dieu , s'écria Stella , vous k connaissez!
— C'était donc Itii , répondit Lucien , j'aurais dà le deviner. Il y a peu d'Iiommes aussi fortement trempés ; mais continuez, Stella, je
ae connaM de soq tûatoire que les dernièressouffirtfiees dont tous m'avez parlé, et dès que vetre vie est mêlée à la sienne , je m'inté* resse doublement à Totre récit.
— Je ne sais alors comment j'oserai vous dire tout.
— Je vous aiderai , dit Lucien , en souriant tristement.
— Lorsqu'Édouard voulut se donner la mort, reprit Stella, ses ressources n'étaient pas entièrement épuisées. Le peu d'argent qui lui restait , lui suffît pour vivre un mois à Saint- Tropez , et o'est au moment où la faim allait réeUement'se faire sentir , qu'il eut avec moi cette conversation , où j^appris à le connaître. Je ne croyais pas que mon amour pour lui put s'aeeroltre ; mais combien je m'étais trompée ! il ne m'aimait pas« encore , et pourtant je lui étJHs dévouée, )e respectais sa douleur, j'ad-< mirais 9a misère ; tout en lui me subjuguait jusqu'au fanatisme. Il partit, comme il me l'avait dit , en me priant de l'oublier ; mais je savais qu'il me quittait pour mourir; et le lendemain, monsieur.... j'étais auprès de lui, à Marseille. Pour lui j'avais abandonné ma
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mère, j'avais laissé ma douce et paistâe existence , je lui sacrifiais mon repos , mon honneur; je lui aurais sacrifie ma vie, sans demander seulement qu'il m'en tint compte. Je ne pensais qu'à une seule chose, à l'aimer; et pourvu qu'il ne me repoussât pas loin de lui, j'étais heureuse.
Il fut enfin touché de compassion ; voyant que j'étais décidée à mourir, s'il mourait, il reprit courage, et s'occupa de nous soutenir tous deux. Alors seulement je crus lui avoir sauvé la vie : j'étais contente de moi, et quand la faim et le besoin vinrent nous trouver, j'étouffais mes plaintes en pensant que/na }Hrésence empêchait Churchill de se livrer au désespoir. Au moins il cherchait à travailler, il s'efforçait d'utiliser ses talens, et les nomhreux refus qu'il éprouvait, ne lui étaient pas mortels, car j'étais là ; l'idée qu'il vivait pour moi me consolait de tout ce que je pouvais souffrir.
Tant que ma in^e vécut, son indigne fille n'eut pas à craindre les dernières horreurs, do besoin. Elle nous fit passer des secours à Marseille, où nous demeurions, et son cœur ou-
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blia mon ingratitude , pour ne penser qu'à ma misère. MaiseUe ne résista pas long-temps à la douleur que lui causait ma (tiite, et je la perdis peu de mois après. Un dernier malheur m'attendait encore. Churchill avait placé dans je ne sais quelle entreprise com* merciale la fiaible * somme qui me rerenait de la succession de ma mère. Une banqueroute nous fit tout perdre, et à peine nous resta-t-il assez d'argent pour venir à Pians.
Permettez-moi, monsieur, de passer rapidement sur ce qui me reste à vous dire. Vous n'exigerez pas que je vous raconte, mot par mot, comment j'en suis venue à l'état d'abaissement où vous me voyez ; ah ! puissiez<rvous ne jamais connaître la misère et la faim. J'étais à Edouard, je l'aimais, et enfin, j'ose m'en glorffîer , j'en étais aimée : eh bien ! je me suis vendue à un autre, j'ai acheté de l'or au prix* de ma honte ! .. . Il le fallait t
— Je sais tout, Stella, dit Lucien : Chur^chill ne m'a rien caché , car il était sûr que je comprendrais votre généreuse conduite. Lorsque le hasard me le fit rencontrer, il y a quelque temps , il ne craignit pas de dévoiler
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le secret de sa rie à uo ancien camarade d'eofanoe , et dès ce jour, je vous ai admirée saos vous connattre.
— Et lui! monsieur, n'est-ce pas lui seul qu'il faut admirer? Ah ! ne soyez pas injuste comme le monde : tenez4ui compte de son courage à supporter la vie ; il vous a dit quelle fut sa faute : n'aurez- vous pour elle qu'une injurieuse pitié? La société la punirait avec raison ; mais moi , j'entends au fond de mon ccBUF une voix qui l'absout et qui la glorifie. Edouard m'avait donné l'exemple du dévouement: j>'ai dû l'imiter. Seulement sa lutte avec le monde était trop périlleuse : je n'ai 4pas voulu vivre au prix de son sang; mais j'ai mieux aimé le nourrir du prix de ma boute, i'fli cru que mon amour puriâeraît le finiit dé mes sacrifices. Vous êtes bon et généreux : jugez-moi.
Lucien était vivement ému. Il ne pot trofl-* ver dans ses paroles que celtes^ci :
— Pauvre Stella!
Le Qom d'Edouard Churchill ne paraîtra plus dans le courant de cette histoire. Nous avons cru pouvoir interrompre un instant no* Ure récit principal , pour anticiper sur les évënemens et terminer cet épisode, qui déjà peut<*ètre semblera trop long.
Lucien chercha à se rendre utile h son camarade d'enfance. Quelque temps après la visite de Stella , il fît venir Churchill , et lui proposa de passer en Portugal , et d'y servir
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la jeune reine, dans l'armée de laquelle il avait obtenu pour lui une commission de lieutenant. Edouard accepta , bien qu'il lui fallut quitter son amie. Mais l'espoir de mourir ou de gagner de quoi yivre, le décida facilement. Stella elle-même comprit la nécessité de le laisser partir, et se résigna , comptant le rejoindre à la première occasion. Mais à peine Edouard fut-il rendu à son poste, qu'une balle miguéliste le délivra de cette vie qui lui était à charge. Le bâtiment qui l'avait transporté en Portugal rapporta au bout d'un mois la nouvelle de sa mort. Les consolations de Lucien purent seules soutenir Stella dans sa douleur.
Mais , pour tout dire , elle supporta plus facilement ce choc terrible , qu'on ne s'y fût attendu. Peut-^tre cet amour yi<^ent n'étaitil qu'une soumission magnétique à la force et à la supériorité de .Churchill : peut-être la présence continuelle de cet homme l'avait-elle seule maintenue dans son exaltation? Stella pleura beaucoup : mais elle vécut.
ia bemanbt m eéfMitattan.
Peadant ce récit , Lucien s'était raj^rochë de Stella. Ses regards attentifs épiaient aridément les moindres traces de Témotion que ressentait la jolie conteuse , et les inflexions variées de cette voix pénétrante résonnaient à ses oreilles comme une mélodie grave et mystérieuse. Avec quel délice il savourait cet accent si plein de vérité ; avec quel intérêt il ^vait dans toutes ses phases cette vie de