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ces b&uted salles que nos aïeux fiedsaient à leur taille; mais vous y chercheriez en vain ces petites connnoditës de la vie que nous avons inventées à notre usage, ce bien-être calculé que nous demandons à l'architecture moderne. On a bien, autant que possible, ajusté à cet antique monument quelque peu de toi* lette à la mode ; mais les rideaux de mousse* line jurent avec les fenêtres en ogive, et tout ce clinquant de rapport ne fait que mieux ressortir l'antiquité sévère de l'édifice. On voit d'ailleurs qu'un sentiment de respect religieux a rendu sacrés tous ces vieux souvenirs , et qu'au front de cette demeure une sainte croyance a imprimé son cachet indélébile. Ce culte du passé , cet esprit de religion qui dominait toutes choses se révèle à chaque pas, se manifeste pour ainsi dire sur chaque pierre. A l'un des angles de la maison , et dans un enfoncement obscur, vous pouvez voir une madone avec cette inscription :
Si Tamour de Varie En ton cœur est gravé, En passant ne t*oublie Be ]i)i dire un ave.
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Pauvre maâone, si sainte et si bënîe jadis, si oubliée maintenant, et qui au lieu depHères et d'offrandes ne recueille peut-êfre plus que les grossiers sarcasmes d'un valet insolent !
Près de cette madone , et au-dessus d'une , . porte cintrée , on remarque encore un débris plus étrange. Nul ne sait quel religieux artiste, quel sculpteur inconnu a creuàé dans le granit cet homme couché qui regarde le ciel, les mains jointes !
Seulement en s'approchant , on lit au-des^ sous le millésime de 1 456. €e ne pouvait pas être une époque moins reculée que celle oii l'on priait ainsi.
Autour de cette madone , autour de cette figure qui prie, le lierre a étendu impunément ses longues bandelettes brunes, et du milieu de ces touffes de feuilles rondes et luisantes jaillissent quelques plantes sauvages, qui abandonnent au vent leurs panaches de fleurs rouges et blanches. Oh dirait qu'une nature ans-» tère et vieille a voulu servir d'encadrement à une religion plus vieille encore.
Le jeune homme , qui se trouvait alors en face de ce tableau, n'y prêta aucune attention;
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maïs ayant aperçu un domestique qui venait à sa rencontre :
— Où est madame? demanda-t-il , d'une Yoix haute et brusque.
— Madame est dans le parc, répondit en s'inclinant le domestique.
— C'est bien ; je la trouverai.
£t Oscar (car c'était lui), disparut bientôt à travers les allées, et sous les massifs rerdoyans.
Que venait Caire Oscar à cette heure ? • .
Pourquoi n'avail>41 point parlé de Lucien? Que veulent dire cette imipatience et ce mystère? Je ne sais; mais vous pouvez étrecer-^ tain, en le voyant, qu'il y a quelque chose de honteux à faire, une œuvre ténébreuse à ac-** compila.
Le parc était un de ces vieux domaines couverts d'ombre, et formidables de profon-» deur. Des chênes gigantesques se' tordaient^ se groupaient, s'élançaient avec une vigueur inouïe. Des ormes séculaires s'arrondissaient en voûtes immenses au-dessus des larges al-^ lées, et de leur feuillage touffu projetaient sur la terre une humide fraîcheur. Parfois un
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paie rayon de soleil glissait à travers ce dénie de verdure , et allait en se brisant jouer sur le sable des avenues. Parfois aussi, quand le vent agitait ces nuages de feuilles, c'était un murmure plein de charmes, un bruissement plaintif, et comme une voix mystérieuse qui soupire des mots inconnus. Parmi les aubaines en fleurs , voltigaient de frêles fauvettes avec leurs joyeuses chansons, pendant que sur la sommité des chênes se balançaient de noirs ramiers, en faisant entendre leur roucoulement monotone. Il y avait dans cette solitude animée une harmonie de bruits et de couleurs, un mélange de tristesse et de bonheur qui pénétrait Tàme de douces pensées, et rélevait vers les cieux.
L'allée qu'Oscar suivait, bordée d'arbres de Judée et de catalpas, aboutis^it à une espèce de rotonde sombre et touffue, qui ressemblait assez à un boudoir de verdure. Il imagina que celle qu'il cherchait avait pu demander à cet endroit solitaire un refuge contre la chaleur du jour, et aussi contre les regards des curieux.
Dans cette espérance il pressa le pas, et à
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mesure qu'il approchait, les plis qui chargeaimt son front , les nuages qui obscurcissaient sa figure disparurent peu à peu. Sa physionomie reprit le calme qui lui était habituel, et le sourire reparut sur ses lèvres; oo eût dit un acteur qui , prêt à paraître en scène , laisse de c6té ses chagrins intimes et personnels , pour se donner tout entier aux exigences de son rAle. Parvenu au bout de l'allée , et presque jusqu'à l'enceinte circulaire, il avança lentement et retenant son haleine, jusqu'à ce qu'enfin, n'entendant aucun bruit, il se décida à pénétrer dans le sanctuaire.
Personne ne s'y trouvait , personne excepté une vieille statue décrépite et noircie par la pluie , avec cette épigraphe à ses pieds , ou cette épitaphe , si vous voulez : amicitia.
A cette vue, Oscar ne put retenir un violent geste de désappointement, non pas que cette statue de l'amitié et cette inscription à demi effacée réveillassent en lui une idée pé->nible, il s'était trompé, voilà tout. Sans se dépiter plus long-temps , il se remit donc en route. Et comme il approchait d'une grotte
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ÊdiriqQée en graàit moussu , il aperçut dans le demi jour du kiosque en rocailles quelque diose de blane, qui tantôt paraissait immobile, et tant^ s'agitait légèrement selon le calme ou la mobilité du vent.
Il entra: c'était Amélie de Nangis^ la femme indigne de Lucien Spalma*
En voyant Oscar elle jeta un cri , et baissa la tète , palpitante d'émotion et de surprise. Lui yint se placer devant elle, la regardant avec des yeux pleins d'une admiration jouée, et lui disant avec affectation :
— Que vous êtes belle!
Ils étaient donc en présence : Oscar et madame de Nangis ; tous deux si bien faits l'un pour l'autre , celle*ci femme médiocre ayant juste assez d'intelligence pour comprendre le pouvoir d'une volonté tenace et incessante , celui-là chez qui un égoïsme persévérant et longanime tenait lieu de tout, d'amour, de religion , de génie. Spectacle étrange queces deux personnages dans ce réduit silencieux, que ces deux êtres sans portée et sans foi, au milieu de cette nature grave et sublime !
Pourtant il faut l'avouer, la mémoire de
madame de Nangis n'était pas si entièrement éteinte , ses nerfs si complètement usés qu'elle ne pût trouver dans le bleu du ciel , dans les fleurs , dans tout ce qui l'entourait ,- une réminiscence de poésie banale et vulgaire.
— Voyez , dit-elle après un instant de silence , comme la nature est riante ! Et ne croyez-vous pas que si le bonheur existe quelque part , il doit se trouver ici ?
Un étrange sourire plissa les lèvres d'Oscar.
— Amélie, répondit -il d'un ton froid, auriez-vous donc oublié ce que vous m'aviez promis, cette lettre pour le ministre.
— La voilà , dit madame de Nangis en tirant de son sein un papier à demi froissé.
— La recommandation est pressante, n'estce pas?
— Pressante, répondit madame de Nangis.
— C'est bien.
Et il déposa sur le front d'Amélie un baiser firoid et presque conjugal.
Midi sonnaitlentement à l'borloge lointaine du village.
Oscar partît.
ao.
Pour expliquer ce qui Tient d'avoir lieu, nous ayons besoin de remonter quelque peu le temps écoulé , et de tous initier aux secrets du passé. 11 est facile de comprendre comment madame de Nangis , femme vaniteuse , et cachant sous un vernis de sentimentalité apprêtée, un esprit court et une Àme commune y avait cessé en si peu de temps de trouver du charme au caractère aventureux de Lucien Spalma, devenu son mari. Il sera facile
aussi de se représenter comment Oscar s'était insinué peu à peu auprès d'elle , et avait fini par triompher; pour certaine femme la patience est tout , et plus d'un cœur ressemble à ces rochers qu'une goutte d'eau , en tombant tocgours et régulièrement, amollit et creuse à coup sàr.
A mesure que Lucien, guéri de son activité fiévreuse, s'abandonnait à la vie contemplative et négligeait sa femme , Oscar devenait de plus en plus empressé. Il est certains détails que l'esprit élevé de Lucien ne pouvait comprendre, et qu'Oscar entendait à merveille. Cela n'était pas peu de chose pour une femme comme madame Spalma, avec son humeur légère et toute de détails. Si par exemple on allait au bal , c'était Oscar le cavalier indispensable ; c'était lui qui donnait son avis sur le choix d'une parure , et avait soin d'envoyer à la jeune femme le bouquet de meilleur goût. S'il fallait voir la pièce nouvelle , le drame à la mode, Oscar était encore là, recueillant chaque mot de son élégante compagne , minutieusement attentif à ses observations, souriant à ses épigrammes , appuyant sur cha-
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cune de ses paroles. Il était là, non pas comme Lucien qui donnait tout son amour en bloc, et en demandait autant; mais il dëtaillàit son adoration, il ponctuait, pour ainsi dire, ses sentimens.
En lui madame de . Nangis trouvait un homme obéissant , dont la grâce inaltérable et le caractère conciliant répondaient au besoin qu'elle avait de fades' hommages. C'était comme un miroir flatteur qui réfléchissait ses traits , et les lui renvoyait plus beaux et plus adorables encore.
Elle ne sentait point pour lui ce qu'elle avait éprouvé un instant pour Lucien : cette espèce d'éblouissement passager et d'ivresse de nerfs qui lui avait donné le vertige. Dans ces deux époques de sa vie , elle s'était trompée. Elle avait pris Lucien pour époux par amour, et Oscar pour amant par reconnaissance; en* fin elle semblait avoir fait un mariage d'incli* nation et un adultère de convenances.
Si de ces sentimens qui s'étaient fortifiés jour par jour , minute à minute , je ne vous ai pas exposé la conclusion, c'est qu'il est trop simple de s'en rendre compte. Il vous sera