UN FOATEYBCILLK DS POÈTE
Il voulait entrer dans la vie, comme Raphaël au Vatican, avec Tadoration de tous.
Ses vœux étaient insensés !
11 ne trouva pas d*amis ; le siècle répondit à son ambition.
Enfant laisse sommeiller tes rêveries. La poésie, vain hochet, pouvait amuser le monde encore jeune, mais elle est détruite à jamais, et remplacée par le compas mathématique. Que nous importent les poètes dans nos cités, cil nous possédons de commodes maisons, bâties selon les lois de la géométrie, et non avec la lyre d'Amphyon.
Les médecins lui prouvèrent phrénologiquement que Tidéalité était sœur de la folie.
Les littérateurs lui dirent que le métier ne valait rien, et que ce n'était plus la peine de s'y mettre.
C*est à cette époque que Lucien, nié et blasphémé par tous, tomba dans un désespoir profond ; il devint maigre et pâle, il était plein de tristesses amères, et d'ambitions inquiètes. Pauvre encore, il regardait avec un œil d'envie ceux-là qui ont des richesses ou au génie, des plaisirs ou des honneurs. Il se
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répétait souvent qu'il est doux d'avoir des amours logés en des palais magnifiques , des fêtes où arrivent des femmes parées de vétemens soyeux, de pierreries étincelantes, et dont les bouches de rose ont un remède sàr contre l'ennui et le désespoir.
Il songeait souvent aux applaudissemens et au respect de la foule, à l'adoration naissante au sein des jeunes âmes, à un nom promb à l'avenir et proclamé dans les âges futurs. . Et puis, quand, après avoir déroulé devant ses yeux ces sublimes tableaux, ce chant universel des bonheurs de la terre, il pensait que Dieu ne lui avait pas donné une part dans ses merveilles, que jamais son nom ne serait une des notes de ce grand concert ; quand, dis-je, il songeait à toutes ces choses, il versait des larmes abondantes, et voici les plaintes misérables qu'il exhalait.
Oh ! mon Dieu, mon âme a rejeté tous ses rêves, et n'est plus qu'un espace vide oiî s'étend la pensée du néant ; j'ai peur de m'a-
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voaer que je suis seul pour aimer. J'ai compris que mou esprit n'était pas un esprit vul* gaire ; qu'il s'y développait chaque jour un instinct de génie : et quand j'ai révélé aux hommes ce glorieux mystère, je les ai trouvés incrédules à ma parole et riant de mon orgueil.
Hélas ! je succomberai à de pareilles épreuves ; je n'ai pas la force et le courage d'aller toujours, quand chacun me crie : arrête !
Je me suis dévoilé à quelques-uns, et j'avais compté ^r eux pour une gloire particulière, et de belles consolations. Mais les amis demandent seulement que l'on soit joyeux , ei que Ton ait de l'esprit pour les divertir. Ils ont assez de leurs propres chagrins, sass prendre encore les nôtres ; ils ne se veulent point charger d'un double fardeau, ils auraient peur de plier sous le poids !
L'amitié est le mot le plus vide que l'humanité ait inventé , le plus grand mensonge que l'âme se soit fait à elle-même. Qui n'a pas des amis? qui ne contracte chaque jour une connaissance nouvelle? L'amitié n'est qu'une chose qui repose l'esprit, un pur amusement. 2 3.
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Un homme sage se fait beaacoup d'amis, afin que sa yie soit remplie , et qae nul ennui ne puisse s'y glisser. Il a soin de choisir des amis rieurs, amans des fêtes et des plaisirs, qui l'entretiennent de leurs joies étemelles. 11 se donne même le divertissement d'un poète à l'eau de rose, d'un chagrin amusant, d'une mélodieuse mélancolie. Ainsi une vie s'écoule dans le sein des arts et de l'amitié !
Oh ! mon philosophe , vous faites bien d'agir de la sorte ! et si par hasard quelqu'un de vos amis choisis tombait dans une passion profonde, renvoyez-le ; dites-lui que vous n'êtes pas assez fort pour de pareilles émotions ; qu'il doit comprendre qu'il n'existe point d'union assez intime, pour faire sacrifier une vie calme et simple à la maladie morale d'un individu.
Dites cela, et le monde vous approuvera. Insensé celui qui s'est donné tout entier à vous, qui a marié son âme avec votre âme, et n'a pas vu qu'il fallait mourir ou supporter la vie tout seul , que chacun avait sa misère et qu'il n'était pas juste d'en charger un autre !